Mercredi 20 novembre 2019

Combat

Belles et rebelles

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 16 septembre 2013 - 493 mots

Le Frac Lorraine met en scène l’insoumission féminine tout en questionnant les clichés attachés au genre.

METZ - « Je disais que je voulais être belle et rebelle plutôt que moche et remoche ! », affirmait Annette Messager en évoquant son engagement artistique du début des années 1970. Des dizaines de petits dessins érotiques et pornographiques sur des pages de carnets trahissent ici une volonté de fissurer l’image lisse et parfaite de la femme soumise, assurément (Mes dessins secrets, 1972-1974).

Elles sont bien vilaines en effet les « Bad Girls » invitées en ses murs par le Frac (Fonds régional d’art contemporain) Lorraine. Vilaines car provocatrices, irrévérencieuses, insolentes, insoumises contestataires ou revendicatrices. L’institution messine a voulu célébrer « 30 ans d’indiscipline » en mettant en scène la rébellion du genre et du sexe dit faible, mais qui ne l’est pas tant que ça. En témoigne le film coup de poing de Clarisse Hahn dans lequel des femmes turques content la dureté de leur grève de la faim lors de leur emprisonnement pour raisons politiques (Notre corps est une arme – grévistes de la faim (Turquie), 2011).

Transgression

Cette exposition interpelle car, d’emblée, elle met en scène le contraste, à des périodes peu ou prou similaires, entre les images noir et blanc de femmes nues réalisées par des photographes tel Lee Friedlander – des objets du désir – et la contestation du « sois belle et tais-toi ! » osée par les artistes femmes. À l’instar d’une belle série de vidéos de Lili Dujourie datées entre 1972 et 1975 et diffusées sur des écrans de contrôle, dont le côté voyeur est habilement retourné. Ces films dévoilent en effet des aspects d’une intimité voulue par la femme elle-même et non pour répondre aux fantasmes masculins. De même que, lors d’une formidable performance, Ewa Partum altère son image en vieillissant volontairement une moitié de son corps grâce au maquillage (Change. My problem is a problem of woman, 1979).

Mais c’est parce qu’elle aborde également des formes contemporaines de la revendication que l’exposition imaginée par Béatrice Josse, directrice du Frac, fait mouche. En particulier pour le large espace laissé en fin de course au duo Pauline Boudry/Renate Lorenz, qui n’a de cesse d’interroger et réinterpréter à la fois genre et normalité à partir de documents d’archives patiemment collectés. Dans leur désormais fameux film Normal Work (2007), le personnage rejoue la transgression de genre et de classe imaginée dans l’Angleterre victorienne par une ancienne domestique devenue l’épouse d’un banquier, avec lequel elle se livre à des jeux de rôle. Une autre vidéo, N.O.Body (2008) met en scène la même performeuse transgenre Antonia Baehr, véritable femme à barbe, qui décline en riant un savoir encyclopédique. La (re)connaissance, voilà l’un des nœuds de cette affaire.

BAD GIRLS. une collection en action !

Jusqu’au 20 octobre, Fonds régional d’art contemporain Lorraine, 1 bis, rue des Trinitaires, 57000 Metz, tél. 03 87 74 20 02, www.fraclorraine.org, tlj sauf lundi 14h-19h, samedi-dimanche 11h-19h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°397 du 20 septembre 2013, avec le titre suivant : Belles et rebelles

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