Hommage

Belle et rebelle

Par Anaïd Demir · Le Journal des Arts

Le 25 juillet 2007 - 525 mots

« La Marque noire », la rétrospective de Steven Parrino au Palais de Tokyo à Paris ravive l’esprit punk rock dans l’art.

Paris - Des monochromes noirs tailladés, des toiles comme des tôles froissées, des bâches montées sur châssis qui font allusion à des rôles cultes, des pin-up hardcore qui improvisent un strip à l’écran, mais aussi des dessins, des collages, des montages… L’énergie est à l’état pur au Palais de Tokyo pour cette nouvelle exposition orchestrée par Marc-Olivier Wahler. C’est manifestement l’esprit du rock qui parcourt les cimaises du Palais, se glisse dans les différentes salles qui composent la rétrospective de Steven Parrino « La Marque noire ». Cette exposition est le premier hommage d’envergure rendu à cet artiste décédé à 45 ans à peine le 1er janvier 2005 à Brooklyn. Ce New-Yorkais au sang chaud s’est taillé une mort aussi sombre que romantique. De celles qui construisent la légende, dans le pur esprit du rock. C’est d’ailleurs en « nécrophile » de la peinture qu’il aimait à se présenter, se nourrissant sans cesse des oripeaux de ce médium pour mieux le réinventer. Nihiliste et électrique dès ses débuts dans les années 1980, tatoué, « piercé » et le cheveu long, son art a les allures d’un Hell’s Angel mâtiné de Minimal.
Argent et noir, loin du noir du Français Soulages et des cicatrices picturales qu’un Américain comme Stella a pu infliger à ses monochromes, mais plus près de l’esprit de Cronenberg dans Crash, Steven Parrino traite la toile comme une voiture volée, plie la tôle trop bien carrossée et fait du noir une énergie qui semble branchée sur 100 000 volts. D’ailleurs, l’artiste a donné autant de concerts rock que de performances et d’expositions. Sa radicalité rejoint son réalisme et c’est ainsi qu’il nous met face à une cabine criblée de balles ou à des tableaux glamour enduits d’huile de vidange… comme si la peinture, pas si moribonde, pouvait sans cesse renaître de ses cendres. En trois parties, l’exposition met d’abord en scène ses œuvres, puis dans un second temps, avec des dessins, ce sont ses amis et ses influences qui entrent en jeu. Apparaissent les œuvres de Vito Acconci, de Kenneth Anger ou Andy Warhol et sa série des Chaises Électriques. Ses sculptures et tableaux minimalo-nihilistes sont davantage connus que ses dessins figuratifs et autres montages. S’y croisent des personnages cultes et des brunes aussi agressives et voluptueuses que celles présentes dans les films de Russ Meyer. Le dernier volet de ce triptyque, Bastard Creature, présente les héritiers de cet art traversé par l’énergie punk rock. Que ce soit dans les photographies de mode de Richard Kern semblant conçues sous l’influence de stupéfiants, les icônes rock de Michael Lavine, les remix de pop-culture et d’art de Chuck Nanney ou les restes de fêtes folkloriques d’Amy O’Neill…, tous ces artistes nous prouvent que le feu d’une esthétique aussi belle que rebelle ne nous a pas quittés. Et Parrino comme d’autres renaissent sans cesse de leurs cendres.

Steven Parrino, « La Marque noire »

Jusqu’au 26 août, Palais de Tokyo, 13, avenue du Président Wilson, 75116 Paris, www.palaisdeto kyo.com, tél. 01 47 23 54 01, tlj sauf lundi 12h-minuit.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°262 du 22 juin 2007, avec le titre suivant : Belle et rebelle

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