Vendredi 18 octobre 2019

Profession

Relieur d’art

Le Journal des Arts

Le 10 janvier 2003 - 1014 mots

Dans le cadre de notre rubrique consacrée à un métier de la culture, nous vous invitons aujourd’hui à découvrir celui de relieur d’art.

Habillage permettant de protéger le livre, d’augmenter sa stabilité et sa durée de vie, la reliure devient œuvre d’art à part entière lorsqu’elle s’applique à des ouvrages précieux (livres rares, éditions originales...). Il faut en effet distinguer la reliure courante de la reliure d’art ou de création. La première, la plus pratiquée, correspond généralement à un travail simple en toile ou en cuir peu cher telle la basane (peau de mouton). Elle est effectuée pour des bibliothèques, les archives des ministères, les mairies ou les collections de périodiques. Répondant à un marché plus restreint composé essentiellement de bibliophiles et de collectionneurs, la seconde nécessite un travail de création complexe, faisant appel à la sensibilité et à l’imagination du relieur. Ainsi Florent Rousseau qui, dans son petit atelier parisien près de la place de Clichy, joue sur les effets de matières et les constructions décoratives. Teignant lui-même le cuir, il orne ses habillages d’incrustations et d’empreintes, à l’image de la reliure qu’il a réalisée pour l’édition originale de Mines de rien (texte de Robert Desnos, illustrations d’André Masson) en 1997 : en plein veau couleur framboise, le livre présente, sur chaque plat, un décor de bandes de cuir ainsi que des motifs irréguliers imprimés en creux ou en relief. “Très en vogue il y a quelques années, les décors figuratifs ont laissé la place aux compositions abstraites ainsi qu’à une recherche tactile du décor”, explique le relieur. “Le champ de création est assez vaste, mais le livre doit rester à la base de tout”, précise pour sa part Véronique Sala-Vidal. Installée à Meudon depuis 1996, la créatrice privilégie les jeux de couleurs et les habillages sobres, en harmonie avec les textes qu’on lui confie. Pour les Nourritures terrestres d’André Gide, elle a par exemple cherché à évoquer la densité et la richesse de l’œuvre littéraire par un foisonnement de la matière. Généralement en peau, plus rarement en papier, la reliure de création peut faire appel à des matériaux inattendus tels que le bois, dont Alain Taral s’est fait une spécialité. Après avoir réalisé des coffrets, cadres ou tableaux en marqueterie, l’artisan-créateur s’est intéressé à l’art de la reliure, sans pour autant renier ses premières amours. Il est aujourd’hui l’unique relieur à confectionner la totalité de ses habillages en bois – une prouesse technique qui a nécessité de multiples expérimentations ainsi qu’un passage par l’école des beaux-arts de Toulon (en section Reliure). Jouant sur le décor naturel du bois, dont les teintes et les veines offrent un répertoire infini de motifs, ses créations séduisent les collectionneurs comme les bibliothèques. Ces dernières constituent aujourd’hui une clientèle en plein essor. En témoigne la politique d’acquisition développée par les bibliothèques des villes de Reims, Metz, Riom ou Montpellier, ainsi que par la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP). Pionnière en ce domaine, grâce au rôle moteur joué par son conservateur, Jean Dérens, la BHVP commande deux à trois reliures de création par an, organise régulièrement des expositions consacrées à des relieurs contemporains et accueille tous les ans la manifestation “Éphémère” : organisée en collaboration avec l’association des Amis de la reliure originale (Aro), celle-ci permet à une vingtaine de créateurs de présenter leurs travaux les plus récents. “Notre milieu étant tout petit, il n’est pas difficile de se faire connaître, en bien ou en mal. Les expositions et les articles dans la presse constituent un bon tremplin pour les débutants. Peu d’entre eux percent cependant dans le secteur de la reliure d’art, lequel, bien que dynamique, reste très restreint”, indique Alain Taral. Pour réussir, des qualités de minutie, alliées à un goût marqué pour les livres et à une solide formation sont indispensables. De nombreux types d’apprentissage sont aujourd’hui proposés, du CAP “arts de la reliure” au diplôme supérieur d’arts décoratifs option “objet et communication visuelle” (niveau bac 4), en passant par le BMA (brevet des métiers d’art, niveau bac) “art de la reliure et de la dorure”, ou le DMA (diplôme des métiers d’art, niveau bac 2) “arts graphiques reliure”. Parmi les établissements les plus réputés (lire l’encadré), citons notamment le Centre des arts du livre et de l’encadrement, l’École supérieure Estienne des arts et industries graphiques, ainsi que l’Atelier d’arts appliqués du Vésinet. Ces écoles participent à l’éclosion de talents prometteurs, à l’image de celui d’Hélène Ségal. Après deux années d’études à l’Ucad (Union centrale des arts décoratifs), à Paris, et à La Cambre (Bruxelles), la jeune femme a créé son atelier près de Reims, où elle se consacre exclusivement au décor. Son style épuré fait depuis sept ans le bonheur des bibliophiles français, suisses et belges. Un succès encourageant pour les jeunes relieurs souhaitant s’établir à leur compte.

Les plus grandes écoles de reliure

- Le Centre des arts du livre et de l’encadrement, école de l’Union centrale des arts décoratifs, 63 rue de Monceau, 75008 Paris, tél. 01 45 63 54 10, www.ucad.fr. Créée en 1894, la section Art du livre comprend un premier cycle préparant au CAP “art de la reliure”?, et un second cycle débouchant sur le BMA (brevet des métiers d’art) “arts de la reliure et de la dorure”?. - L’École supérieure Estienne des arts et industries graphiques, 18 bd Auguste-Blanqui, 75013 Paris, tél. 01 55 43 47 47, www.ecole-estienne.org. La section Reliure-dorure prépare en deux années au DMA (diplôme des métiers d’art). Elle est accessible aux élèves issus d’un bac technologique “arts appliqués”? ou d’une classe de mise à niveau en arts appliqués. - L’Atelier d’arts appliqués du Vésinet, 28 chemin de la tour-des-Bois, 78 400 Chatou, tél. 01 39 52 85 90, www.aaav.asso.fr. Cette association, fondée en 1977, propose des cours et des stages aux adultes, amateurs ou professionnels. - L’École nationale supérieure des arts visuels de la Cambre, 21 Abbaye de la Cambre, 1050 Bruxelles (Belgique), tél. 32 26 48 96 19, www.lacambre.be. Accessible à tous les bacheliers, l’école propose une formation de reliure-dorure sur cinq ans. D’après Arts et Métiers du livre n° 232.

La bibliothèque des Arts décoratifs, à Paris, consacre jusqu’au 31 janvier une exposition à la reliure contemporaine, 107-111 rue de Rivoli, Paris, tél. 01 44 55 57 50, tlj sauf dimanche et lundi, 10h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°162 du 10 janvier 2003, avec le titre suivant : Relieur d’art

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