Lundi 10 décembre 2018

Profession

Tailleur de pierre

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 25 octobre 2007 - 720 mots

Métier ancestral de la construction, la taille de pierre perdure grâce à la restauration du patrimoine.

Science majeure de l’art de bâtir, la stéréotomie – ou science de la coupe des pierres – a longtemps fait la renommée de l’architecture française. Dans ses célèbres carnets datés du XIIIe siècle conservés à la Bibliothèque nationale de France, Villard de Honnecourt s’attachait à apporter sa pierre à l’édifice, multipliant les croquis destinés à améliorer la taille d’une voussure pendante ou à rationaliser la construction d’un pilier carré. Héritiers de ces bâtisseurs, les tailleurs de pierre continuent aujourd’hui à œuvrer sur les chantiers. Mais ils sont devenus rares dans le domaine de la construction neuve, hormis pour quelques éléments d’ornement (dallages, escaliers, cheminées…), et n’interviennent plus que dans le secteur de la restauration patrimoniale. Arrière-petit-fils de maçon, Thierry Morinière, installé à Brissac-Quincé (Maine-et-Loire) depuis 1996, avoue ainsi s’être orienté dans cette voie « faute d’intérêt pour la maison neuve ».
Ouvrier qualifié, le tailleur de pierre est chargé de la découpe, du façonnage puis de la pose des blocs. Il gère le chantier de bout en bout, parfois sous la direction d’un architecte en chef des Monuments historiques ou d’un architecte des Bâtiments de France, effectuant études et diagnostics en liaison avec les métiers connexes de la restauration (couvreurs, menuisiers, maçons…) afin d’assurer une cohérence d’ensemble à l’intervention. Sa compétence s’exerce sur tous les types de pierre, même si les roches locales ont toujours été privilégiées dans l’histoire du bâti. Le sous-sol hexagonal est en effet réputé pour la grande diversité de ses ressources minérales, avec plus de cent quarante roches calcaires différentes, cent trente roches marbrières, trente granits, dix grès et trente roches diverses (ardoise, lave…).

Une branche du bâtiment
Plusieurs opérations requièrent une excellente perception des formes et des volumes, pour le tracé des épures ou le dégrossissage des blocs. La maîtrise de la géométrie descriptive est donc impérative. « Il faut être doté d’un bon coup d’œil et d’une bonne mémoire visuelle, précise un professionnel. Mais avant tout il faut être courageux, car tout le reste peut s’apprendre ! » Si l’usage de tronçonneuses pour le sciage, de machines à commande numérique pour la taille mais aussi de logiciels de calepinage ou d’appareil laser pour le nettoyage des pierres anciennes s’est généralisé dans les tailleries, les interventions hors standard doivent encore être réalisées à la main à l’aide de ciseaux, pics, pointes, massettes, gradines, lames et bouchardes...
Devenu tailleur de pierre par goût du geste précis et installé à Laval (Mayenne), Ambroise Halouze revendique cette évolution du métier. « Toute notre production pure est mécanisée afin qu’une femme puisse travailler à l’atelier sans forcer, confirme ce dernier. La mécanisation nous permet par ailleurs de baisser les coûts, même si l’investissement est très lourd. » Car avec plus de trois mille entreprises françaises (artisanales à 97 %) (1), le secteur est très concurrentiel. Les petites tailleries ont néanmoins été peu affectées par la crise du financement des monuments historiques. « Nous travaillons essentiellement sur du patrimoine vernaculaire non protégé. Contrairement aux grosses entreprises du secteur, nous n’avons pas été touchés par les retards de paiements de l’État, explique Ambroise Halouze. Mais désormais, ces sociétés viennent travailler sur notre secteur ! ». Comme dans tous les métiers du bâtiment, les formations en apprentissage sont encore pléthoriques, même si quelques CAP réputés ont récemment fermé leurs portes. Les réalités du métier découragent toutefois plus d’un apprenti. « Il faut cinq ans de pratique avant de devenir autonome, mais beaucoup de jeunes arrêtent au bout de trois-quatre ans, déplore Ambroise Halouze. Beaucoup s’imaginent que le métier est artistique alors qu’il s’agit avant tout d’une branche du bâtiment. Et qui s’exerce souvent dans des conditions climatiques difficiles ! »

(1) chiffres Capeb (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment).

Formation

- CAP « Tailleur de pierre » ou « Métiers de la pierre » - Brevet professionnel « Métiers de la pierre », mention complémentaire Restauration du patrimoine architectural - Baccalauréat professionnel « Art de la pierre » - Diplôme d’études universitaires scientifiques et techniques (Deust) « Pierres ornementales » Renseignements : lycées professionnels ; Compagnons du devoir (49 maisons dans toute la France), www.compagnons-du-devoir.com L’Institut de la pierre, structure indépendante de l’Association ouvrière des Compagnons du devoir, dispense par ailleurs une formation en alternance destinée à des tailleurs de pierre ayant déjà une expérience allant de trois mois à quatre années après le CAP.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°267 du 19 octobre 2007, avec le titre suivant : Tailleur de pierre

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