Mardi 18 septembre 2018

Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa

La cérémonie du té

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 27 juillet 2007 - 659 mots

Elle a 50 ans, lui 40. Depuis 1995, les deux architectes japonais Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa sont les membres fondateurs de l’agence d’architecture Sanaa (Sejima And Nishizawa And Associates). Mais la reconnaissance n’est venue que dix ans plus tard avec le Musée d’art contemporain de Kanazawa (Japon). Depuis, le duo enchaîne les projets de part et d’autre de la planète : deux boutiques Dior à Tokyo, le Pavillon des glaces du Musée d’art de Toledo (Ohio, États-Unis), l’École de management et de design Zollverein à Essen (Allemagne), en attendant l’extension de l’Institut d’art moderne de Valence (Espagne), l’École polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse), ou encore, le Nouveau Musée d’art contemporain de New York. Bref, l’agence nippone a assurément le vent en poupe. À l’heure où elle met la dernière main à son avant-projet sommaire pour la future antenne du Louvre à Lens, l’une de ses créations dans le domaine de l’objet vient d’être commercialisée par le fabricant italien Alessi : un service à thé baptisé Fruit Basket [« corbeille à fruits »]. Tout vient à point à qui sait attendre, pourrait-on dire, car ce service faisait partie d’un vaste projet lancé en 2003 par Alessi et baptisé « Tea & Coffee Towers » (Lire le JdA n°170, du 2 mai 2003). Celui-ci avait alors réuni une vingtaine d’architectes internationaux lesquels avaient eu carte blanche pour imaginer un service à thé ou à café.

Rondeurs bucoliques
Si les architectes Sejima et Nishizawa nous ont plutôt habitués à des bâtiments tracés au té et à l’équerre, à une esthétique lumineuse et minimale, à une architecture fluide et quasi immatérielle, les designers Sejima et Nishizawa, eux, sont tout autres, étonnamment plus terre à terre. Au lieu de volumes bien géométriques et de la rigueur, ils développent des formes tout en rondeurs, organiques à souhait, bucoliques, voire humoristiques. Au lieu de la douce incertitude d’une façade transparente, les pièces sont physiquement là, sans ambiguïté. Déjà en 2005, pour l’éditeur de mobilier nippon Maruni Wood Industries – projet NextMaruni, douze chaises par douze designers –, ils avaient dessiné un siège dont l’assise et le dossier forment la silhouette d’une… tête de lapin. Le nouveau service à thé Fruit Basket, lui, comme son nom sl’indique, ressemble donc à une corbeille à fruits dans laquelle les pièces ont la forme de pommes, de poires et autres fruits du verger. Toutes sont munies d’un couvercle surmonté d’une petite tige telle la queue d’un fruit. On en mangerait…
Débordante en 2003 – elle comprenait alors une dizaine de « contenants » –, la corbeille à fruits s’est quelque peu clairsemée avant la mise en production. Ce qui n’a pas empêché, lors de la mise au point, de trouver quelques astuces de fabrication. Ainsi, le bord supérieur de chaque « contenant » a-t-il été étudié pour empêcher le couvercle de tomber à l’intérieur. Autre exploit : le corps de la théière est réalisé en une seule pièce, sans soudure. Enfin, tous les éléments ont, à l’intérieur, une finition mate par sablage et électrolyse et, à l’extérieur, une finition brillante. Au final, le service ne se compose plus que de cinq éléments en acier inoxydable : une théière, un crémier, un sucrier et deux « boîtes de cuisine ».
Quand Kazuyo Sejima était petite, elle disait qu’une fois grande, elle voulait être… grand-mère. Sans doute de celles qui ont une table dans le salon avec, posée dessus, une généreuse corbeille à fruits. Des fruits surtout pas défendus : « Nous voulions créer un service qui rendrait les gens plus heureux à table », conclut-elle.

Le service Fruit Basket comprend une théière (131 euros), un set sucre et crème (169 euros), un crémier (72 euros), un sucrier (61 euros), deux boîtes de cuisine (71 euros et 76 euros), un grand plateau rond (76 euros) et un petit plateau ovale (38 euros), deux tasses à moka et leur soucoupe (49 euros), enfin quatre cuillers à café (21 euros). Total : 764 euros.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°256 du 30 mars 2007, avec le titre suivant : La cérémonie du té

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