Design - Disparition

DISPARITION

Gaetano Pesce (1939-2024)

Le designer et architecte italien était connu pour ses meubles fantaisistes et colorés.

New York. Gaetano Pesce était attendu cette année à Milan en tant qu’invité d’honneur du Salon du meuble où il aurait dû inaugurer le 15 avril l’exposition « Nice to See You ». Ses derniers projets seront présentés en Italie où auront lieu ses funérailles. Il est décédé le 4 avril à l’âge de 84 ans. Malgré « les problèmes de santé » qu’il affrontait ces derniers mois, rappelle son entourage en annonçant sa disparition sur son compte Instagram, « Gaetano Pesce était resté positif et toujours curieux, et c’est le cœur lourd que nous annonçons le décès de ce créateur visionnaire ».

Cet architecte, peintre, designer, sculpteur, philosophe… avait vu le jour et grandi en 1939 à La Spezia (Ligurie, Italie) avant de mener des études d’architecture à Venise où il côtoie ses grands maîtres, Carlo Scarpa, Ernesto Nathan Rogers et Bruno Zevi. Ce sont les années du « Design radical », comme le critique d’art Germano Celant dénommera ce mouvement artistique et architectural qui émerge au cours des années 1960 en réaction au Good Design et à la société de consommation. Comme Enzo Mari et Alessandro Mendini, deux autres grands architectes et designers italiens récemment disparus, Gaetano Pesce estimait que les artistes ne doivent pas s’adapter passivement aux modus operandi de l’industrie, mais au contraire agir pour en corriger les dérives et les erreurs en conférant à chacun de leur geste une dimension d’innovation émotive pour critiquer dans tous les sens du terme la société dans laquelle ils vivent.

L’étudiant Pesce s’ennuie à la faculté d’architecture. Ce ne sont pas les grandes théories qui l’attirent mais la matière. Il fait alors le tour des entreprises de chimie de la région et leur demande de lui présenter leurs produits les plus innovants pour ses créations. Les plus connues demeurent les fauteuils « Up », une série de sièges en mousse anthropomorphes, dont l’un (Big Mama)évoque le corps d’une femme voluptueuse avec un ottoman rond relié au fauteuil par un fil. Une évocation de la condition de la femme esclave de la société. Une façon revendiquée de « manifester [s]on opposition à son aliénation ». Parmi ses meubles colorés et ludiques qui assurent son succès international figurent la table Samson (1980) et la chaise Pratt (1984). Ses œuvres sont exposées dans les collections permanentes de musées prestigieux à l’instar du MoMA de New York qui lui avait consacré dès 1979 une exposition personnelle, du Victoria and Albert Museum de Londres et du Centre Pompidou à Paris.

« Une tornade en Technicolor»

Gaetano Pesce a enseigné à Strasbourg pendant vingt-huit ans, mais aussi à Pittsburgh (Pennsylvanie), Milan, Hongkong, São Paulo et New York, où il s’était installé en 1980. En France il avait participé l’année précédente au projet des Halles avant de bâtir la maison des enfants du Parc de la Villette en 1985. Mais c’est en 1993 au Japon que son plus grand projet d’architecte a été réalisé. À Osaka il conçoit Organic Building, un jardin vertical recouvrant un immeuble rouge.

Celui que le New York Times définissait comme « une tornade en Technicolor »était connu pour son franc-parler. Dans le texte qui accompagnait l’exposition qu’il devait inaugurer à l’occasion du Salon du meuble, il professait ainsi que « le design n’est pas mort. Mais il y a le design des divers Art Directors qui n’ont aucune raison d’être et poussent les industries italiennes à se répéter elles-mêmes sans créativité. Ce n’est pas le design qui m’intéresse ».

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°631 du 12 avril 2024, avec le titre suivant : Gaetano Pesce (1939-2024)

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