Mardi 25 septembre 2018

Design

Dans la peau de Massaud

Par Christian Simenc · Le Journal des Arts

Le 27 juillet 2007 - 783 mots

Élu « Créateur de l’année 2007 », le designer connaît également sa première exposition monographique.

 PARIS - Le hasard fait parfois bien les choses. Au moment même où le designer Jean-Marie Massaud, 40 ans, propose une première grande exposition monographique à Paris, il a été élu, fin janvier, « Créateur de l’année 2007 » par le Salon du meuble de Paris. Cette « rétrospective » ayant été décidée longtemps avant le jury du prix, on ne pourra donc soupçonner ni le VIA (1), qui accueille la présentation, ni les jurés dudit prix de collusion.
La scénographie imaginée par Massaud pour son exposition n’est pas pesante, bien au contraire. Les couleurs sont quasiment absentes, seuls le blanc, le noir et le vert subsistent. Quelques « nuages » de mousse, vraie ou fausse, évoquent quelque accointance avec la nature. Le designer dévoile, ici, un résumé copieux de sa production : robinetterie, flacons de parfum, bougies, vaisselle, mobilier et architecture. Certains sièges sont fixés sur les murs à la verticale telles des sculptures. D’autres, posés sur de minces podiums habillés de papier miroir, semblent comme en lévitation. Le fauteuil Truffle (Porro, 2005) fait penser à une grosse éponge de mer, le banc In/Out (Cappellini, 2001) à un fuselage de vaisseau intersidéral. Paysage sous-marin ou spatial ? Les diodes électroluminescentes et les écrans numériques (trop hauts et surtout trop petits !) qui gravitent autour des pièces comme des satellites feraient plutôt pencher pour le second. D’ailleurs, sur le logo de l’exposition, en forme de test de Rorschach, on distingue entre autres un personnage qui paraît se jeter dans le vide, à l’instar de celui du célèbre photomontage d’Yves Klein Le Saut dans le vide (lire le JdA n°250, 5 janvier 2007). « L’idée, explique Massaud, est de faire pénétrer les gens dans un univers plus que dans de la décoration, dans un climat qui aurait pour base la légèreté ». Le visiteur est donc invité à entrer dans le monde de Massaud un peu comme spectateur, il l’avait fait dans celui de John Malkovich dans le film de Spike Jonze (Dans la peau de John Malkovich).
Lorsque Massaud parle, le discours est certes éminemment séduisant. « Le design doit désormais être en symbiose avec l’environnement et au service du vivant, insiste le designer. Il faut avoir une approche holistique qui stimule à la fois le corps et l’esprit et retrouver une harmonie entre épanouissement individuel et enjeux collectifs ». Objectif : « Réconcilier désir et responsabilité, nature et culture, technosphère et écosphère ». Beau programme ! Sauf que, dans l’exposition elle-même, le designer ne donne pas vraiment les clés pour comprendre sa vision. Le visiteur risque donc fort de se retrouver démuni au milieu de ce monde flottant et sans aspérités. Comment en effet au vu de la seule maquette du stade Vulcano de Guadalajara (Mexique) imaginer que Massaud et son associé, l’architecte Daniel Pouzet, n’ont pas pensé ce lieu uniquement comme une enceinte sportive mais également comme un véritable « morceau de ville » en phase avec son environnement et qui fonctionnerait en continu et non pas seulement pendant les quelques heures que dure une compétition sportive ?

Un nuage habité
Outre l’architecture, le mobilier, selon Massaud, ne doit pas lui non plus être simplement regardé en tant que tel. « Le mobilier, exercice qui consiste à vaincre la gravité pour s’adapter à notre morphologie, n’est pas pour moi un enjeu fondamental, explique le designer. Au-delà de leurs statuts d’objets, ce qui m’importe c’est de proposer des éléments qui épaulent nos comportements, ajoute-il. Ces objets ou ces services ne doivent être lus que comme des indices d’une réflexion plus globale, en l’occurrence des expériences ou des scénarios de vie ».
Le dernier projet de Jean-Marie Massaud est le plus fou. Manned Cloud ou « nuage habité » est un hôtel de 20 chambres à bord d’un dirigeable gonflé à l’hélium. Longueur : 210 m. Largeur : 82 m. Hauteur : 52 m. Capacité : 40 passagers et 15 membres d’équipage. Autonomie : 5 000 km, soit 72 heures. Vitesse de croisière : 130 km/h. « Mon but est d’arrêter d’impacter la Terre, indique Massaud, et surtout d’avoir le monde en spectacle ». Ce tour du monde en ballon débute actuellement par un tour de table : celui des possibles investisseurs.

(1) Valorisation à l’Innovation dans l’Ameublement est l’antenne « recherche-design » de l’Union nationale des industries françaises de l’ameublement (Unifa).

Massaud

Jusqu’au 8 avril, Galerie Via, 29/35, avenue Daumesnil, 75012 Paris, tél. 01 46 28 11 11, www.via.fr, tlj 10h-13h et 14h-18h, samedi et dimanche 13h-18h. Débat avec Jean-Marie Massaud, le lundi 5 février à 18h30, sur le thème « Du design à l’architecture, le projet comme discipline ».

Jean-Marie Massaud

- Scénographie : Studio Massaud, fondé en 2000 par Jean-Marie Massaud et Daniel Pouzet - Nombre de salles : 3 - Nombre d’œuvres : une quarantaine

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°252 du 2 février 2007, avec le titre suivant : Dans la peau de Massaud

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