Vendredi 6 décembre 2019

Toulouse

Du neuf avec du vieux

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 4 octobre 2011 - 521 mots

Les trente-huit artistes du Printemps de septembre revisitent les techniques traditionnelles, peinture, collage…

TOULOUSE - S’il est un caractère de prime abord agaçant de cette 21e édition du Printemps de septembre, à Toulouse (Haute-Garonne), c’est son aspect dream team à la mode. Des trente-huit artistes réunis pour l’occasion, tous ou presque sont des stars, et ceux qui ne le sont pas encore sont déjà très soutenus par le marché, à savoir des enseignes internationales de renom. De découvertes il n’y a donc pas, ou si peu. Pour autant, la proposition de la commissaire belge Anne Pontégnie ne manque pas d’allant, qui sous le titre « D’un autre monde » propose de considérer les nouvelles pratiques artistiques d’aujourd’hui à l’aune de stratégies mises en place par une génération d’artistes revisitant un héritage d’outils plus ou moins traditionnels, ayant parfois été malmenés, si ce n’est bannis, par la table rase de la modernité.

Ce questionnement se cristallise autour de la peinture dans l’exposition présentée aux Abattoirs. On n’y découvre pas là l’état de la peinture mais un état de la peinture, abstraite, à travers des travaux brouillant usages et catégories. Fredrik Værslev, par exemple, ne la conçoit pas autrement que collaborative. Surtout, il se fait aider de la nature et du hasard, laissant ses toiles se modifier tout l’hiver en extérieur, soumises aux éléments du climat norvégien, la neige en particulier. Magnifique, Karla Black, qui use toujours de matériaux inattendus provenant souvent du champ de l’intime, a répandu au sol un tapis de plâtre pulvérulent d’où émergent timidement quelques dessins sous-jacents par endroits. Et lorsque Isa Genzken agrège des images et matériaux divers, Alex Hubbard englue des fragments d’objets en plastique sur la toile. Chez beaucoup, le recyclage s’impose comme une donnée fondamentale.

Place au doute
Plus douteux, les oignons polychromes de William Pope.L dispersés sur des étagères face à des miroirs, ou les deux immenses toiles de Josh Smith, ornées de son seul nom afin de tenter d’exister face au rideau de scène de Picasso conservé par le musée, font bien pâle figure. Privilégiant des salles monographiques, l’accrochage manque en outre de vigueur, en termes de rencontres notamment, qui n’auraient nullement dénaturé le propos. Ainsi, au lieu de consacrer deux – belles – salles distinctes à Paul Thek et Chris Johanson, pourquoi ne pas les avoir invités à se confronter alors que tous deux partagent une forme d’humilité face au médium tout en en tirant une remarquable énergie ?

D’autres rendez-vous interrogent la cérémonie et le rituel, telle la rencontre orchestrée aux Jacobins entre Simon Starling et Tatsumi Hijikata, fondateur de la danse japonaise Butô. À l’Espace Croix-Baragnon, le formidable film de l’Écossais Luke Fowler, A Grammar for Listening (2009) est à ne pas rater. Purement contemplatif, il dissocie images et sons, conférant à ces derniers une primauté en amplifiant l’infime. Bouleversant la perception du réel, il laisse aussi la place au doute. C’est l’un des autres attraits de cette manifestation.

LE PRINTEMPS DE SEPTEMBRE – À TOULOUSE. D’UN AUTRE MONDE

Jusqu’au 16 octobre, divers lieux, 31000 Toulouse, tél. 05 61 21 17 01, www.printempsdeseptembre.com, tlj 12h-19h, samedi et dimanche à partir de 11h

LE PRINTEMPS DE SEPTEMBRE

Commissariat : Anne Pontégnie
Nombre de lieux : 19
Nombre d’artistes : 38

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°354 du 7 octobre 2011, avec le titre suivant : Du neuf avec du vieux

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