Mardi 11 décembre 2018

La croix et la manière

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 16 février 2017 - 498 mots

CAEN - L’architecte batave Rem Koolhaas est un être retors : offrez-lui une parcelle façon parallélogramme parfait et il ira inscrire son bâtiment dans ses diagonales.

C’est le cas de la nouvelle bibliothèque de Caen, ouverte le 14 janvier, dans un quartier en pleine mutation, la « Presqu’île ». L’édifice, d’une surface de 11 700 m2, dont 5 800 m2 destinés au public, dessine, en plan, une croix de saint André, dont la faible épaisseur des branches (22 m) permet un éclairage optimal en lumière naturelle. Le rez-de-chaussée, d’une hauteur de 6 m, accueille un « meuble » géant en bois dit « le kiosque », dissimulant les toilettes et dont les parois extérieures arborent des présentoirs à magazines ou des casiers pour les visiteurs. S’y déploient, en outre, un auditorium de cent cinquante places, une salle d’exposition et un café-restaurant. Surprise : on peut admirer, derrière des vitres, le robot de tri automatique qui descend les livres au sous-sol, lequel abrite, entre autres, 1 800 m2 de stockage.

Le visiteur accède aux niveaux supérieurs par de longs escalators qui tranchent l’espace principal dans sa diagonale. Le deuxième étage se scinde en deux parties : l’une publique, consacrée aux 0-9 ans avec, notamment, un espace d’animation ; l’autre privée, en l’occurrence l’ensemble des bureaux, dont certains s’organisent autour d’un patio en gradins avec vue plongeante sur le premier étage.

Structurellement, ce deuxième étage est celui qui héberge le réseau de gigantesques poutres métalliques – celle est-ouest affiche une longueur de 96 m, une hauteur de 4,50 m et un poids de 550 tonnes –, reposant sur les noyaux de béton situés à chaque angle de la parcelle. Ce principe constructif permet de libérer spatialement le premier étage en son entier et d’y générer, en conséquence, un lieu majestueux et pour le moins bluffant : la salle de lecture principale, une prouesse avec ses 2 500 m2 sans aucun poteau. D’immenses parois de verre (6,20 m de haut sur 2 de large) créent un espace on ne peut plus lumineux et ouvert sur le paysage urbain alentour. Montés sur roulettes, les rayonnages en résine translucide sont flexibles à souhait. Des gradins en bois accueillent les lecteurs. On trouve également cinq salles de travail en mezzanine, un salon de lecture et un vaste écran courbe en acier perforé pour les projections multimédias. Le verre des façades est légèrement bleuté et surtout bombé, ce qui permet d’accroître sa résistance au vent. Selon l’angle dans lequel on se trouve, il déforme aussi la vue, offrant alors un étonnant kaléidoscope à 360° de la métropole caennaise.

À savoir

Le coût des travaux, d’un montant de 63,668 millions d’euros TTC, inclut la construction du bâtiment lui-même (39,65 millions), l’aménagement intérieur et l’acquisition du terrain. Chaque aile de la bibliothèque – plus d’un million – met en avant un domaine précis : « Arts » à l’est, « Sciences et techniques » au nord, « Littérature » à l’ouest et « Sciences humaines » au sud.

À voir

Bibliothèque Alexis de Tocqueville, 15, quai François-Mitterrand, Caen (14), tél. 02 31 30 47 00.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°699 du 1 mars 2017, avec le titre suivant : La croix et la manière

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