Vendredi 19 octobre 2018

Comparution du maire du Mont-Saint-Michel pour « prise illégale d’intérêt »

Par LeJournaldesArts.fr · lejournaldesarts.fr

Le 29 janvier 2013 - 614 mots

CAEN (BASSE-NORMANDIE) [29.01.13] – Éric Vannier, maire du Mont-Saint-Michel et propriétaire des établissements Mère Poulard, doit se présenter mercredi 30 janvier 2013 au tribunal correctionnel de Coutances pour répondre d’une « prise illégale d’intérêts dans l’affaire des navettes touristiques ».

Classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, le mont Saint-Michel fait l’objet d’un vaste projet d’aménagement visant à désensabler le site et lui rendre son caractère insulaire. Cependant, des enjeux politiques et commerciaux sont venus se greffer sur le problème patrimonial ; ils se sont articulés notamment autour de la question du point de départ des navettes qui font le lien entre la côte et le mont Saint-Michel.

Après avoir décidé la disparition du parking au pied du rocher et l’ouverture d’un nouveau lieu de stationnement à 3 km en avril 2012, le syndicat mixte « Baie du mont Saint-Michel » fait un choix étonnant le 6 octobre 2009 concernant le point de départ des navettes : un lieu en bordure de côte au lieu-dit la Caserne, se situant à 900 m du parking et obligeant les touristes à marcher près de 4 km aller-retour (en comptant la distance qui sépare le point d’arrivée et la porte du Mont).

Selon Patrick Gaulois, maire du Mont-Saint-Michel de 2001 à 2008, c’est son rival politique et propriétaire de plusieurs commerces, Éric Vannier, qui, profitant de son statut d’élu, a fait installer ce point stratégique devant ses établissements. Une plainte est déposée en mai 2011, à laquelle le parquet donne suite le 26 octobre, tandis qu’Éric Vannier accuse son détracteur de « dénonciation calomnieuse ». Le texte de la citation à comparaître, obtenu par l’AFP, est cependant explicite : « la participation » d’Éric Vannier, membre du syndicat mixte en tant que maire, au vote du 6 octobre 2009 « a été précédée et préparée par de nombreuses actions de sa part tendant à promouvoir cette option de départ des navettes ». Est évoqué aussi « l’envoi de courriers à l’en-tête de la mairie du Mont-Saint-Michel […] notamment à des membres du syndicat mixte ayant pris ensuite part au vote ».

Éric Vannier aurait hérité d’une boutique sur le rocher à la fin des années 60, avant de développer son activité jusqu’à exploiter une trentaine d’établissements au Mont seul. Parmi eux, Le Relais Saint Michel et L’Hôtel de la Digue se dressent de part et d’autre du point de départ des navettes et seront au centre des débats qui vont s’ouvrir à Coutances. En face, le groupe Sodetour détient onze établissements à la Caserne et compte parmi ses huit administrateurs l’épouse de Patrick Gaulois, qui possède quant à lui trois hôtels-restaurants et une sandwicherie sur le Mont. Une rivalité commerciale donc, autour d’un lieu touristique qui attire 2,5 à 3,5 millions de visiteurs par an, et dont la seule abbaye est un des deux sites les plus rentables des Monuments nationaux, avec près de 10 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Lundi 29 octobre 2012, le syndicat a voté le changement de lieu de départ des navettes, d’une part en réponse aux diverses plaintes émises par les touristes durant l’été, d’autre part pour remédier à une baisse de la fréquentation du site constatée par les professionnels du tourisme. La région Bretagne menaçait par ailleurs de remettre en question son appui financier si la situation demeurait inchangée.

Seule la voix d’Éric Vannier s’était élevée contre ce projet. Selon l’AFP, il juge aujourd’hui le procès à venir « très injuste », affirmant qu’il s’est toujours « battu pour l’intérêt général » et qu’il se trouve aujourd’hui confronté aux tentatives de « manipulation » de Patrick Gaulois. Il encourt cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende (Avec AFP).

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Mont-Saint-Michel - © Photo Diliff - 2011 - Licence CC BY-SA 3.0

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