Profession

Sérigraphe d’art

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2007

Cette technique d’impression industrielle, très répandue depuis la fin des années 1930, est aussi appréciée des artistes. Ces derniers sont à l’origine de la propagation récente d’une pratique amateur

Techniquement, la sérigraphie est l’un des procédés les plus accessibles des nombreux métiers de l’imprimerie. « Simple voire simpliste, confirme Alain Buyse, professionnel lillois. Il suffit d’un cadre de nylon pour travailler au pochoir. Mais les possibilités sont infinies. » Alain Buyse s’est lui-même formé seul, après avoir exercé la photographie et la photogravure offset. Lassé mais désireux de poursuivre son chemin dans les métiers de l’image, il s’est donc lancé dans cette voie en apprenant « sur le tas ». Avec un credo : travailler avec des artistes pour produire des multiples (livres d’artistes, affiches, estampes, et même, autocollants).
Inventé vraisemblablement par les Chinois, ce procédé d’impression par contact s’est largement répandu dans l’industrie à partir de la fin des années 1930, époque de sa redécouverte. Sa grande souplesse permet en effet d’imprimer durablement et à bas coût sur des objets de formes diverses, voire des capots de voiture ou des fuselages d’avions. À l’origine, la technique était employée en Chine puis au Japon pour l’impression des tissus au pochoir par « empâtage », c’est-à-dire par dépose d’une pâte sur n’importe quel type de support afin de délimiter des « réserves » au moment de l’application des couleurs. L’image, d’abord reproduite à la gouache – et aujourd’hui par photographie, flashage ou informatique – est alors imprimée par contact au travers d’un écran de soie, d’où son ancien nom français « séricigraphie » (de sericium, soie) ou son équivalent anglais « silkscreen » (terme désormais réservé à l’industrie). Les mailles de l’écran (tamis photosensible), aujourd’hui en nylon, sur lequel sont déposés les aplats d’encre, sont obturées en fonction du dessin à reproduire. À chaque couleur correspond un écran. Désormais répandue, l’utilisation du numérique se limite toutefois chez les sérigraphes à la « prépresse », c’est-à-dire à la préparation des supports. « Avec l’impression numérique, mon message serait moins clair », précise le sérigraphe parisien Éric Seydoux.
Si la technique est simple, ses développements sont en revanche très complexes et sont utilisés pour le marquage dans l’industrie mais aussi la décoration et la création. La sérigraphie peut en effet s’appliquer à tous types de support : verre, métal, plastique, textile, plastiques..., avec des encres diverses, en relief ou phosphorescentes... « L’industrie tire le procédé vers le haut et multiplie la gamme des possibilités, et les procédés innovants attirent les artistes », souligne Éric Seydoux, qui vient de s’illustrer dans le cadre d’une commande publique de bibliophilie contemporaine, « Hors commerce », avec un ouvrage réalisé en collaboration avec l’artiste Jacques Monory et l’écrivain Tanguy Viel.
Dès les années 1930, des artistes tels que Ben Shahn puis Jackson Pollock et Marcel Duchamp se sont en effet approprié le procédé pour éditer des multiples, avant même les artistes du pop art, le rebaptisant « serigraphy » par opposition à « silkscreen ». La sérigraphie d’artistes était née. C’est dans cette veine qu’Alain Buyse conçoit son métier même si, lors de son installation, voici vingt-cinq ans, nombreux étaient encore les artistes à entretenir des préjugés sur la sérigraphie et « ses aplats grossiers ». « Or la qualité vient parfois de la mécanisation qui permet de refaire à l’identique », note Alain Buyse. Ce dernier a en effet expérimenté des procédés innovants, associant pour l’artiste Bernard Guerbadot le kaolin et l’huile de vidange. « Celle-ci provoquait une réaction après impression dans le papier que nous pouvions ainsi reproduire », explique le professionnel, devenu maître d’art en 2004. Ce titre, qui oblige à former un élève, est le signe de l’accession de la profession au rang des métiers d’art. Pourtant, contrairement à d’autres métiers, la sérigraphie est loin d’être menacée de disparition. Les nombreuses formations à la sérigraphie industrielle suffisent en effet à l’acquisition des connaissances techniques même si l’approche artistique y est inexistante. L’installation en tant qu’artisan implique ensuite d’acquérir le matériel (tables d’impression, séchoirs...). Alain Buyse s’amuse aussi de constater la propagation d’une pratique amateur underground. « À Berlin, de nombreux jeunes auraient installé des ateliers dans les caves », raconte-t-il, relativisant néanmoins la qualité des travaux de ces « bricoleurs ».

Formation

- CAP « Sérigraphie industrielle », niveau : 3e, durée : deux ans - Bac professionnel production graphique, artisanat et métiers d’art ou production imprimée. Dans les centres de formation en alternance et les lycées professionnels. - École des métiers de l’imprimerie, Centre de développement pour les industries graphiques, 76, boulevard des Poilus, B.P. 91 513, 44315 Nantes CEDEX 3, tél. 02 40 50 24 22, www.ecoledulivre.com CAP et formation continue. - Quelques écoles de beaux-arts disposent également d’un atelier de formation à l’imprimerie en sérigraphie. - Contact : Groupement professionnel de la sérigraphie française (GPSF), 68, boulevard Saint-Marcel, 75005 Paris, tél. 01 44 08 64 22, www.gpsf.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°271 du 14 décembre 2007, avec le titre suivant : Sérigraphe d’art

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