Mercredi 12 décembre 2018

Archive vivante

Par Céline Piettre · L'ŒIL

Le 16 février 2017 - 344 mots

VITRY-SUR-SEINE - Les pas s’enchaînent ; les esthétiques et les époques s’entrechoquent, entre frictions et fluidité ; ici, un plié de Merce Cunningham ; là-bas, un lancé de cheveux de Pina Bausch. Est-ce le faune de Nijinski ? Une Isadora Duncan virevoltante en basket et tee-shirt loose ?

20 Danseurs pour le XXe siècle de Boris Charmatz prend ses aises avec le patrimoine, s’emparant des solos du répertoire chorégraphique pour en rejouer des versions tronquées, privées de scène et de décors, et cohabitant dans un même espace en un ballet anachronique à géométrie variable. Cette encyclopédie vivante assume sa forme éclatée, hétéroclite, citationniste, et donc résolument postmoderne. Son nomadisme est son ADN. Son sérieux – d’archive qui s’interroge sur elle-même – s’accommode parfaitement d’une expression festive et communicative. Après le MoMA à New York et la Tate Modern à Londres, mais aussi le mémorial soviétique du Treptower Park à Berlin, et les espaces d’accueil de l’Opéra Garnier, 20 Danseurs pour le XXe siècle s’installe au Mac/Val à Vitry-sur-Seine. La pièce est programmée dans le cadre de la Biennale du Val-de-Marne, dont la 19e édition s’offre quelques incartades du côté des musées, en parallèle d’un focus sur la scène africaine. Les interprètes évolueront ainsi dans les collections avec chacun un petit morceau de l’histoire du XXe siècle sous le bras, dialoguant avec les œuvres et l’architecture – comment le contexte influe-t-il sur les corps, se questionne Boris Charmatz ? Les affinités entre arts plastiques et danse (leurs combats communs) se dévoilent. Et c’est le spectateur, par sa déambulation, qui construit les ponts, va au devant des surprises, dessinant les contours d’un nouveau spectacle. Épargnons-nous ici le traditionnel chapitre sur la participation du regardeur à l’œuvre. Car Charmatz possède ce talent de ne pas avoir besoin d’alourdir ses propositions chorégraphiques de modes d’emploi conceptuels. Ce qui ne veut pas dire que la pensée n’y a pas droit de cité. Au contraire, elle s’y déploie d’un geste à l’autre sans que l’on en voie les ficelles, comme un porté qui garde invisible l’effort indispensable à son exécution.

Quoi ? 20 Danseurs pour le XXe siècle de Boris Charmatz

Où ? Au Mac/Val, à Vitry-sur-Seine (94)

Quand ? Le 26 mars 2017

Comment ? www.macval.fr

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°699 du 1 mars 2017, avec le titre suivant : Archive vivante

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