Lundi 10 décembre 2018

Judd

Judd en boîte

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 3 décembre 2004 - 474 mots

Bâle se penche sur le minimal.

 Bâle - Après avoir été présentée à la Tate Modern, à Londres, puis à la Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, à Düsseldorf, la première grande rétrospective consacrée à Donald Judd, depuis sa mort, en 1984, a investi d’un coup d’un seul deux institutions bâloises, le Kunstmuseum et le Museum für Gegenwartskunst, avec, à la clé, la présentation d’une quarantaine de sculptures, créées entre 1961 et 1993.
Dans la première salle du Kunstmuseum sont montrées des pièces du début des années 1960, période où le peintre s’efface derrière le sculpteur. La « toile » s’épaissit considérablement. Judd y incorpore même des objets, comme pour Untitled (1962), grand tableau rouge et consistant, dans lequel est fichée une lettre O en plastique jaune. L’artiste lorgne alors clairement vers la troisième dimension, cherchant à obtenir une profondeur spatiale réelle, non l’illusion d’un relief. Une attitude qui se confirmera à la vue des œuvres suivantes, volumes élémentaires et découpés, peints ou non, parfois nantis d’un tuyau en métal. Les prémices de l’œuvre sculpturale de Judd sont ainsi campées. Vient ensuite une suite de pièces présentées au sol ou sur les murs, à l’horizontale ou à la verticale, alignements sériels desquels on apprécie non seulement l’œuvre proprement dite, mais aussi l’espace alentour. Judd use de matériaux industriels – tôle galvanisée, aluminium, cuivre, contreplaqué, Plexiglas… – pour élaborer des volumes géométriques fondés sur la simplicité modulaire et la standardisation des formes, pièces qu’il théorisa, en 1964, sous le nom d’Objets spécifiques. Dans la dernière salle est installée son œuvre murale sans doute la plus complexe : Untitled (1986), trente éléments en contreplaqué, alignés sur trois rangées.
On expérimente, avec bonheur, ces différentes « boîtes », « piles » et « progressions » qui font vibrer, d’une manière rare, surfaces brillantes et surfaces mates, pleins et vides, ombre et lumière. Parfois, l’effet est quelque peu court-circuité par l’ordonnancement déjà rigoureux du musée lui-même. Ce léger brouillage disparaitra néanmoins dans le second volet de l’exposition, déployé au Museum für Gegenwartskunst. Ici, murs blancs et lisses et grandes hauteurs contribuent à donner plus d’ampleur aux travaux du sculpteur. Y sont installées les œuvres les plus imposantes, datant des années 1980 jusqu’au début des années 1990. On trouve, entre autres, deux vastes et belles pièces aux dimensions identiques – 150 x 750 x 165 cm –, l’une en tôle galvanisée, l’autre dans une version peinte multicolore. Plus loin, quatre « boîtes » en aluminium anodisé sont disposées au sol, entre trois colonnes épaisses et blanches qui scandent la salle. L’expérience directe de l’œuvre et de son espace y est alors à son comble.

DONALD JUDD

Jusqu’au 9 janvier 2005, Kunstmuseum, St. Alban-Graben 16, et au Museum für Gegenwartskunst, St. Alban-Rheinweg 60, Bâle (Suisse), tél. 41 61 206 62 62 ou www.kunstmuseumbasel.ch Catalogue, éd. Dumont/Tate Publishing, 288 p., 54 francs suisses (37 euros), ISBN 1-85437-395-1.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°204 du 3 décembre 2004, avec le titre suivant : Judd en boîte

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