Vendredi 30 juillet 2021

Disparition

Disparition de l’artiste russe Oleg Tselkov

Par Emmanuel Grynszpan, correspondant à Moscou · lejournaldesarts.fr

Le 13 juillet 2021 - 469 mots

PARIS

L’artiste non conformiste avait dû quitter l’URSS en 1977 et s’était installé en France. Il avait 87 ans.

Oleg Tselkov, At a mirror, 1998. © Cea +, CC BY 2.0
Oleg Tselkov, At a Mirror, 1998.
Photo Cea +

Oleg Tselkov, l’un des principaux artistes russes « non conformistes » du XXe siècle est décédé dimanche 11 juillet 2021 à Paris. Né en 1934 à Moscou, le peintre s’était installé en France en 1977. Il s’est éteint à l’hôpital Saint-Antoine, ont confié ses proches à l’agence d’État russe RIA Novosti. Ceux-ci rapportent également, que l’artiste avait perdu la vue deux semaines avant sa mort, ce qui « a été un immense choc pour lui ».

S’inscrivant dans le courant expressionniste, les peintures d’Oleg Tselkov sont immédiatement identifiables. Une palette réduite à deux ou trois couleurs vives, un fond noir d’ébène, sur lequel apparaissent des visages ovales caractéristiques, aux yeux éteints et aux traits souvent tordus par de puissants tourments internes. Des visages non individualisés par ce qu’ils ne sont pas « le portrait d’un seul sujet, mais un portrait général, tous fondus dans une seule mine affreusement familière », selon l’artiste. 

Oleg Tselkov est né à Moscou le 15 juillet 1934. Il a dans un premier temps intégré l’Institut d’art et de théâtre de Minsk et a poursuivi ses études à l’Académie des arts Repine de Leningrad, avant d’en être expulsé. Il finit par obtenir un diplôme de l’Institut national du théâtre, de la musique et du cinéma de Leningrad.

Il n’essaie jamais d’intégrer les circuits officiels et sa carrière démarre classiquement par une première « exposition d’appartement » à 22 ans, dans la chambre de l’artiste Vladimir Slepyan (Eric Pid, 1930-1998). Durant l’ère légèrement plus tolérante du dégel poststalinien, sa réputation grandit. Dans les années 1960 et 1970, l’atelier de Tselkov à Moscou reçoit la visite au fil des ans des célébrités telles que Arthur Miller, les peintres David Alfaro Siqueiros, Renato Guttuso, Lili Brik, et des poètes Anna Akhmatova, Joseph Brodsky, Yevgeny Yevtushenko, Louis Aragon, et Pablo Neruda.

La première exposition publique de Tselkov a lieu en 1966 à l’Institut Kurchatov de physique atomique de Moscou. L’exposition est fermée au bout de deux jours par le KGB parce que « idéologiquement inacceptable ». En 1977, sous la pression des autorités, il est contraint de quitter l’URSS. Tselkov choisit d’abord Paris. Puis il achète une ferme en Champagne, où il installe son atelier.

Au début des années 2000, la Russie reconnaît enfin son talent. Des expositions personnelles de Tselkov se déroulent au Musée russe de Saint-Pétersbourg et à la Galerie Tretiakov de Moscou. Ses œuvres intègrent les collections de l’Ermitage et du Musée Pouchkine. 

L’artiste s’est cependant toujours tenu résolument à l’écart du marché de l’art. Ses œuvres comptent cependant parmi les plus cotées pour l’art contemporain russe, avec un pic à 440 000 dollars en 2007 pour Cinq visages. Selon le site spécialisé artinvestment.ru, la valeur cumulée des œuvres vendues aux enchères atteint 11 millions de dollars.
 

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