Dimanche 21 octobre 2018

Profession

Tapissier

Le Journal des Arts

Le 8 octobre 2004 - 860 mots

Le tapissier intervient sur les divers éléments textiles qui composent une décoration d’intérieur, qu’il s’agisse de la garniture et de la couverture des sièges, des décors de fenêtres ou de la pose de tentures murales.

« La définition du métier de tapissier n’a pas tellement changé depuis le XVIIe siècle, commente Jacques Fayolle, tapissier décorateur à Cassel (Nord) et Meilleur Ouvrier de France. Ce sont les supports et les matériaux qui ont principalement évolué. Le tapissier transforme le tissu dans l’habitat, il intervient sur tous les éléments textiles d’un intérieur. » La tâche est vaste, c’est pourquoi on dit du tapissier qu’il « doit savoir tout faire ». Traditionnellement, la profession s’organise autour de quatre spécialités. Le coupeur prépare les étoffes qui serviront aux divers travaux, le garnisseur recouvre les bois de sièges dans un souci de confort et d’esthétisme, le villier installe chez le commanditaire les éléments de décoration fixes et mobiles avant que le couturier ne réalise les travaux d’aiguille et notamment les applications de passementeries. Si certaines grandes structures conservent cette répartition classique, la plupart des artisans sont désormais polyvalents.
Aux traditionnelles matières d’origines végétales et animales sont venus s’ajouter au XXe siècle de nouveaux matériaux, tels que la mousse, qui ont permis de démocratiser le siège. Les techniques industrielles ont transformé sa fabrication qui n’est plus, depuis les années 1950, l’apanage des tapissiers. « La mousse est un volume déjà existant que l’on adapte sur un support. Dans la technique traditionnelle d’élaboration de la garniture, le tapissier crée un volume à partir de crin et de toile, explique Jacques Fayolle. Un siège est avant tout un volume dans lequel la garniture et la structure doivent s’harmoniser. »
La principale activité des tapissiers, la restauration et la réfection de sièges anciens, demande une parfaite maîtrise des savoir-faire classiques. La maison Brazet Tapissier œuvre pour des décorateurs et des particuliers, mais doit sa renommée à sa collaboration avec les musées internationaux. « Mon père a commencé à travailler avec des institutions dans les années 1960, notamment pour les châteaux de Malmaison et de Fontainebleau, se souvient Rémy Brazet. De fil en aiguille, c’est devenu une spécialité de la maison. Nous avons mis au point pour le J. Paul Getty Museum (à Los Angeles) une méthode de restauration à base de structures amovibles qui permet une parfaite réversibilité et garantit l’intégrité de la menuiserie du siège. »

Aspect créatif
Le plus souvent, ce sont des meubles des XVIIIe et XIXe siècles qui occupent les tapissiers, même si depuis quelques années des fauteuils de la seconde moitié du XXe siècle passent entre leurs mains. Benjamin Forjat et Romain Peyny ont ouvert leur atelier en mars 2004 après avoir effectué un long apprentissage chez les Compagnons du Devoir et exercé plusieurs années avec d’autres artisans. Le champ de leurs compétences embrassant l’histoire du siège, ils se retrouvent confrontés à la diversité des demandes émanant de particuliers. « Dans le cas d’un fauteuil du XVIIIe siècle, nous élaborons, dans le respect des méthodes de l’époque, une garniture nouvelle que nous recouvrons ensuite d’un textile choisi par le propriétaire. Certains clients privilégient les étoffes neuves réalisées à partir de dessins anciens, et, depuis quelques années, un goût puriste se développe qui encourage l’emploi de tissus d’époque », résume Benjamin Forjat. Les deux associés espèrent pouvoir développer dans un avenir proche une ligne de sièges contemporains. Cet aspect créatif de la profession est mal connu du public, qui n’a pas toujours le réflexe de contacter un tapissier lorsqu’il a besoin d’un siège. « Nous sommes victimes de préjugés d’ordre financier, estime Jacques Fayolle. Pourtant, nous sommes parfaitement concurrentiels avec le haut de gamme du prêt-à-porter du meuble. Pour un coût comparable, nous faisons de la haute couture. »
Plusieurs grands ateliers, comme la maison Kerlan, travaillent pour des décorateurs et réalisent les sièges, tentures et rideaux imaginés par des créateurs tels que Jacques Garcia ou Alberto Pinto. Par ailleurs, certains palaces abritent leurs propres ateliers. À l’Hôtel du Palais à Biarritz, huit personnes travaillent à plein-temps à la réfection des meubles abîmés et à la création de mobilier et de nouveaux environnements pour les chambres, régulièrement redécorées.

Les formations et adresses utiles

Les formations au métier de tapissier : - Le CAP Tapissier d’ameublement couture décor (niveau V) - Le CAP Tapissier d’ameublement garniture décor (niveau V) - Le BP, bac professionnel, Artisanat et métier d’art, option Tapissier (niveau IV) - Le BP Ameublement option Tapisserie décoration (niveau IV) - Le BTM, brevet technique des métiers, option Tapissier (niveau IV) Les écoles spécialisées : - École Boulle, 9, rue Pierre-Bourdan, 75012 Paris, tél. 01 43 46 67 34, www.ecole-boulle.org - Les Compagnons du Devoir, 82, rue de l’Hôtel-de-Ville, 75004 Paris, tél. 01 44 78 22 50, www.compagnons-du-devoir.com - Le CFA de la Bonne-Graine, 200 bis, bd Voltaire, 75011 Paris, tél. 01 43 72 22 88, www.cfa-ameublement.org Pour en savoir plus : - La Société d’encouragement aux métiers d’art (SEMA), Viaduc des arts, 23, avenue Daumesnil, 75012 Paris, tél. 01 55 78 85 85, www.metiersdart-artisanat.com - L’Union nationale de l’artisanat des métiers de l’ameublement (UNAMA), 311, rue Lecourbe, 75015 Paris, tél. 01 53 98 78 00, www.artisanat-ameublement.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°200 du 8 octobre 2004, avec le titre suivant : Tapissier

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