Mercredi 12 décembre 2018

Portrait d'objet

Filet mignon

SAFETYNET

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2012 - 452 mots

Petit poisson deviendra grand… Encore faudrait-il qu’on le laisse croître sans le malmener, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

D’où cette recherche d’un jeune designer diplômé l’an passé du Royal College of Art de Londres, Dan Watson, 26 ans, qui a imaginé un nouveau modèle de filet de pêche doté de « mailles échappatoires » pour les petits poissons : « SafetyNet » (filet sélectif). Avant de se pencher sur le filet lui-même, Watson a d’abord étudié le phénomène inquiétant de la pêche en surnombre : « Environ 27 millions de tonnes de poissons sont rejetées en mer, chaque année, parce qu’ils sont trop petits ou ne font pas partie des espèces convoitées. Beaucoup d’entre eux n’y survivent pas. Ces pratiques ne sont pas durables et doivent changer », assure-t-il.

Problème majeur : « Les filets de pêche actuels ne fonctionnent pas comme ils le devraient. » En théorie, leurs mailles sont en forme de losange afin de laisser s’échapper les petits poissons. En réalité, lorsque le bateau retire le filet, le flux d’eau exerce une pression telle sur lesdites mailles qu’elles s’aplatissent, réduisant à néant l’unique échappatoire du menu fretin. L’idée de Dan Watson est donc de doter le filet de « mailles indéformables » baptisées « bagues de sortie », qui conservent l’issue ouverte et permettent aux formats réduits de prendre plus facilement la poudre d’escampette. « L’effet de l’eau qui traverse le trou de la bague entraîne les petits poissons vers la sortie, pour ne retenir que les espèces commercialisables », précise Watson. Mieux : ces bagues de sortie sont auto-réfléchissantes. Attirés par la lumière, les poissons, paraît-il, les repèrent telles des issues de secours. Pour l’heure, Dan Watson a planché sur deux versions d’éclairage par diodes électroluminescentes : l’une, coûteuse, est augmentée d’une batterie à recharger régulièrement ; l’autre, moins onénereuse, est munie d’une turbine actionnée par les courants marins et donc auto-rechargeable.

Après avoir reçu de la part du magazine anglais The Observer, un Ethical Awards 2012 dans la catégorie « Big Idea », son projet a décroché en novembre le « James Dyson Award 2012 », décerné chaque année par la Fondation de l’« inventeur » de l’aspirateur sans sac. « Cette technologie s’attaque à un problème environnemental sérieux, estime James Dyson. « SafetyNet » est la preuve que les jeunes diplômés sont capables de résoudre de manière inventive des problèmes aujourd’hui ignorés par la plupart des industriels ». Avec sa récompense – 10 000 livres sterling (12 350 euros) –, Dan Watson va développer des prototypes et financer les essais demandés par le gouvernement anglais, qui s’est intéressé à son invention. Pour la commercialiser, le designer déjà monté sa société : SafetyNet Technologies (www.sntech.co.uk).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°381 du 14 décembre 2012, avec le titre suivant : Filet mignon

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