Lundi 16 décembre 2019

Paris

Histoire de l’œil

Gusmão et Paiva livrent leurs réflexions entre rigueur et légèreté

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 31 octobre 2011 - 429 mots

PARIS - En fin de parcours de l’exposition que consacre Le Plateau – Frac Ile-de-France, à Paris, à João Maria Gusmão et Pedro Paiva, un court film donne à voir, sur un fond sombre, une sphère blanche tournant lentement sur elle-même pour progressivement passer dans l’obscurité.

Son titre ? Éclipse de l’œil (2007). Voilà bien résumée la démarche de ce duo d’artistes portugais, dont la prestation au pavillon portugais de la Biennale de Venise, en 2009, avait été l’une des plus enthousiasmantes.

Concentrée sur leur production filmique – des 16 mm pour l’essentiel, auxquels s’ajoutent deux nouvelles productions basées sur le principe de la camera obscura –, l’exposition déploie près d’une trentaine d’œuvres donnant à voir des situations étranges (un déplacement de jaunes d’œufs qui se superposent au lieu de fusionner en se rencontrant : Œufs frits, 2008), parfois dérisoires (des spaghettis étirés et enroulés en une sorte de figure abstraite : Tornade de spaghettis, 2009) ou incongrues (une volaille évoluant devant un décor théâtral en référence à des cultures primitives : Casoar, 2010).

Entre mytérieux et rationnel
Quelquefois, l’action vire au paranormal, en particulier lorsque sont données à voir des expériences de lévitation inspirées par l’étude des cultures animistes notamment, qui les a beaucoup occupés. C’est le cas dans Polyèdre de fruit (2009), où des morceaux de fruits s’élèvent soudainement au-dessus d’une table. Sauf que les ficelles sont parfaitement visibles pour qui est un peu attentif. Souvent le temps est étiré, rendant les images plus hypnotiques encore, d’autant que leur pouvoir d’attraction est renforcé par l’absence de bande sonore.

Jouant sur la limite de ce que l’œil et le cerveau sont en mesure de percevoir et surtout d’accepter, et interrogeant donc la conscience au-delà du phénomène optique, Gusmão et Paiva situent leur réflexion entre rigueur théorique de l’étude et de l’observation et légèreté décalée dans le rendu. Leur « Alien Theory », titre donné à l’exposition, se positionne à la charnière du mystérieux et du rationnel, dans une tentative de visualisation de l’insondable. À travers leurs questionnements sur la compréhension de l’univers et de ce qui nous échappe, les artistes nous entraînent sur un chemin nullement balisé où les apparences trompeuses induisent une nouvelle manière, fraîche et réjouissante, d’envisager le problème de la confiance en l’image et de sa fiabilité à figurer le réel.

ALIEN THEORY. JOÁO MARIA GUSMÁO & PEDRO PAIVA

Jusqu’au 20 novembre, Le Plateau, place Hannah-Arendt, 75019 Paris, tél. 01 76 21 13 41, www.fracidf-leplateau.com, tlj sauf lundi et mardi 14h-19h, samedi et dimanche 12h-20h

Commissariat : Xavier Franceschi, directeur du Plateau
Nombre d’œuvres : 27

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°356 du 4 novembre 2011, avec le titre suivant : Histoire de l’œil

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