Dimanche 22 juillet 2018

Paroles d’artiste

Jean-Luc Verna

« Je lance des passerelles entre la haute et la basse culture »

Par Anaïd Demir · Le Journal des Arts

Le 21 novembre 2003 - 752 mots

Né en 1966, Jean-Luc Verna est artiste et enseignant à l’École d’art de la Villa Arson, à Nice. Il répond à nos questions.

« Vous n’êtes pas un peu beaucoup maquillé ? – Non. » : pourquoi avoir choisi ce titre pour votre exposition ?
C’est le titre de ma première exposition personnelle à la galerie Air de Paris, quand celle-ci se trouvait encore à Nice. Et puis, autant que faire se peut, toutes mes expositions s’appellent comme cela. C’est de la superstition, cela me porte chance… En plus, je me maquillais beaucoup avant, et je me maquille toujours un petit peu. Aussi, je rehausse mes dessins au maquillage. Sur un mode un peu drôle, cela rappelle différents plans de mon travail et de moi-même.

De Léonard de Vinci à la chanteuse Siouxsie, des dessins sur les murs ou sur papier aux tatouages, le corps est très présent dans votre travail.
Le corps tout seul, c’est déjà un vecteur d’histoire, par les poses qu’il prend et les stigmates qu’il porte. J’ai fait un peu de danse, de petites pièces chorégraphiques pour la compagnie Quatro Kki, et je vais prochainement entrer en répétition pour un ballet de Gisèle Vienne. Dans les films de Brice Dellsperger dans lesquels je joue, le placement du corps est aussi très important. Et je suis professeur d’anatomie… Donc, le corps, c’est vraiment ma matière première. C’est quelque chose que nous avons tous en commun. Quand je parle du corps, je parle de moi, de vous, de tout le monde… Cela nous rassemble. C’est de l’humain.

Que présentez-vous ici ?
Des dessins sur papier, des wall drawings… J’ai aussi réalisé un dessin au sol avec Niels Trannois et Sophie Bueno, des amis artistes. C’est un dessin rehaussé de crayons et de fards qu’ils ont serti d’une sérigraphie à même le sol. Il y a un grand écart graphique entre mon monde et le leur, pourtant les choses se marient d’une belle façon. Il y a aussi une grande photo, une réinterprétation d’un Big Nude d’Helmut Newton.

Des animaux fantastiques, des êtres étranges voire démoniaques… Quels sont vos liens avec les cultures pop et adolescentes, et votre rapport au « gothique », entre autres ?
Je suis rattaché à beaucoup de cultures différentes. Il y a effectivement la culture gothique. La chanteuse Siouxsie, c’est vrai, est mon idole numéro 1. Mais il y a aussi d’autres choses. L’Asie, les cultures africaines, occidentales, tous ces métissages entre le corps humain et des parties de corps animal : les Chimères, les Centaures, les Satyres… cela a aussi à voir avec les différentes sensations que l’on peut éprouver avec son propre corps. Parfois, nous courons comme une gazelle, nous avons des ailes… Mes interprétations des grands mythes passent par des métissages de cultures qui sont propres à ma génération, mais à d’autres aussi. Je lance toujours des passerelles entre ce que nous avons l’habitude d’appeler grossièrement la « haute » et la « basse » culture. La haute étant la culture des musées, la basse, celle des posters des musiques que l’on écoute chez soi. Dans mon cas, depuis l’adolescence, cela va de la New Wave au « gothique », en passant par l’« indus ». Si j’ai un bon contact avec mes étudiants, c’est parce que je garde une jambe bien enfoncée dans ma culture adolescente. Je l’emmène avec moi et je la confronte aux autres couches de culture auxquelles j’ai eu accès depuis.

Le symbole de l’étoile revient sans cesse dans votre travail…
La première signification magique de l’étoile, c’est la tête, les bras et les jambes pleinement déployées. Donc, c’est vraiment le corps humain, encore une fois. Et puis, c’est un symbole magique puissant. Inversé, le pentacle peut faire peur. C’est pour tout cela que je continue à représenter des étoiles. On m’a aussi proposé une interprétation plus nietzschéenne : « Est-ce que c’est l’étoile contre la croix ? ». Mais en fait, non, même si je rudoie un peu l’iconographie catholique. C’est simplement un motif qui a traversé toutes les couches de représentations depuis les Coptes jusqu’à nous. C’est un symbole graphique généralement noir sur blanc censé représenter la lumière. C’est supposé être céleste, de l’ordre de l’élévation. Et pour le côté superstitieux, on peut dire que c’est la bonne étoile. Quelquefois, on peut aussi être né sous une mauvaise, et s’en servir !

« Vous n’êtes pas un peu beaucoup maquillé? – Non. », galerie Air de Paris, 32, rue Louise-Weiss, 75013 Paris, tél. 01 44 23 02 77. Jusqu’au 20 décembre.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°181 du 21 novembre 2003, avec le titre suivant : Jean-Luc Verna

Tous les articles dans Création

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque