Lundi 17 décembre 2018

Art contemporain

Après huit jours au coeur d'un rocher, Poincheval sort « un peu sonné »

Par LeJournaldesArts.fr (avec AFP) · lejournaldesarts.fr

Le 2 mars 2017 - 482 mots

PARIS [01.03.17] - « Empierré » depuis une semaine dans un rocher de douze tonnes, Abraham Poincheval est sorti « un peu sonné » mercredi à 14H00 du « sarcophage » où il vivait depuis une semaine au Palais de Tokyo à Paris.

Habitué des performances extrêmes, l'artiste français de 44 ans s'est lentement extirpé à l'heure prévue de son réduit, en forme d'homme assis, avant de gagner, la démarche vacillante, une chaise apportée par ses assistants, devant une forêt de caméras et d'appareils photo.

Après avoir été examiné par un médecin, Abraham Poincheval est revenu pour répondre à quelques questions sur son « voyage », adossé à l'énorme bloc de pierre de Volvic. « Je suis un peu sonné, ce qui est normal après avoir passé une semaine dans un caillou, qui m'a très bien reçu, je le remercie », a-t-il dit, le teint pâle et l'air fatigué. « J'avais la sensation d'être un être fluide, une particule au milieu de ce monde minéral », a-t-il ajouté, évoquant des « moments de vertige très forts où le monde bascule », « un très grand moment de perte de soi. »

Le performeur n'en est pas à son premier enfermement. Il a déjà passé huit jours dans un trou sous une pierre d'une tonne et deux semaines à l'intérieur d'un ours naturalisé.Il a aussi vécu une semaine sur une plate-forme à 20 mètres au-dessus du sol devant la Gare de Lyon, traversé les Alpes-de-Haute-Provence en poussant un cylindre qui était à la fois un abri et un appareil photo, et séjourné à bord d'une bouteille géante (6 mètres de long) en remontant le Rhône.

Des oeufs à couver
Pour cette nouvelle expérience, le coeur de la pierre avait été taillé à sa silhouette, un peu agrandie pour permettre quelques mouvements. De petites niches sur les côtés servaient à stocker l'eau, la nourriture, essentiellement des soupes... et les toilettes. Le performeur était filmé par une caméra infrarouge et les images diffusées sur un moniteur, permettant au public de suivre en direct la performance.

Abraham Poincheval pouvait communiquer avec l'extérieur à travers la jointure de sa gangue de pierre, d'où lui parvenait l'écho assourdi des visiteurs du Palais de Tokyo, exceptionnellement nombreux pendant le week-end.

« La chose la plus difficile est d'organiser mon sommeil. Je ne sais jamais trop si je dors ou non, c'est très étrange. J'ai une certaine conscience du temps par rapport à l'ouverture du musée, car j'entends des sons différents, mais aucune notion du jour et de la nuit », avait raconté l'artiste, interrogé pendant son séjour. Des visiteurs fascinés lui parlaient, lui lisaient des poèmes, racontaient même leurs cauchemars. Un jeune homme est venu lui jouer un morceau de guitare.

Abraham Poincheval aura à peine quelques semaines pour retrouver ses esprits. Il entamera le 29 mars, toujours au Palais de Tokyo, « son premier travail avec du vivant » : couver une dizaines d'oeufs de poule. Vingt-six jours impassible sous une épaisse cape.
 

Par Antoine FROIDEFOND

 

Légende photo

Abraham Poincheval © photo J.-C. Lett

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