Mardi 22 septembre 2020

Kongo graffeur de haute précision

Par Anne-Cécile Sanchez · L'ŒIL

Le 23 juin 2016 - 423 mots

Joaillerie - Personne n’avait pensé – ou osé – le faire avant. Mais Richard Mille est une exception dans l’univers sélect de la haute horlogerie, dont il ne cesse de bousculer les codes, pour les réinventer à sa façon, créant chaque année des modèles rares en titane et carbone qui s’arrachent pour des centaines de milliers d’euros.

Quand il découvre ses graffitis, lors d’une exposition que lui consacre la Galerie Matignon, il propose très vite une collaboration à Cyril Phan, alias Kongo. À l’époque, le street artist a déjà signé un carré et réalisé des vitrines pour Hermès ; l’univers du luxe ne lui est donc pas totalement étranger. Les deux hommes se tapent dans la main. On est en 2014. Deux ans plus tard, une édition de trente montres « RM 68-01 Tourbillon Cyril Kongo » s’apprête à voir le jour. Richard Mille ne voulait pas d’un cadran peint, il voulait une œuvre à même le mouvement horloger. « Il voulait du Kongo », se rappelle l’artiste, qui relève le défi. Un pari fou quand on sait la précision de ces mécanismes microscopiques. « Il a fallu créer des outils et des pochoirs, résoudre le problème du poids et de l’épaisseur de la peinture… Et je ne savais même pas si j’allais avoir la dextérité nécessaire pour peindre à la main à cette échelle. » Voilà comment, en s’aventurant au fin fond de la Suisse dans les ateliers de la marque, Kongo a éprouvé à nouveau le frisson de la prise de risque, comme à ses débuts dans la rue, lorsqu’il bombait illégalement des murs. « Richard Mille m’a poussé dans mes retranchements », dit-il. Le résultat, une explosion de couleurs en modèle réduit, peut faire penser à une version contemporaine des miniatures richement ajourées qui agrémentaient les livres d’heures. En initiant cette collaboration, le créateur de montres ultra luxueuses investit le champ de l’art, tout en restant fidèle à sa réputation d’audace.

Kongo tague L’Œil

Connu sous le pseudonyme de Kongo, Cyril Phan (né en 1969) est une figure historique du street art en France. Ses graffitis et ses lettrages ont fait sa renommée dans le monde de l’art urbain. Il a notamment participé au collectif, jugé mythique, MAC. Son talent lui a valu de collaborer avec Hermès pour la réalisation d’un carré de soie en 2011 et, cette année, avec le joaillier Richard Mille qui dévoile, en juillet, la montre « RM 68-01 Tourbillon Cyril Kongo ». Parallèlement, l’artiste intervient, en les taguant, dans les pages de L’Œil de cet été.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°692 du 1 juillet 2016, avec le titre suivant : Kongo graffeur de haute précision

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