Mercredi 21 février 2018

René-Jacques Mayer : « 10 % des élèves ne paieront plus »

Sept mois apreÌ€s son arrivée aÌ€ la teÌ‚te de l’école Camondo, René-Jacques Mayer va réduire les frais de scolarité pour les plus défavorisés.

Après plusieurs années passées au ministère de la Culture et de la Communication, René-Jacques Mayer devient secrétaire général de la Manufacture de Sèvres en 2004. Nommé directeur par David Caméo en 2010, il a par ailleurs remplacé Alain Lardet à la présidence des Designer’s Days en 2012. David Caméo, devenu en 2014 directeur général des Arts décoratifs, dont dépend l’école Camondo, le rappelle à ses côtés pour diriger l’établissement.

Qu’est-ce qui différencie votre enseignement de celui reçu dans une école supérieure d’art, option design, comme Amiens ou Saint-Étienne ?
Ce sont d’abord les disciplines. N’enseignant ni architecture pure ni discipline artistique stricto sensu, nous sommes aussi différents des écoles d’art que des écoles d’architecture. Les grandes écoles de design sont sans doute les plus proches en termes de maquette pédagogique. Notre enseignement se compose d’un tiers de design, d’un tiers d’architecture intérieure et d’un tiers d’amplification créative (l’approche globale que les étudiants ont de l’espace).

À l’heure où l’enseignement supérieur artistique se redéfinit, votre positionnement historique, entre architecture d’intérieur et design, n’est-il pas difficile à identifier ?
L’identité de l’école tient à cette transversalité entre l’architecture d’intérieur et le design. Nous conserverons le tronc commun unique pour le premier cycle : découverte des ambiances, des couleurs, du son et de la lumière. À une culture du dessin très présente, nous allons ajouter un enseignement de sociologie. Pour le second cycle, nous allons fonctionner différemment, en ouvrant à côté du tronc commun dix-huit enseignements électifs, répartis en trois grandes catégories : « nouveaux ensembliers », « scénographie » et « espaces pour demain ». Chaque étudiant devra choisir au minimum six enseignements, toutes catégories confondues. Cela correspond mieux à la vie d’un diplômé de Camondo : le matin au musée pour une scénographie, il est à midi dans un grand magasin pour du retail, puis dans un espace collectif…

Le volume horaire des cours va-t-il augmenter d’autant ?
Les élèves passeront de 18 à 22 heures de cours hebdomadaires en moyenne.

Quelles sont les écoles qui vous inspirent ?
Il n’y a pas, dans l’histoire de l’architecture intérieure, autant de références qu’en histoire de l’art ou de l’architecture. Cette moindre culture scientifique rend les comparaisons pédagogiques délicates, mais permet aussi une certaine liberté. J’observe régulièrement l’école nationale supérieure des Arts décoratifs (Ensad), l’École Boulle et l’École Bleue, ainsi que Penninghen, à Paris. À l’étranger, la HEAD de Genève propose un cursus riche.

L’école forme moins de 60 étudiants par promotion. N’est-il pas tentant d’augmenter les effectifs pour accroître vos ressources ?
L’idée n’est pas de déstabiliser le marché national, dont il faut regarder les réelles capacités d’emploi. Nous n’augmenterons que le nombre d’étudiants étrangers, qui ne sont que 5 à 8 % aujourd’hui. Nous serons plus internationaux, ici, en accueillant des élèves d’autres horizons, et ailleurs, en programmant un stage obligatoire à l’étranger.

Avec moins de 200 candidats chaque année (170 en 2015), n’y a-t-il pas un défaut de sélectivité ?
L’école a manqué d’attractivité ces derniers temps, sans doute s’est-elle reposée sur sa réputation. Raison pour laquelle il faut davantage s’inscrire dans un paysage international. Dès la rentrée 2016, l’entrée en première année par concours et l’entrée en second cycle sur dossier seront dématérialisées pour les étrangers.

Votre scolarité coûte cher, entre 8 000 euros (1er cycle) et 10 000 euros par an (pour le second cycle). N’est-ce pas un autre frein ?
Nous allons changer la donne. Dès septembre, nous ouvrirons 10 % de nos places à une gratuité obtenue sur des critères sociaux et d’excellence. Nous allons créer au total quatre tranches de frais de scolarité : gratuité totale, demi-tarif, 25 % de prise en charge et tarif plein. Nous compenserons le manque à gagner par du mécénat, que notre attractivité doit nous permettre de fidéliser. J’ai hâte d’observer les effets de cette petite révolution.

Vous avez également une classe préparatoire, qui comporte 38 élèves.
Elle va doubler l’année prochaine, mais proposera en proportion les mêmes tranches de gratuité partielle ou totale.

Le « Journal des Arts » a analysé récemment le système paradoxal des classes préparatoires aux écoles d’art (lire le no 453, 18 mars 2016), qui créent une première année supplémentaire sans équivalence. Qu’en pensez-vous ?
90 % de nos élèves entrant en première année ont fait une classe préparatoire. Souvent la nôtre, mais pas systématiquement. Pour moi le problème tient d’abord à la barrière sociale que constitue la classe préparatoire payante. Mais si l’on peut y garantir le même accès qu’ailleurs, alors le système est opérant, à défaut d’être optimal. Notre nouvelle politique concernant les frais de scolarité vise à résoudre cette incohérence à notre niveau.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°455 du 15 avril 2016, avec le titre suivant : René-Jacques Mayer : « 10 % des élèves ne paieront plus »

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