Jeudi 19 septembre 2019

Architecture

Comme un avion sans aile

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 3 novembre 2010 - 496 mots

Dès qu’il s’agit de Toulouse, on pense chanson et aviation. Le Toulouse de Claude Nougaro résonne encore dans la mémoire que déjà s’enchaîne le poème rock de Charlélie Couture Comme un oiseau sans aile, suivi par le Jardin d’hiver d’Henri Salvador et ses rêves de Latécoère…

Et puis survient la grande aventure de la conquête des airs avec encore et toujours les ombres gigantesques de Guillaumet, Mermoz et Saint-Exupéry qui firent la gloire de l’Aéropostale de Marcel Bouilloux-Laffont… Toulouse, musique et aviation conjuguées, demeure fidèle à elle-même, le Capitole et Airbus sont là pour en témoigner. Et voici que s’élève à Blagnac, là où l’avion est roi, un immeuble de bureaux, de 80 mètres de long sur 12 mètres de hauteur, à la musicalité évidente et dont la forme évoque non pas un avion sans aile, mais une hélice sans avion.  On sait de Wilfrid Bellecour, son architecte, qu’il a passé plusieurs années chez Christian de Portzamparc où il travailla sur l’ambassade de France à Berlin et sur la Philharmonie de Luxembourg, considérée par beaucoup comme le chef-d’œuvre de Portzamparc. Soit, pour Bellecour, une belle initiation à la musique… À Blagnac, Bellecour livre un ensemble de deux immeubles de bureaux reliés par un grand voile de béton blanc qui, partant de la verticale, s’incurve lentement jusqu’à l’horizontale dans un mouvement d’hélice, ouvrant ainsi une large percée visuelle sur le bâtiment d’Airbus au loin. Sous ce voile, le parvis, organisé autour d’un jardin central, invite les visiteurs à pénétrer vers les deux halls. Les façades, isolées par l’extérieur, se caractérisent par des brise-soleil en acier, à l’abri desquels elles semblent respirer par la grâce d’un jeu d’infimes variations. Sur le parvis central, légèrement surélevé pour permettre l’enfouissement d’un niveau semi-enterré de parkings, s’organise un espace paysager et vient s’y lover une sorte d’immense galet blanc immaculé, qui offre sous sa courbe l’espace nécessaire au rangement des vélos. Posé sur la ZAC Andromède, cet ensemble est l’un des programmes inauguraux réalisés sur le premier éco-quartier du Grand Sud, lancé en 2002 au cœur du Grand Toulouse. Autant dire qu’il répond à toutes les exigences en matière de haute qualité environnementale (HQE). En outre, le voile de béton constitue une réelle performance technique : construit sur le modèle des ouvrages de type « ponts », il mêle courbes et vrilles, câbles et tensions, ancrage et légèreté. Lauréat de la Pyramide d’argent 2008, le prix de l’immobilier d’entreprise décerné par la Fédération des promoteurs constructeurs, ce bâtiment a valeur de témoignage. L’immobilier d’entreprise, longtemps sans âme, sans esprit ni caractère et le plus souvent d’une banalité affligeante, semble dorénavant se convertir à l’architecture. Comme le révèlent bien d’autres réalisations à travers toute la France, et notamment à Bordeaux, Lyon ou encore Nantes. Question d’image, d’identité corporate, de supplément d’âme, de statut symbole, de communication, sans aucun doute. Mais avec un bénéfice évident pour les architectes, les utilisateurs, les visiteurs et le paysage. Soit, aujourd’hui, un nouveau décollage réussi à Blagnac. 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°334 du 5 novembre 2010, avec le titre suivant : Comme un avion sans aile

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