Mardi 17 septembre 2019

Muséum d’Histoire naturelle

La nef remise à neuf

Chemetov et Huidobro signent une intervention délicate

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1994 - 693 mots

Fermée depuis 1965, la Galerie de l’évolution du Muséum d’Histoire naturelle, rebaptisée « Grande Galerie » pour sa réouverture fin juin, est un bon exemple de modernité dans le patrimoine existant. Chemetov et Huidobro signent là une intervention délicate.

PARIS - Belle évolution ! La célèbre galerie du Muséum national d’Histoire naturelle au Jardin des plantes, la Galerie de l’évolution, rouvre enfin ses portes après vingt-neuf ans de sommeil. Pour sortir le bâtiment de sa léthargie, un concours, remporté par Chemetov et Huidobro, a été organisé, donnant lieu à des propositions très diverses. Celle des architectes du ministère des Finances se caractérise par une transformation fondamentale mais en douceur, dans le pur respect de ce lieu excep­tionnel à la fois scienti­fique et porteur d’imaginaire.

L’entrée se fait désormais sur le côté, par la rue Geoffroy Saint-Hilaire. Les architectes ont privilégié un accès dans le sens de la longueur de la nef. Ce parti pris est renforcé par une cohérence pédagogique. L’entrée, creusée dans les sous-bassements de l’ancien bâtiment, correspond avec la découverte du monde marin. Le visiteur passe sous les squelettes d’une baleine bleue et d’un cachalot pour se rendre à la salle d’expositions temporaires, boîte de béton et de bois construite dans les profondeurs de la nef centrale.

Les plumes des animaux
Le bâtiment érigé au XIXe siècle par Jules André étant d’une exceptionnelle qualité, Chemetov et Huidobro ont joué la vérité de l’intervention. Ainsi peut-on lire, sans tricherie aucune, la structure de l’ancien musée ; depuis ces belles colonnes de fonte qui entourent l’espace central jusqu’aux fondations en arcade de pierre."Nous sommes entrés sur la pointe des pieds en conservant le bâtiment au maximum" dit Borja Huidobro. En creusant à 9,50 m sous l’ancien Muséum, les architectes ont ainsi dégagé un volume total de près de trente mètres sous verrière.
Verrière oui, mais lumière artificielle dans ce magnifique espace car la lumière zénithale, si précieuse dans un musée, est néfaste au pelage et autres plumes des animaux. Les architectes ont dû adopter une simulation de la course du Soleil .

L’ancien Muséum avait trois fonctions, stocker, étudier, et présenter. La Grande Galerie s’attache désormais à montrer des animaux, environ 10 000, à partir d’un discours scientifique. Structurelle, l’intervention de Chemetov et Huidobro était également muséographique. Plus de vieux socles. Comme au Grand Louvre, mais à un bien moindre prix, les pièces sont généralement présentées dans des vitrines éclairées par la fibre optique. Les animaux sont également visibles sous des verrières encastrées dans le sol ou bien, plus en contact direct avec le public, accrochés sur des tiges fixées dans des parois de verre verticales. Les architectes ont étudié ce projet avec René Allio qui signe la scénographie. Le point fort est cette grande caravane d’animaux d’Afrique qui, au centre de la nef, semble sur la piste d’un point d’eau. "Nous avons cherché à évoquer la vie des animaux dans leur milieu" explique Borja Huidobro. L’idée est de recréer des ambiances de savane, de désert, et de forêt.

Les animaux sont donc bien mis en scène dans cette réhabilitation qui utilise beaucoup le verre sous la grande verrière remise à neuf. Vitrines, parois, mais également ascenseurs qui effectuent leur course dans des cages de verre. Ou bien encore cette passerelle transparente qui mène à la cafétéria installée au-dessus de l’entrée, en prise directe avec la grande nef. D’autres espaces méritent une visite. L’ancienne galerie aux oiseaux qui se développe sur toute la façade du Jardin des plantes, a changé de fonction ; elle abrite maintenant les animaux disparus et autres espèces menacées, présentés dans les vitrines de bois d’origine rééquipées avec la technologie d’aujourd’hui. Les architectes ont dû procéder à l’occultation de toutes les baies vitrées, protection des couleurs des animaux naturalisés oblige.

Chemetov et Huidobro ont donc bien réussi à transformer ce Muséum poussiéreux en un musée contemporain dont on peut souligner la discrète modernité. Une réhabilitation fine et strictement tenue dans un budget serré de quatre cents millions de francs, dont 190 millions ont été consacrés au seul bâtiment. Le seul dérapage est le retard du chantier, de six mois. Les bâtiments aussi ont parfois du mal à se réveiller.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°3 du 1 mai 1994, avec le titre suivant : La nef remise à neuf

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