Dimanche 16 décembre 2018

Musée des arts décoratifs

Cent ans de plénitude

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 24 juin 2005 - 659 mots

Le 29 mai 1905, le Musée des arts décoratifs, à Paris, ouvrait ses portes au public dans une aile du Louvre, le pavillon de Marsan. Après quelques années de fermetures tournantes et sporadiques, il les rouvrira, enfin au grand complet, le 29 mai 2006.
La grande nef centrale du pavillon de Marsan, chapeautée d’une série d’oculi, bordée au nord par la rue de Rivoli et dont la proue s’élance à la conquête du jardin des Tuileries, est époustouflante de volume et de souffle. Dénudée, dégagée, désencombrée, elle donne bien la mesure et l’ampleur du projet ici engagé.
L’Union centrale des arts décoratifs (UCAD) est née en 1882, dans le sillage des Expositions universelles qui se succédèrent tout au long du XIXe siècle, de la fusion de l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie (1864) et de la Société du Musée des arts décoratifs (1877) – la première fondée par un groupe d’industriels éclairés et la seconde par des personnalités du monde de la culture et de la politique. Elle a eu d’emblée pour leitmotiv l’introduction du « beau dans l’utile », et pour premier instrument la bibliothèque qui la fonde au plus profond du savoir et de la mémoire.
Rebaptisé les « Arts décoratifs » en 2004, l’ensemble est une institution aux multiples visages. Outre la bibliothèque, dont on ne dira jamais assez la richesse et l’importance, elle accueille en son sein le Musée des arts décoratifs, le Musée de la mode et du textile, le Musée de la publicité et, hors les murs, le Musée Nissim de Camondo et l’École Camondo, établissement d’enseignement supérieur en architecture intérieure et design. Sans oublier les Ateliers du Carrousel, parfait instrument de sensibilisation et de formation à l’usage des petits et des grands. Notons que le Centre de création industrielle, aujourd’hui département du Musée national d’art moderne/Centre Pompidou, fut créé en 1969 au sein de l’UCAD.
Au cours des huit dernières années, les Arts décoratifs ont rondement mené de considérables travaux de rénovation. Ainsi, tour à tour, le Musée de la mode et du textile et celui de la publicité ont trouvé leurs aises (le premier aménagé par Daniel Kahane et le second par Jean Nouvel), la bibliothèque a augmenté ses espaces (agencés également par Daniel Kahane) et la Galerie des bijoux (aménagée par Roberto Ostinelli) a allumé ses feux...
Tandis que, actuellement, les 9 000 mètres carrés dévolus aux quelque 357 100 pièces qui composent le trésor du Musée des arts décoratifs sont en cours de réaménagement. Ces 9 000 mètres carrés sont pris en compte par différents architectes, sous l’autorité de l’EMOC (Établissement public de maîtrise d’ouvrage des travaux culturels) : Daniel Kahane pour la nef centrale, Oscar Tusquets et Bruno Moinard pour les salles XVIIe, XVIIIe, XIXe, Art nouveau et Art déco, Sylvain Dubuisson pour le département Moderne et contemporain (de 1940 à nos jours) et Bernard Desmoulin pour la galerie d’étude, la galerie des jouets et la galerie Jean-Dubuffet. Sans oublier François-Joseph Graf pour la mise en place des différentes « period rooms » qui ponctuent le parcours et pour l’immense salle des boiseries ouvrant sur le jardin des Tuileries et destinée à accueillir les mécènes et les partenaires.
On pourrait s’étonner de la multiplicité des intervenants, mais, en réalité, la diversité et la pluralité des traitements vont créer des rythmes, des césures, des scansions qui seront autant de ruptures de ton, surprises, découvertes, et qui viendront accentuer le sentiment de traversée offert aux visiteurs du musée. Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce projet, d’une traversée. Plus encore que les aménagements, c’est le parcours projeté qui séduit ici. Un parcours à rebondissements, au fil duquel le regard, le corps et l’esprit sont sans cesse sollicités. Et qui maintient l’œil aux aguets. Avec pour matériau essentiel la lumière qui pénètre de toute part. Ce que l’on pourra expérimenter dès le 29 mai 2006, soit cent un ans jour pour jour après la première ouverture du musée.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°218 du 24 juin 2005, avec le titre suivant : Cent ans de plénitude

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