Vendredi 23 février 2018

Profession

Quel avenir pour les diplômés en management culturel ?

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 18 septembre 2008

Une étude récente constate le décalage entre l’offre de formations et la réalité du marché de l’emploi.

Ecole du Louvre© P. Dolémieux /Ecole du Louvre

N’est-il pas temps de mettre un peu d’ordre dans les formations à l’administration et à la gestion de la culture, si prisées des étudiants ? C’est la question esquissée dans cette étude publiée au printemps 2008 par le Département des études, de la prospective et des statistiques du ministère de la Culture (DEPS) et pilotée par l’Observatoire des politiques culturelles (OPC). Celle-ci traite des formations supérieures diplômantes spécialisées en management dans tous les champs artistiques et culturels (spectacle vivant, musées, patrimoine, arts plastiques, cinéma, métiers d’art, métiers du livre…). Premier constat : ces formations existent en très grand nombre dans tout l’Hexagone. Au total, ce sont 282 cursus qui ont été recensés (l’étude porte sur 275 d’entre eux) dans une acception large, puisqu’elle englobe également les métiers de la médiation ou de l’ingénierie culturelle. Les formations considérées sont publiques ou privées, à condition dans ce dernier cas d’être reconnues par le ministère de la Culture ou d’être enregistrées au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP). 88 % d’entre elles sont néanmoins dispensées par des établissements placés sous tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, principalement dans un cadre universitaire, et délivrent en majorité des diplômes de niveau I, correspondant au grade de master. Le contenu de l’enseignement, dispensé à 95 % dans le cadre d’une formation initiale, est le plus souvent généraliste – avec un intitulé du type « conduite et mise en œuvre de projets culturels » –, la spécialisation la plus courante ayant trait au secteur du patrimoine, des archives et des musées (22 %). Leur ouverture à l’international (place de l’enseignement des langues, présence d’étudiants ou d’enseignants étrangers, échange avec des universités étrangères) est étonnamment très faible.
Cette radiographie du secteur s’accompagne d’une interrogation sur la pertinence de l’existence d’une offre de telle ampleur. C’est en effet dans le courant des années 1980, c’est-à-dire en plein essor du secteur culturel, que sont apparues les premières formations managériales spécialisées. L’initiative était légitime : la culture devenant affaire de professionnels, il fallait pouvoir s’appuyer sur des compétences multiples, alliant capacité de gestionnaire et sensibilité artistique. Autrement dit, savoir concilier exigences économiques et artistiques pour faire émerger des projets culturels. Pourtant, le mouvement s’est poursuivi et même amplifié au-delà de cette période. Près d’une cinquantaine de formations ont encore été créées depuis 2004, notamment au sein d’écoles de commerce, ce qui pose simultanément la question d’une évolution du secteur culturel vers une logique de marché. « La prolifération de ce type de filières, explique le document, a correspondu à des stratégies institutionnelles professionnelles ou universitaires, partiellement maîtrisées, répondant parfois à une demande étudiante massive de formation compte tenu de l’attrait de la culture, et aux besoins de responsables culturels en poste soucieux de valider leur parcours et d’actualiser leurs compétences. »

Aménagement du territoire
D’autres logiques, comme celles de l’attractivité ou l’aménagement du territoire, se sont greffées sur le phénomène. Mais pour quels résultats ? Les auteurs de l’étude s’étonnent de constater que l’adéquation avec la réalité du marché de l’emploi n’a quasiment jamais prévalu, très rares étant les formations émanant directement d’une demande des milieux culturels. Au final, les jeunes diplômés peinent donc à s’insérer dans un marché du travail devenu d’autant plus concurrentiel que le nombre de candidats potentiels s’est accru. Force est de constater que, en dépit de l’apparition de quelques plateformes spécialisées, les logiques de « réseau et de compagnonnage » demeurent la meilleure carte à jouer dans une démarche de recherche d’emploi. Un bémol, toutefois : l’étude ne fournit pas de données statistiques précises sur ce point essentiel. Celles-ci demeurent en effet très parcellaires malgré les nouvelles exigences européennes sur la mise en place d’outils de mesure de l’insertion professionnelle. Une démarche qui se heurte à son tour à l’absence de référentiels concernant ces métiers très divers.

En savoir plus

Cette étude, qui ne donne pas la liste exhaustive des formations étudiées, est consultable en ligne sur le site du ministère de la Culture et de la Communication : www.culture.gouv.fr/deps

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°287 du 19 septembre 2008, avec le titre suivant : Quel avenir pour les diplômés en management culturel ?

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