Samedi 28 novembre 2020

Metz

Buren à la fête

Daniel Buren commémore le premier anniversaire du Centre Pompidou-Metz avec une double installation

Par Julie Portier · Le Journal des Arts

Le 23 mai 2011 - 444 mots

Figure de la critique institutionnelle, Daniel Buren est l’invité d’honneur pour le premier anniversaire du Centre Pompidou-Metz.

METZ - Fier de son premier bilan annuel, le Centre Pompidou-Metz joue désormais dans la cour des grands, comme l’atteste l’intervention grandiose de Daniel Buren au musée. L’événement qui commémore le premier anniversaire du petit frère lorrain marque aussi le lancement d’une politique d’expositions temporaires de haut vol. L’invitation confie à celui qui a fait sienne la question de l’espace muséal l’une des gigantesques galeries conçues par Shigeru Ban et Jean de Gastines. Ce « couloir » de 80 mètres de long se termine à ses deux extrémités par d’immenses baies vitrées offrant, côté ville, une vue imprenable sur la cathédrale. Pointant le paradoxe d’un musée qui invite à regarder dehors, Buren fait entrer le panorama dans l’espace d’exposition en tapissant de miroirs la galerie. La cathédrale n’est plus qu’un reflet, encadré par une alternance de bandes bleu et blanc ; prise au piège, l’artiste en a fait son œuvre.

Cet espace contraste avec l’espace où Buren rejoue les « cabanes éclatées », motif récurrent dans l’œuvre depuis les années 1980. Le parcours labyrinthique imbrique cinq volumes géométriques aux parois extérieures laquées de noir tandis qu’ils arborent une couleur vive sur leurs murs intérieurs. L’ingéniosité de cette architecture dans l’architecture multiplie les jeux de perspectives, donnant lieu, selon l’endroit où se place le regardeur – qui, plus que jamais, « fait le tableau » – à de magistrales compositions picturales dans la collusion des surfaces colorées, traversées ici par un angle noir, rehaussées là par l’iconique bande noire de 8,7 cm. L’itinéraire est rythmé par des effets d’annonce, quand apparaît la couleur de la salle suivante, ou de surprise, quand le rose bonbon saute aux yeux une fois le seuil franchi. L’œuvre du minimaliste raconte des histoires. Les couleurs embrayent sur la fiction : ce bleu est celui d’une maison de bord de mer, ce vert, d’un couloir d’hôpital. Les angles noirs qui transpercent les pièces éveillent l’imaginaire fantastique, ces portes coulissées sont bientôt celles d’un vaisseau spatial.
Drôle d’hommage que celui-ci, où l’architecture est célébrée par son anéantissement, et le « musée pour tous », par la référence notoire à la fête foraine. Cette invitation même est le signe implacable que le musée a définitivement absorbé la critique institutionnelle. Baudrillard se retourne dans sa tombe (1).

 (1) En 1977, il signe L’effet Beaubourg, implosion et dissuasion (éd. Galilée).

DANIEL BUREN : ÉCHOS, TRAVAUX IN SITU
Jusqu’au 9 septembre, Centre Pompidou-Metz, 1, parvis des Droits-de-l’Homme, 57020 Metz, tél. 03 87 15 39 39, www.centrepompidou-metz.fr, lundi et mercredi 11h-18h, jeudi-vendredi 11h-20h, samedi 10h-20h, dimanche 10h-18h. Catalogue à paraître.

Buren

Commissaires : Hélène Guénin et Laurent Le Bon

Nombre de salles : 2

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°348 du 27 mai 2011, avec le titre suivant : Buren à la fête

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