Lundi 17 décembre 2018

Exploration

Embarquement immédiat

Par Anaïd Demir · Le Journal des Arts

Le 17 mars 2006 - 630 mots

De la Terre jusqu’au ciel, Melik Ohanian nous entraîne dans son univers, en direct de l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne.

 VILLEURBANNE (RHône) - Pour saisir l’atmosphère qui règne dans l’exposition personnelle de Melik Ohanian, il faut imaginer Christophe Colomb, Magellan ou Bougainville coincés dans les couloirs de 2001 : l’Odyssée de l’espace. L’Institut d’art contemporain, à Villeurbanne, semble avoir été investi par des explorateurs et des scientifiques aussi fous que romantiques, traçant des cartographies inspirées, perdus dans un espace-temps qui n’est pas le leur. Entre exploration rêveuse, données scientifiquement prouvées et fiction bien ficelée, cet artiste/globe-trotter invite le visiteur au voyage, si tant est qu’il se laisse embarquer. Dans une scénographie élégante et maîtrisée, chacune des pièces présentées forme à elle seule un continent, une fenêtre sur un monde à découvrir. Dans un jeu d’ombres, de lumières et de sons, on sillonne les quatre coins de la Terre avec, en prime, des allers-retours pour le cosmos. Mars est très présente au cœur de l’univers ohannien. Welcome to Hanksville filme la planète en « opposition » à la Terre depuis le désert de l’Utah, alors qu’une œuvre égrène en direct un temps scientifiquement martien. Au sol, des diodes lumineuses, des miroirs, des ordinateurs et des messages cryptés suggèrent une existence extraterrestre. Même s’il ne saisit pas tout le sens de ces mises en scène et suites codées, le visiteur est pris dans cette fascination poétique pour l’inconnu.
À l’entrée, Slowmotion, Slave to Valse (2003), installation aux allures abstraites, est composée d’ampoules que le spectateur peut allumer et éteindre à sa guise, afin de créer des messages. La possibilité d’inventer un nouveau langage ? Plus loin, un dispositif circulaire proche du carrousel géant (Switch off) permet de distordre l’espace à travers d’étranges effets lumineux. Avec cette vision aérienne et nocturne, le point de vue s’inverse et la Terre prend subitement des aspects cosmiques. Le panorama se révèle aussi onirique et éthéré que dans Island of an Island, le dispositif que Melik Ohanian présentait lors de l’ouverture du Palais de Tokyo, à Paris, en 2002. Cette île née d’une éruption volcanique sous-marine est évoquée à Villeurbanne à travers un demi-globe lumineux. Découverte en 1963 au large de l’Islande, elle est un territoire réservé à la communauté scientifique.

À la conquête du monde
Du ciel à la Terre, il n’y a qu’un pas. Les questions d’identité se superposent alors à des notions de territoire. Ohanian est parti en quête de son homonyme à Atlanta et c’est la réalité de la diaspora arménienne qui apparaît en filigrane de l’installation You Are My Destiny (2003).
Après un travelling avant chez les dockers en grève de Liverpool, un coucher de soleil au Texas est projeté en plan fixe. Puis, à travers une floraison d’écrans, des hommes de Dakar nous content des récits en Slam : soit une manière de mettre en scène la musicalité d’un langage par le biais de plusieurs sources sonores. De même pour les mains d’ouvriers arméniens battant le rythme sur un mur d’images. Le son se déforme aussi dans les films The Patrol (2004) ou Seven Minutes Before (présenté à la dernière Biennale de Lyon), qui nous plongent dans une réalité décuplée grâce à une multitude de points de vue. Du ciel à la Terre, l’exposition nous donne la sensation d’avoir fait le tour du monde. Est-ce pour nous rappeler que la Terre est ronde ? Étrangement, pour cette rétrospective avant l’heure, l’artiste est revenu à son point d’origine, sa ville natale. Villeurbanne est la ville dont Melik Ohanian est parti pour voyager, de résidences en biennales, à la conquête de la scène artistique internationale.

MELIK OHANIAN, LET’S TURN OR TURN AROUND

Jusqu’au 23 avril, Institut d’art contemporain, 11, rue du Docteur-Dolard, 69100 Villeurbanne, tél. 04 78 03 47 70, du mercredi au dimanche 13h-18h

MELIK OHANIAN

- Commissaire de l’exposition : Jean-Louis Maubant - 26 œuvres, de 1997 à 2006 : films, vidéoprojections, tableaux lumineux, photographies, installations sonores, publications… - 6 œuvres produites pour l’occasion

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°233 du 17 mars 2006, avec le titre suivant : Embarquement immédiat

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