la poussette-canne

Duel au ras du bitume

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 17 février 2006

Transporter son petit-fils… C’est en voulant appliquer ses connaissances à ce défi quotidien que l’Anglais Owen Maclaren (1907-1978), non content des produits existant sur le marché, invente, il y a tout juste quarante ans, une poussette pliable : la fameuse « poussette-canne » Maclaren. Ingénieur en aéronautique et ancien pilote d’essai, Maclaren a, avant la Seconde Guerre mondiale, contribué à la conception du train d’atterrissage de l’avion de chasse Spitfire. Il possède donc une science certaine en matière de structures porteuses légères et rigides, capables de soutenir un poids et de se replier de façon compacte. Aussi s’inspirera-t-il précisément de ses recherches sur les mécanismes d’articulation du train d’atterrissage pour imaginer un châssis léger et résistant qui pourra se plier. En 1965, sort la première Baby Buggy de Maclaren, en aluminium tubulaire. Elle pèse moins de trois kilos, une plume au regard des énormes landaus alors en activité. L’engin se révèle, en outre, doublement pratique. Il autorise le transport d’un enfant de bonne taille. Mais surtout, son mécanisme de pliage tridimensionnel permet de le replier dans un volume à peine plus grand qu’un parapluie enroulé. Le tout d’une main, en cinq secondes à peine, avec l’enfant sous l’autre bras. Une prouesse !
Pour son quarantenaire, la firme Maclaren a demandé à Philippe Starck d’imaginer un nouveau modèle. Le designer qui, sur sa lancée, a aussi conçu une chaise haute de voyage et un lit pliant, s’est contenté d’arrondir les angles. Le dessin originel de la poussette ne bouge pas vraiment. Seules les deux tubulures majeures – qui partent des roues avant, soutiennent le siège et s’achèvent par deux poignées en forme de cornes de vache, version Salers –, adoptent donc la ligne courbe. En clair, il s’agit d’un simple lifting de la Baby Buggy que Starck a habillée de sa palette de couleurs franches habituelles – gris foncé, vert, mauve, orange… –, qui rappellent celles qu’il vient d’utiliser pour le chausseur Puma.

Manœuvrabilité
Née en 1999, la poussette Bugaboo n’a, elle, en revanche, rien de cosmétique, bien au contraire. Elle est le résultat de moult années de maturation. Cette originale petite voiture d’enfant est née, en 1994, dans la tête du Néerlandais Max Barenbrug, alors âgé de 30 ans et étudiant à la Design Academy d’Eindhoven (Pays-Bas). Pour son mémoire de fin d’études, ce dernier, qui planche sur le thème de la mobilité, décide de revisiter un « véhicule » plutôt trivial : la poussette pour bébé. Diplôme en poche, Barenbrug pense fignoler rapidement sa maquette à quatre roues. Or le premier prototype, qu’il met au point avec son beau-frère médecin, Eduard Zanen, ne verra le jour qu’en 1997. Et le premier modèle, Bugaboo Classic, produit à Taïwan, ne circulera dans les rues bataves qu’en 1999. Suivra, deux ans plus tard, la Bugaboo Frog, puis fin 2005, les Bugaboo Gecko et Cameleon. La poussette  – poids : 8 kilos – est tout simplement révolutionnaire : siège réversible (nacelle/poussette), roues pivotantes à l’avant, suspensions qui permettent d’avaler en douceur bosses et autres dos-d’âne… Mais l’une des grandes réussites réside sans aucun doute en son extrême manœuvrabilité : les roues pivotantes permettent d’effectuer, du bout du doigt, un 360° parfait. La Bugaboo fait évidemment un malheur en ville où la place est comptée et les slaloms, légion.
Bref, Bugaboo ou Maclaren ? Le duel a lieu quotidiennement, au ras du bitume.

La poussette Maclaren de Starck (295 euros) est sortie en France le 6 février. Infos
Maclaren : www.maclarenbaby.com.
La poussette Bugaboo Frog (679 euros) sera définitivement remplacée, d’ici à fin 2007, par la Bugaboo Gecko (630 euros) et la Bugaboo Cameleon (790 euros), sorties en décembre 2005. Infos Bugaboo : www.bugaboo.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°231 du 17 février 2006, avec le titre suivant : Duel au ras du bitume

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