Mercredi 24 octobre 2018

ARCHITECTURE

Beckmann-N’Thépé

D’or et de chocolat

Par Gilles de Bure · Le Journal des Arts

Le 12 mars 2008 - 477 mots

M3B3 : au seul énoncé du nom, on imagine partir à la rencontre d’un de ces robots intelligents qui participent à La guerre des étoiles. Il n’en est, évidemment, rien.

À Paris, au cœur de la ZAC Masséna qui longe la Seine sur les arrières de la gare d’Austerlitz, dont Christian de Portzamparc est l’architecte en chef, et où a été conviée à édifier la fine fleur de la jeune architecture française (de Ricciotti à Jakob-Macfarlane, de Chochon à Borel, de Michelin à Chaix et Morel…), un immeuble d’habitation vient de voir le jour. Une sorte de structure primaire, qui se révèle bien plus proche de l’art minimal que de la science-fiction : M3B3, situé à l’angle des rues Françoise Dolto, Elsa Morante et Hélène Brion. À ce voisinage très féminin, voire féministe, il fallait sans doute une réponse féminine. C’est chose à moitié faite puisque le duo d’architectes qui signe cet étrange objet est composé de Françoise N’Thépé et Aldric Beckmann.

Béton coloré
Ce qui saisit au premier coup d’œil, c’est la couleur de l’ensemble. Un brun chocolat que viennent ponctuer des plages de jaune d’or. On imagine aussitôt un monument de bronze passé par endroits à la feuille d’or. Que nenni ! Il s’agit d’un simple béton, mais savamment et subtilement teinté dans la masse.
Au deuxième coup d’œil, on constate que cet immeuble – participant à plein de la stratégie de « l’îlot ouvert » chère à Portzamparc – possède quatre façades, ce qui est rarissime à Paris ; et que ces quatre façades se déploient en une succession de brisures géométriques où alternent ruptures et terrasses (que celles-ci soient inaccessibles, communes ou privatives), retraits et failles, mouvement et rigueur.
Au troisième, on imagine, face à cette composition graphique de haute tenue et en considérant le soin apporté aux détails et aux finitions, que la ZAC Masséna s’embourgeoise. Nouvelle erreur, puisque M3B3 se compose de quarante-huit logements sociaux de type PLUS et répond parfaitement aux nouvelles normes HQE (Haute Qualité Environnementale avec panneaux photovoltaïques et récupération des eaux pluviales).
Mieux, un jardin de plain-pied côté nord et des jardins suspendus confèrent à l’ensemble une note presque exotique qu’accentue, à l’approche du bâtiment, une haie de pots de fleurs dorés et surdimensionnés, alignés de façon aléatoire.
Il se dégage de cette masse sombre et lumineuse à la fois une élégance et un esprit inhabituels à Paris.
À l’évidence, avec M3B3, Beckmann et N’Thépé témoignent à nouveau d’une écriture architecturale singulière et maîtrisée. Et démontrent que la finesse, la justesse, la beauté, en matière d’architecture, ne sont pas affaire de budget (5,7 millions d’euros pour 4 850 m2).
Ultime coup d’œil en s’éloignant au travers de la forêt de grues et de palissades qui scande la ZAC Masséna, et force est de constater que le rythme des ouvertures est lui aussi inhabituel : systématique et pourtant aléatoire.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°277 du 14 mars 2008, avec le titre suivant : Beckmann-N’Thépé

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