Dix artistes chinois à suivre absolument

Par Philippe Piguet · L'ŒIL

Le 18 avril 2016

01  Ai WeiwEi
Pékin, 1957. Artiste protéiforme passé maître blogueur, Ai Weiwei n’a eu de cesse depuis une vingtaine d’années d’avoir des démêlés avec les autorités de son pays. Il a fait de la dissidence une forme esthétique, multipliant les actions pour leur faire entendre que la liberté d’expression est l’un des premiers droits de l’homme. Provocateur, son art dérange parce qu’il évoque, entre absurde, tragique et dérision, la société chinoise. Installé aujourd’hui à Berlin, il n’en poursuit pas moins sa route, devenu l’artiste prisé des institutions internationales et des grandes enseignes, comme celle du Bon Marché pour qui il a réalisé un dragon monumental et immaculé qui plane au cœur du magasin.

02  Zeng Fanzhi
Wuhan, 1964. Si, comme il le dit, « la forme choisie n’a pas d’importance », en revanche le sujet, chez lui, n’en manque jamais. Quel qu’il soit, il y va chaque fois d’une démarche qui prend appui sur sa propre expérience. Ainsi du thème de la Cène, traité en 2001, citation assumée de l’œuvre de Léonard mais surtout allusion politique à une réunion politique dont les personnages sont tous affublés d’un foulard rouge, signe distinctif des Pionniers, l’organisation de jeunesse du parti communiste dans laquelle l’artiste n’a pas été accepté, sa famille n’en ayant pas été jugée digne. Comme en témoigne par ailleurs sa puissante série des Masques des années 1990.

03  Qiu Zhijie
Zhangzhou, 1969.  Symbole de toute cette génération d’artistes qui a cherché à se démarquer de l’art officiel, la photographie de Qiu Zhijie le représentant couvert d’un caractère rouge peint sur son corps et sur le mur a fait le tour du monde. Elle est l’icône emblématique de l’éveil que la Chine connaît depuis une vingtaine d’années. Ce signe est un idéogramme qui signifie « Non, tu ne dois pas » qui était utilisé pour stigmatiser les hors-la-loi. L’art de Qiu Zhijie exploite ainsi la richesse patrimoniale de sa culture pour en faire le vecteur manifeste d’un parti pris en faveur de la lutte pour la liberté d’expression.

04  Zhang Xiaogang
Kunming, 1958. Portraits de groupe salués par la critique comme des « portraits de l’âme chinoise moderne », les peintures de Zhang Xiaogang offrent à voir des figures énigmatiques et figées dans une atmosphère pesante de tons gris et noirs. Intitulée Bloodline, cette série présente un point commun : une ligne rouge sang traverse discrètement chaque tableau, liant les individus représentés entre eux. « Sur la toile, dit l’artiste, ces visages ont l’air calme comme de l’eau, mais en dessous se trouve un immense trouble émotionnel. » Une œuvre comme une puissante interrogation de la place de l’individu dans la société.

05  Gu Dexin
Pékin, 1962. Après une période de peinture d’inspiration fauve ou surréaliste, Gu Dexin, à la suite d’un travail en usine, s’est passionné pour les déchets de matière plastique. Par la suite, il a multiplié les installations visant à taxer les dérives d’une société consumériste et fétichiste. Ses installations et ses environnements jouent volontiers sur les idées de nombre et de quantité en mettant en jeu des éléments aussi divers que des pommes ou des poupées Barbie, dénonçant ici le gâchis, là le superflu, comme des modes d’existence consubstantiels à notre époque et voués à la perdition de la condition humaine.

06  Zhang Huan
Anyang, 1965. Son œuvre intitulée Family Tree, datée 2000, a rendu célèbre cet artiste précurseur de la scène pékinoise installé par nécessité aux États-Unis après les événements de la place Tian’anmen. Sur le mode de l’autoportrait fait de neuf séquences photographiques, l’artiste s’y recouvre progressivement le visage d’idéogrammes peints à l’encre noire jusqu’à ce que celui-ci disparaisse en totalité. Cette série condense les termes d’une problématique liée à la question de l’identité. Elle est à mettre au compte de l’illustration d’un étouffement par le poids d’une tradition séculaire – la calligraphie – qui emprisonne l’individu dans un carcan dont il peine à sortir.
 
07  Wen Fang
Pékin, 1976. Après des études de design, son désir d’art conduit Wen Fang en France où elle suit les cours de l’École Louis Lumière pour retourner dans son pays et y développer une œuvre photographique singulière. Soucieuse de prendre en compte les trois mille ans d’histoire de la culture chinoise, elle s’approprie un matériau qui en fait partie, la brique, symbole des constructions du temps jadis et de la folie immobilière contemporaine. Sur ses briques, elle fait imprimer les visages anonymes des ouvriers qui en sont les véritables héros, organisant toutes sortes d’installations souvent monumentales qui en appellent au patrimoine chinois, tel un impressionnant jeu de go.

08  Xu Qu
Nanjing, 1978. De grandes toiles aux motifs géométriques colorés recto verso, montées sur des châssis à roulettes offrent à voir non pas une nouvelle proposition d’abstraction géométrique, mais un commentaire cinglant sur la place de l’argent dans notre monde. De fait, les images peintes ne sont rien d’autre que les détails de billets de banque et la façon qu’a l’artiste de nous y confronter ne manque pas de violence visuelle. Auteur de vidéos aux sujets particulièrement impressionnants – dont l’une montre un équarrisseur dépecer un cheval en bandes pour le métamorphiser en zèbre, peau prisée en Chine –, Xu Qu développe une œuvre d’une rare justesse de cible.

09  Guangyi Wang
Harbin, 1957. Dans ses tableaux de la série Great Criticism, Guangyi, fondateur à la fin des années 1980 du mouvement « Political Pop Art », se plaît à détourner la propagande maoïste. Il y mêle non sans ironie les symboles de la société de consommation occidentale aux signes de la Révolution culturelle en mettant en scène l’ouvrier, la paysanne et le garde rouge. Dans le même esprit de détournement, il s’en est pris à tout un lot d’enseignes commerciales occidentales de luxe – Chanel, Dior, Rolex, Porsche… – pour taxer les travers d’une société qui ne jure que par le clinquant, le bling-bling et le paraître.

10  Xu Zhen
Shanghai, 1977. Artiste entrepreneur, Xu Zhen a créé en 2009 une entreprise de « production culturelle » d’art contemporain intitulée MadeIn Company et à travers laquelle il a lancé la marque « Xu Zhen ». Sous ce label, l’artiste se propose d’agir dans tous les secteurs de la créativité. Par la suite, Xu Zhen a créé MadeIn Gallery, une plate-forme destinée à présenter les travaux de toutes sortes d’artistes internationaux, repérés ou en devenir. Dans cette qualité de réflexion sur l’économie du monde de l’art, l’œuvre personnelle de Xu Zhen interroge les rapports esthétiques entre l’art et la misère, mêlant volontiers les pratiques les plus diverses.

Ai Weiwei,
Taschen, 600 p., édition multilingue : Allemand, Anglais, Français, 49,99 €. Existe aussi en édition limitée à 1 000 exemplaires comprenant des têtes de chapitres conçues par l’artiste et des images inédites, et enveloppés chacun dans un foulard de soie, 724 p., 1 000 €.

« Andy Warhol / Ai Weiwei »
Du 4 juin au 28 août 2016. The Andy Warhol Museum, 117 Sandusky Street, Pittsburgh, États-Unis. Du mardi au dimanche de 10 h à 17 h, nocturne le vendredi jusqu’à 22 h, fermé le lundi. Tarifs : 20 et 10 $. Commissaires : E. Shiner, M. Delany, J. Beck. www.warhol.org

Ai Weiwei participe à « Generosity. The Art of Giving »
Du 6 février au 31 août 2016. National Gallery, DukelskÁ½ch hrdinů 47, Prague, République tchèque. Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h, fermé le lundi. Tarifs : 220 et 110 CZK. Commissaires : A. Budak, M. Pejčochová. www.ngprague.cz

Xu Qu et Xu Zhen participent à « Bentu, des artistes chinois dans la turbulence des mutations »
Du 27 janvier au 2 mai 2016. Fondation Louis Vuitton, 8, avenue du Mahatma-Gandhi, Paris-16e. Tous les jours de 10 h à 20 h, nocturne le vendredi jusqu’à 23 h. Tarifs : 14 à 5 €. Commissaires : S. Pagé, L. Bossé, P. Tinari, C. Staebler. www.fondationlouisvuitton.fr

Ai Weiwei, Huang Yong Ping, Xu Zhen, Zhang Huan et Zhang Xiaogan participent à « La Collection, un choix d’œuvres chinoises »
Du 27 janvier au 29 août 2016. Fondation Louis Vuitton, 8, avenue du Mahatma-Gandhi, Paris-16e. Tous les jours de 10 h à 20 h, nocturne le vendredi jusqu’à 23 h. Tarifs : 14 à 5 €. Commissaires : S. Pagé, F. Cohen, N. Ogé. www.fondationlouisvuitton.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°690 du 1 mai 2016, avec le titre suivant : Dix artistes chinois à suivre absolument

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