Dimanche 21 octobre 2018

DESIGN

Komplot design

Nobody’s perfect

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 26 mars 2008 - 533 mots

Son nom est Personne. En V. O. « Nobody ». Cette chaise a été imaginée par le duo de designers Poul Christiansen et Boris Berlin, alias Komplot Design. Le premier a vu le jour à Copenhague, en 1947 – diplôme de la Royal Academy of Fine Arts and School of Architecture de Copenhague, promotion 1973. Le second n’est pas né à Berlin, mais à Leningrad, en 1953 – diplôme de l’Institute of Applied Arts and Design de Leningrad, promotion 1975 – et s’est établi dans la capitale danoise à l’âge de 30 ans. Tous deux ont ourdi Komplot en 1987. En février, leur chaise Nobody a décroché le fameux « Best Nordic Design Product 2008 », prix annuel attribué par la revue suédoise Forum AID qui décerne trois récompenses – architecture/intérieur/design – à trois projets conçus dans l’une des cinq contrées nordiques.
La chaise Nobody cultive le paradoxe. De prime abord, on dirait un fantôme. Elle ressemble davantage à ce traditionnel drap que l’on jette sur l’objet pour le protéger en cas d’inutilisation prolongée qu’à l’assise proprement dite. On s’attend même, en se penchant légèrement, à voir apparaître un pied ou deux. Que nenni ! L’utilisateur s’assoit donc sur le « drap ». Étrange sensation. Le « drap » est le siège, et vice-versa. Quoi qu’il en soit, cette assise respire la simplicité, dans son esthétique mais surtout dans son procédé de fabrication. Elle est ainsi réalisée en une pièce et avec un seul matériau : un aggloméré de polyester constitué de PET – polyéthylène téréphtalate – recyclé, le plastique dont on fait aujourd’hui les bouteilles. Point n’est besoin de structure intérieure pour rendre l’objet solide, ni de colle, de vis ou de renfort de quel type que ce soit. Bref, le matériau est autoportant.
Le procédé de fabrication, lui aussi, est élémentaire. L’opération ne nécessite qu’un unique moule et un contre moule. Le premier est en dessous, le second au-dessus. Entre les deux sont placées deux « feuilles » de ce polyester recyclé et, au préalable, préchauffé. Lorsque le contre moule descend dans le moule, il vient au passage emboutir les deux feuilles de polyester et, par thermoformage, créer le siège. L’excédent de matériau, lui, est retiré grâce à des jets d’eau. C’est ce que l’on appelle la « low tech », technologie « rudimentaire » dont use depuis longtemps l’industrie automobile pour concevoir, avec ce même matériau, moult éléments moulés de voiture, tels les tableaux de bord ou les plages arrières.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, Poul Christiansen et Boris Berlin ont créé Nobody à partir du cahier des charges de la Swedish Prison and Probation Service – autorité pénitencière suédoise –, lequel décrivait la chaise de prison idoine. Cette administration suédoise ayant préféré faire réaliser les sièges dans ses propres ateliers, Komplot a poursuivi sa réflexion avec le jeune éditeur danois Hay, né en 2003. Résultat : une chaise empilable et, le PET (Polyéthylène téréphtalate) étant un matériau 100 % recyclable, siglée « Environmentally Friendly », autrement dit « bienveillante pour l’environnement ». Pour Christiansen et Berlin, ce siège frise tout simplement la perfection. Comme ils le répètent à l’envi et avec humour : « Nobody’s perfect ! ».

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°278 du 28 mars 2008, avec le titre suivant : Komplot design

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