Vendredi 19 octobre 2018

Artwork

French graphisme

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2012 - 743 mots

Les Arts décoratifs, à Paris, mettent en scène les connivences entre le monde du graphisme et le milieu de la musique électro dans les années 1900.

PARIS - De prime abord, le visiteur a tout simplement l’impression de s’être trompé de porte. D’avoir confondu l’entrée de l’exposition avec celle d’une boîte de nuit, cabine de DJ entièrement équipée et musique électro à fond les baffles comprises. Mais non, pas d’erreur : cette première salle est bien la mise en bouche – ou plutôt en oreilles – de l’exposition « French touch » présentée aux Arts décoratifs, à Paris, laquelle évoque, à grands renforts de décibels, et à travers une ribambelle de pochettes de disques et de vidéos, l’énergique travail graphique produit en symbiose avec le mouvement musical éponyme qui s’est développé en France du début des années 1990 au début des années 2000.

Certes, les liens entre musique et graphisme ne datent pas d’hier – les spécialistes les font remonter à la fin des années 1930, avec l’introduction par le graphiste américain Alex Steinweiss, alors premier directeur artistique de la firme Columbia Records, de l’artwork [illustration] sur les pochettes de des vinyles. Le fait est que, dans l’Hexagone, durant cette décennie 1990, ces liens seront particulièrement actifs. La raison ? Musiciens et graphistes sont sur la même longueur d’onde, au sens propre comme figuré. Ils ont le même âge, très souvent la même formation, effectuée en général en école d’art, et partagent un vif intérêt pour la musique électronique. Enfin, ils sont animés d’une philosophie analogue, rejetant en bloc le star-system et les « codes marketing » qui l’accompagnent.

D’un côté, les musiciens signent sur des labels indépendants qui se mettent en place à l’ombre des grandes firmes discographiques. De l’autre, des ateliers de graphistes voient le jour en marge des agences de publicité. De solides collaborations se nouent alors entre musiciens et graphistes. Un vecteur, pour ne pas dire une culture commune, leur facilitera la tâche : l’outil informatique. D’ailleurs, les deux camps usent invariablement des mêmes vocables : « sampling » [échantillonnage], « mix », « copié-collé »…

C’est cette fluidité qui saute aux yeux dans cette « French touch ». La pochette de disque et l’inévitable vidéo, mais aussi toute la palette d’art graphique collatéral – flyers, stickers, affiches, fanzines… –, sont produits dans une évidente continuité. En retour, le graphisme sert à renforcer l’image d’un label. À partir de trois photographies signées Vincent Bergerat, Sophie Toporkoff conçoit trois pochettes de disques pour Joakim (Fantômes, Come into my Kitchen et Are You Vegetarian ?), sur lesquelles on retrouve un dispositif similaire : construction pyramidale, forme énigmatique enveloppée de textile, typographie légèrement inclinée… Tom Kan, quant à lui, pour les pochettes de disques du label Pro-Zak Trax, détourne le logo d’une firme chimique, le reproduisant à l’identique sur des fonds de couleurs différentes.

Incursions dans le film d’animation
Les allers-retours entre l’image 2D et l’image animée de la vidéo sont fréquents. Ainsi, pour la joyeuse vidéo Live@The End de Ready Made FC, François Vogel réalise une atmosphère quasi « cubiste », grâce à une série de miroirs qui déconstruisent la scène à l’envi. Toutes les sources d’inspiration passent d’ailleurs à la moulinette : la culture populaire, les codes vernaculaires, les clichés de vacances ou ceux récupérés sur Internet… En 1997, avec l’album couleur jaune criard d’Étienne de Crécy intitulé Super Discount, H5 singe avec humour et ironie les codes de la communication dans la grande distribution, et en particulier ceux des campagnes de soldes des supermarchés. Plus d’une décennie plus tard, le collectif décrochera avec le film d’animation Logorama, à l’ironie non moins appuyée, la récompense suprême : l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation 2010.

Les stars de l’électro sont évidemment présentes, tels les Daft Punk, Air, Mirwais et Laurent Garnier, eux-mêmes accompagnés par les vedettes de la palette graphique, respectivement Michel Gondry, Alexandre Courtès, M/M Paris ou Geneviève Gaukler. Un regret pourtant : ne voir que le produit « fini », en l’occurrence la pochette de disque, rarement sinon jamais la recherche qui l’a généré. Tant et si bien qu’on a parfois l’impression de déambuler dans un magasin de… « collectors ».

French Touch, graphisme, vidéo, électro

Jusqu’au 31 mars 2013, Les Arts décoratifs, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris, tél. 01 44 55 57 50, www.lesartsdécoratifs.fr, du mardi au dimanche 11h-18h, le jeudi jusqu’à 20h.

Catalogue : 208 p., 40 €.

Voir la fiche de l'exposition : French Touch - Graphisme, vidéo, électro

French Touch

Commissaire de l’exposition : Amélie Gastaut, conservatrice aux Arts décoratifs, chargée des collections de publicité

Scénographie : Pierre Schneider et François Wunschel (1024)

Graphisme : H5

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°381 du 14 décembre 2012, avec le titre suivant : French graphisme

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