Vendredi 14 décembre 2018

Fauve belge : Rik Wouters

Par Marie Frumholtz · L'ŒIL

Le 17 février 2017 - 537 mots

Les Musées royaux des beaux-arts de Belgique consacrent une rétrospective
à Rik Wouters (1882-1916), sculpteur, dessinateur et peintre postimpressionniste qui a su s’imprégner des tendances picturales de son temps tout en entretenant sa singularité.

Influences cézaniennes
Sa découverte des peintres français marque profondément l’évolution de sa peinture. Couleurs et formes envahissent la surface de la toile. Sous l’influence de Cézanne, Wouters se détourne de la perspective traditionnelle au profit d’un jeu de surfaces et de volumes. Son modelé chromatique fait s’alterner les tons froids et les tons chauds. Les différents éléments de la composition se répartissent de manière harmonieuse. La structure de l’œuvre reste solide, sa trop courte existence ne lui permettra pas de glisser vers l’abstraction.

Épure du sujet
Le peintre dilue ses couleurs avec de la térébenthine et joue sur la capacité d’absorption de sa toile. Cette dernière reste visible en transparence et réfléchit la lumière. Sous l’influence de James Ensor, il use depuis les années 1880 de gammes assourdies de gris-vert et de bleu pour créer des effets lumineux et argentés. Ces teintes sont contrebalancées par des touches de jaune, de brun et d’orange, obtenues en étirant fortement la peinture. Les coups de pinceau sont encore visibles. Sa toile a la fluidité d’une aquarelle.

Non finito
À partir de 1912, la plupart des peintures de Rik Wouters donnent une impression d’inachevé. La technique est inhabituelle pour l’époque. Les critiques lui reprochent de laisser des parties entièrement vides sur ses toiles. L’incomplétude de ses œuvres s’explique par sa crainte d’en briser l’unité par quelques retouches. Il lui semble préférable de reprendre la composition sur une autre toile. Pour l’artiste, une peinture n’est matériellement achevée que lorsqu’il le décide. La forme finale est détenue par le spectateur lui-même.

L’inspiratrice
Nel Duerinckx, la muse et épouse de Wouters, lui donne la possibilité de célébrer sa passion pour les couleurs, la lumière et les formes sur de nombreux tableaux à partir de 1905. Elle pose ici son regard de manière nonchalante sur le spectateur. Ses lèvres voluptueuses et ses yeux tendres exhalent la sensualité. Modelé par des effets d’ombre, son visage ovale a les traits simplifiés d’une sculpture, art que pratique également Rik Wouters. La lumière estompe les contours des objets, mais les volumes demeurent tangibles, presque palpables.

Couleurs pures

Une explosion de couleurs. L’artiste flamand brise l’impératif mimétique au profit d’intuitions et d’élans expressifs. L’interprétation personnelle prend le pas sur la représentation de la réalité. Comme chez Matisse, l’exaltation des couleurs primaires est synonyme d’hédonisme. Les contrastes des couleurs complémentaires, rouge/vert et jaune/bleu, saturent l’espace et dynamisent l’ensemble. Les surfaces planes induisent un nivellement de la perspective aérienne, les lignes n’ont plus qu’une fonction ornementale.

Jeu de textures

Le sujet n’est pas le centre de la composition. La narration n’est pas le but. Ne comptent que la façon dont le sujet est traité, le contraste des couleurs et la dispersion des formes sur l’ensemble de la toile. Rik Wouters varie également les effets de matière, tantôt lisse, tantôt granuleuse. Avec un arrière-fond gris, la lumière semble émaner de la toile elle-même. À la manière des peintres impressionnistes, les taches et les traits ne se fondent pas mais laissent paraître des espaces vierges, comme autant d’accents blancs étincelants.

« Rik Wouters. Exposition rétrospective »

Du 10 mars au 16 juillet 2017. Musées royaux des beaux-arts de Belgique, rue de la Régence, 3, Bruxelles. Du mardi au vendredi de 10 h à 17 h, et le week-end de 11 h à 18 h. Fermé le lundi. Tarifs : 14,50 et 8 €. Commissaires : Frederik Leen, Francisca Vandepitte, Inga Rossi-Schrimpf et Herwig Todts. www.fine-arts-museum.be

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°699 du 1 mars 2017, avec le titre suivant : Fauve belge : Rik Wouters

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