Insolite

Angelhaha Airline, une compagnie aérienne très arty

Par Sarah Belmont · lejournaldesarts.fr

Le 16 février 2018 - 665 mots

NEW YORK / ETATS-UNIS

Qinmin Liu organisait en décembre le premier vol New York- Art Basel Miami au croisement de la performance et du transport aérien.

Qinmin Liu, la créatrice de la compagnie Angelhaha Airline
Qinmin Liu, la créatrice de la compagnie Angelhaha Airline

« Tu m’as toujours donné envie de profiter au maximum de la vie ». En mars 2016, ce commentaire Facebook inspire à Qinmin Liu, plasticienne et chorégraphe chinoise installée à New York, un spot publicitaire de quinze secondes centré sur son propre rire. Un rire tonitruant qui résonne jusque dans le nom Angelhaha Airline, une compagnie aérienne qu’elle promeut dans ce clip expérimental.

Qinmin Liu se met alors en tête non seulement de faire passer sa vidéo à la télévision, mais aussi d’en matérialiser le contenu. Elle réalise son premier rêve, en février 2017, après avoir essuyé une vingtaine de refus ; le second s’accomplit dix mois plus tard, durant la seizième édition d’Art Basel Miami. « J’ai toujours rêvé de conquérir et le petit écran et le ciel. Imaginez ma joie quand j’ai vu une chaîne de télévision locale [dans la province de Jiangxi, NDLR] tomber dans mon piège », explique la jeune femme de vingt-sept ans. 
 
Derrière ce « piège » se cache pourtant un projet concret. « J’ai toujours aimé repousser les limites du possible. Monter une compagnie aérienne ex nihilo semblait insurmontable. Raison de plus pour essayer ! » Qinmin Liu se tourne vers plusieurs compagnies de transport aérien pour donner corps à ce qui ressemblait de prime abord à une farce. Elle obtient d’un ami collectionneur qu’il loue un jet privé pour transporter six passagers fortunés - le prix du billet oscillait entre 2 800 et 3 500 dollars - à Art Basel Miami depuis une piste de décollage privée à Teterboro, dans le New Jersey.

Qinmin Liu prend son rôle d’hôtesse de l’air-entrepreneuse très à cœur, de l’accueil des passagers à la diffusion d’annonces, en passant par le service à bord. Le comble, c’est qu’elle n’aime pas voyager. « J’étais aussi stressée que mes clients. J’ai pensé qu’en prenant tout en charge, je serais plus à même de détendre l’atmosphère. Après avoir reçu et rassuré, un à un, les voyageurs, je leur ai expliqué ce que je prévoyais pour les cinq années à venir, avant de leur apporter moi-même des sandwiches. On peut dire que j’ai tout chorégraphié moi-même, en laissant une part à l’improvisation », poursuit l’artiste. 

Cette expérience, conçue comme une véritable performance, s’inscrit dans la ligne de son art. Le travail de Qinmin Liu vise généralement à établir un lien entre des individus confinés dans un même espace. Tel était déjà le propos de « WIRE », en 2014. Huit heures passées dans les transports de San Francisco, au milieu d’une foule de passagers qu’il s’agissait de détourner de leur smartphone et de connecter les uns aux autres. Produite un an plus tôt, à l’occasion de l’American Dance Festival, « Coffee house » est une chorégraphie inclusive, au sens où elle invitait danseurs et spectateurs à interagir entre eux. Avec Angelhaha Airline, enfin, Qinmin Liu fait de l’avion un point de rencontres. 

Qinmin Liu veut reconduire son offre, à raison d’un vol par an, et acquérir son propre appareil afin de pratiquer des tarifs plus abordables. « J’aimerais posséder à  long terme mon propre avion, pour pouvoir proposer des vols moins chers, qui mêleraient des voyageurs issus d’horizons très variés. » Les abonnés de son site internet (www.qinminarts.com) seront prévenus deux-trois mois avant chaque départ. Si elle aspire à se mettre en scène seule pour le moment, il n’est pas non plus exclu qu’elle partage plus tard son lieu d’exposition aérien avec d’autres artistes. 

L’agenda des foires d’art contemporains ne détermine pas le planning des vols d'Angelhaha. Qinmin Liu écoute avant tout ses envies. Le choix de l’événement est secondaire. La date de son prochain voyage, par exemple, sera  influencé par son désir personnel de rentrer au pays. « Peu importe quand, au fond. Ce ne sont pas les expositions ou les foires qui manquent chez moi ». Prochaine étape donc, la Chine ! 

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