Mercredi 19 février 2020

Carpette diem

Tapisserie

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 22 septembre 2014 - 493 mots

On peut travailler sur des métiers à tisser datant du XIXe siècle et avoir, en même temps, l’inspiration clairement accrochée au XXIe siècle.

À preuve : la Manufacture de Cogolin, installée depuis 1924 dans la ville varoise éponyme. Cette entreprise spécialiste en tapis artisanal vient de réaliser deux prototypes dessinés par Julie Richoz, 24 ans, diplômée de l’École cantonale d’art de Lausanne, en Suisse, laquelle les a exposés, cet été, dans l’espace d’art Le Moulin, à La Valette-du-Var. Jamais auparavant la jeune designer n’avait pensé « faire un carton », au sens propre du terme, mais l’idée lui est venue après avoir visité une exposition intitulée « Moroccan Carpets and Modern Art » consacrée aux tapis marocains et déployée, l’an passé, à Munich. « J’ai été touchée par la sensualité qui se dégageait de ces tapis, se souvient Julie Richoz. La manière très libre que les artisans avaient d’interpréter et de construire un motif m’a impressionnée. » Elle souhaite alors réfléchir de la sorte pour la Manufacture de Cogolin. Objectif : créer un motif à l’une des extrémités du tapis et le faire évoluer petit à petit sur le reste de la surface, afin de générer à chaque instant des surprises.

Bref, un tapis « émotif », dit-elle. Pour réaliser son carton, elle commence à tracer, à la main et au feutre, divers croquis « de valeurs », puis, avant le stade du métier à tisser, les retranscrit numériquement grâce à un dessin vectoriel. Julie Richoz opte alors pour la méthode du « tissé plat », qu’elle sait à sa portée, et pour une association de deux matériaux : le coton et le raphia, cette fibre textile tirée d’un palmier à stipe robuste et à très longues feuilles. « Le matériau est à la fois une contrainte et un atout. Il impose ses règles, ses propres limites, mais il ouvre des possibilités, estime-t-elle. Mon travail veut faire coïncider l’imaginaire et la matière. »
 
Les savoir-faire de la manufacture feront le reste, s’appliquant à faire passer les variations et le rythme issus de ses croquis. Mieux : lors du premier tissage, le hasard s’invitera sur le métier. « Des portions du motif ont été retranscrites en négatif, raconte Julie Richoz, ce qui a accentué le rythme et créé d’autres surprises », ajoutant, de fait, une part supplémentaire d’aléatoire au dessin originel. Ce qui n’est pas pour lui déplaire : « C’est ce qui fait le charme de l’exercice, sourit-elle. J’aime le résultat et je crois que l’aléatoire fait bien les choses. »

À SAVOIR

En 2013, Julie Richoz a imaginé deux séries de vases colorés, baptisés Coques et Oreilles, lesquelles ont été réalisées par les souffleurs du Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques (Cirva), à Marseille.

À VOIR

Née en 1990, la Franco-Suisse Julie Richoz a ouvert son agence en 2012 à Paris. Cette même année, elle a décroché le Grand Prix Design Parade de la Villa Noailles, à Hyères. www.julierichoz.ch

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°672 du 1 octobre 2014, avec le titre suivant : Carpette diem

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