Vendredi 23 octobre 2020

Art contemporain

L’artiste, le drone et les prisonniers

Par Anne-Cécile Sanchez · L'ŒIL

Le 23 septembre 2020 - 299 mots

Californie  - L’image évoque curieusement un jeu de quilles, ou bien ce moment, avant de commencer une partie de billard, où l’un des joueurs arrange les boules dans un cadre triangulaire.

Vue du ciel, explique JR, la cour de la prison de Tehachapi, en Californie, se prête parfaitement à un collage. L’artiste connu, pour ses interventions dans des lieux inattendus et parfois politiquement chargés, se dit fasciné par les établissements carcéraux. Avant de jeter son dévolu sur celui-ci, il l’a étudié via Google Earth, utilisant d’abord la vue aérienne comme un outil d’exploration. Une fois les autorisations obtenues, son projet (qui fut exposé jusqu’au 26 septembre à la Galerie Perrotin) a consisté à faire poser quarante-huit détenus, anciens détenus et membres du personnel de la prison, puis à coller au sol de la cour pénitentiaire trois cent trente-huit bandes de papier constituant un portrait de groupe. Construit selon le principe de l’anamorphose, le puzzle géant n’est cependant intelligible qu’avec le recul du surplomb. Dans un renversement de perspective, cette image prise par un drone donne donc à voir un monde clos sur lui-même. JR s’inscrit ainsi dans une histoire de la modernité, qui, depuis l’invention de la photographie aérienne et la source d’inspiration qu’elle a été pour nombre d’artistes, convoque, avec le changement de point de vue, la question du sens. Selon l’historien de l’art Kirk Varnedoe, dans toute vue plongeante résiderait « la métaphore du regard extérieur que l’on pose sur soi-même pour se voir dans une perspective modifiée » (catalogue de l’exposition « Vue d’en haut »). Plutôt qu’une mise à distance, cette vision d’hommes littéralement « au fond du trou » procéderait alors d’une forme d’empathie. C’est ce qu’invite à penser l’application mobile JR: murals, disponible gratuitement sur iPhone et Android, qui permet d’accéder sous forme de témoignages enregistrés aux histoires des participants.

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°737 du 1 octobre 2020, avec le titre suivant : L’artiste, le drone et les prisonniers

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