Confrontation

Définition générale

À Tours, Claude Rutault offre une lecture de la collection de la Société générale et en extrait des oeuvres qui lui permettent de revisiter ses « définitions/méthodes »

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2010

TOURS - Prenez une collection d’entreprise, celle de la Société générale par exemple, riche de quelque deux cents œuvres et sept cents lithographies, à laquelle vous proposez de s’exposer hors des normes muséales traditionnelles.

Invitez ensuite un artiste, Claude Rutault par exemple, à s’emparer de cette collection afin d’en effectuer une lecture. Posée par Alain Julien-Laferrière, directeur du Centre de création contemporaine (CCC) à Tours, cette équation produit un exercice des plus fins, dont le résultat enthousiasmant, intitulé « dm 145. légendes. Claude Rutault visite la collection d’art contemporain Société générale », constitue une très belle surprise parmi les expositions de ce début d’année.
 
En premier lieu, Rutault peintre, connu pour ses définitions/méthodes (d/m) imposant notamment que la toile soit « peinte de la même couleur que le mur sur lequel elle est accrochée », s’est exclusivement tourné vers le volet photographique de la collection. Il a cherché à y « identifier des images intéressantes en tant que photos afin de faire un travail de peinture par rapport à cela ».

Partant, l’artiste ne s’est pas contenté de proposer une lecture du fonds, il l’a fait glisser vers une relecture de son propre travail, en sélectionnant onze de ses définitions/méthodes, réinterprétées pour l’occasion. Une manière d’enfoncer le clou quant à la validité d’un œuvre singulier, qui depuis 1973 repose sur les possibles variations de chacune de ses propositions en fonction de la perception de celui [collectionneur, commissaire d’exposition…] qui les prend en charge et les exécute ; l’artiste insistant sur le fait que « la peinture est écrite avant d’être peinte, ce qui change donc beaucoup de choses dans le travail de peinture car la lecture entraîne une interprétation différente chez chacun ».

Angle rentrant/angle saillant
S’enchaînent ainsi des exercices où la délégation d’usage offerte par les définitions/méthodes conduit la narrativité de l’image et le champ du monochrome à participer d’une dialectique de l’échange qui se concrétise dans de redoutables exercices de renvois. Ainsi une photographie de Luo Dan figurant un personnage de dos (Three Gorges Zigui Hubei, 2006) fait-elle face à une toile retournée contre le mur (d/m 254. toile contre le mur, 1994 : « la toile est fixée au mur de sorte qu’on voit ses dessous, c’est-à-dire le châssis »). Deux clichés de Danica Dakic (La Grande Galerie 01 et 03, 2004) accrochés dans un angle rentrant dialoguent avec deux toiles portées par un angle saillant à l’opposé de la salle (d/m 107. 2 plans/3 dimensions, 1979 : « deux toiles, rectangulaires ou carrées, identiques, sont accrochées l’une au-dessous de l’autre, jointives, de chaque côté d’un angle de mur, que cet angle soit saillant ou rentrant »). Brillant exercice de retournement et de développement mental, l’ensemble composé d’une toile blanche posée à l’horizontale sur des tréteaux, et devant être initialement placé face à une fenêtre, est installé à l’aplomb d’un extérieur urbain photographié par Werner Feiersinger (Untitled (Gino Valle, Bank Manager’s Balcony, Latisana), 2005 ; d/m 252. la peinture mise à plat, 1993).
 
Des œuvres d’artistes tels Valérie Belin, Elina Brotherus, Thomas Demand, Marie Bovo, Philippe Ramette ou Gábor Ösz sont mises à contribution dans d’autres relectures où changements de statut, déplacements, inversion des rôles et bouleversements de la perception opèrent une double mise en abyme : celle du sujet figuré, par l’entremise de l’abstraction du médium pictural ; celle de l’espace global, par l’ouverture effectuée par le champ du tableau… dont profite l’image.
 
Le parcours donne une impression de cohérence d’autant plus appuyée que ce dispositif global, ultime manifestation de la rencontre, achève d’affirmer des qualités picturales au sein de toutes les photographies invitées.

DM 145. LÉGENDES

Commissaire : Alain Julien-Laferrière, directeur du CCC
Nombre d’artistes : 18
Œuvres : 11 définitions/méthodes et 18 œuvres photographiques

DM 145. LÉGENDES. CLAUDE RUTAULT VISITE LA COLLECTION D’ART CONTEMPORAIN SOCIÉTÉ GÉNÉRALE, jusqu’au 21 février, CCC, 53, rue Marcel-Tribut, 37000 Tours, tél. 02 47 66 50 00, www.ccc-art.com, tlj sauf lundi-mardi 14h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°316 du 8 janvier 2010, avec le titre suivant : Définition générale

Tous les articles dans Création

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque