Suisse

La photographie face à l’Histoire

Par Christophe Domino · Le Journal des Arts

Le 22 juin 2010

Les Cinquante jours pour la photographie à Genève cernent le politique au travers de l’archive.

GENÈVE - Triennale genevoise lancée en 2003, les « Cinquante jours pour la photographie à Genève » (50 JPG) se proposent de mettre pendant près de deux mois un ensemble d’institutions genevoises dans une attention coordonnée à la photographie, autour d’une proposition formulée par le Centre de la photographie Genève (CPG).  

La revanche de l’archive
Une trentaine de programmes d’échelles diverses sont portés par des musées (le Cabinet d’arts graphiques, le Mamco, le Musée d’art et d’histoire, jusqu’à la Villa du Parc à Annemasse), des institutions comme la Haute école d’art et de design, le Musée d’ethnographie, le Musée de la Croix-Rouge ou celui des Hôpitaux universitaires de la ville, et bon nombre de galeries. Seize de ces lieux ont joué le jeu de la thématique. Sous le titre un peu sibyllin de « La revanche de l’archive photographique », la manifestation entend rendre compte du rôle de la photographie dans la fabrique de l’histoire. La notion d’archive est un objet de réflexion contemporain, dans de nombreux champs de savoir, mais la question plus précise de la part qu’y prend la photographie ouvre des interrogations sur son statut et son usage. 

Après, entre autres, l’exposition à la fin 2008 du Musée d’art contemporain de Barcelone (lire le JdA no 293, 12 déc. 2008, p. 11), c’est la question que pose l’exposition du Centre de la photographie, dans un déploiement d’images et d’attitudes d’auteurs qui, pour autant, ne fait pas de la quantité et de l’accumulation un principe d’explication. Au CPG, il est question avant tout de l’usage et des régimes de la photographie, entre document, témoignage, preuve, inventaire, classification ; entre démarche d’enquêteurs, d’anthropologues ou d’activistes – et les dimensions symboliques ou métaphoriques qui se dessinent selon les conditions de regard. 

Un usage, ou plutôt des usages se sont dessinés au cours du XXe siècle entre l’esprit de l’avant-garde artistique et la fonction documentaire, bien avant qu’elle devienne un « style », comme le rappelle Joerg Bader, directeur du Centre et commissaire de la manifestation. Celui-ci a choisi de cerner un champ d’enjeux spécifique autour du politique : documenter les situations politiques, c’est toujours mettre la politique de l’image en jeu. 

Chaque moment de l’exposition réarticule ces liens entre fonctions et régimes, laissant au visiteur la liberté de regard, armé s’il le souhaite des précieuses notices du document de visite. Il est ici question d’auteurs au sens large, car si bon nombre d’artistes ont pu s’emparer de la démarche archivistique, celle-ci est aussi portée par des photographes de presse, des collectifs ou des institutions, et nombre d’autres producteurs et manipulateurs d’images. S’ils sont souvent loin de la problématique artistique, leurs images n’y font pas moins retour quand elles sont ressaisies par des gestes d’artistes. 

Le parcours amène de la pièce de Christian Boltanski Les Suisses morts (1989) au travail sur les photographies de l’avant-guerre en Allemagne de Gustav Metzger, de l’archive en ligne du Canadien Roy Arden (1) à l’archivage documentaire de l’artiste brésilienne Mabe Bethônico, ou encore à l’ensemble constitué par le photographe français Mathieu Pernot sur les camps de roms des années 1930. Il passe par les relectures critiques de la documentation visuelle du conflit israélo-palestinien par la critique israélienne Ariella Azoulay, ici à partir d’une archive que la Croix-Rouge n’a pas permis de montrer, par la « Folk Archive » des Anglais Jeremy Deller et Alan Kane au travers d’une quarantaine de projets, sous des formes très variées (dont le livre). 

Le chapitrage discret de l’exposition permet de discerner des régimes d’œuvres et d’images, où preuve, fiction, et métaphore et allégorie jouent avec la réalité formelle du regard photographique.

(1) 1 heure 36 min pour 28 144 images en flux visibles sur www.royarden.com/pages/worldas.html

LES 50 JPG

50 jours pour la photographie à Genève, juin-juillet 2010, tout le programme sur www.50jpg.ch « La revanche de l’archive photographique », jusqu’au 31 juillet, Centre de la Photographie Genève, 28, rue des Bains, Genève, du mardi au dimanche 11h-18h.

Commissaire de la manifestation : Joerg Bader
Nombre de lieux d’exposition : une trentaine

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°328 du 25 juin 2010, avec le titre suivant : La photographie face à l’Histoire

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