Profession

Peintre-copiste

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 6 janvier 2006

Satisfaisant la demande de commanditaires aux motivations diverses, certains peintres se sont fait une spécialité de la copie de maître. Sans être pour autant des faussaires.

Qui sont ces peintres qui s’installent, presque rituellement, tous les matins dans les salles du Musée du Louvre pour copier les Rubens, Fragonard, Delacroix ou autres grands maîtres ? Si, par tradition, la pratique de la copie est toujours considérée comme une étape de l’apprentissage de l’artiste, près de 30 % des quelque 150 copistes accueillis cette année par le Musée du Louvre sont des professionnels commercialisant leur production, provenant tous d’horizons très différents. Depuis 2001, Michel Champion est, pour sa part, un habitué des salles du Musée d’Orsay, où il s’est fait une spécialité de la copie des impressionnistes. Autodidacte en peinture, cet ancien président-directeur général d’une entreprise de multimédia devenu consultant satisfait régulièrement les commandes de ses clients. « Rares sont les peintres à ne vivre que de la copie, même si cela rapporte souvent davantage que la création pour un artiste qui n’est pas coté sur le marché », précise-t-il. Pour une toile qui nécessite en général un mois de travail, il faudra ainsi débourser environ 2 000 euros. « La rentabilité est moyenne, car nous touchons une clientèle très particulière », confirme Guillaume Moisson, copiste installé à Lille. Pendant dix ans, cet ancien décorateur de théâtre a pratiqué la copie, avant de se tourner vers une création plus personnelle. Les profils des clients sont en effet multiples : entreprises, notamment dans les secteurs de la décoration ou de l’hôtellerie de luxe, friandes de natures mortes et de scènes orientalistes, clients fortunés préférant accrocher des copies de portraits de famille et mettre les originaux au coffre, amateurs souhaitant se constituer un « musée imaginaire », étrangers de passage à Paris qui découvrent au hasard d’une visite les copistes… « Quel que soit le client, il se crée toujours une relation subjective à la copie », confesse Michel Champion.
Mais une copie n’est pas un faux. Régie par la loi sur la propriété littéraire et artistique de mars 1957, la pratique est soumise à des règles strictes. La première précaution concerne le choix de l’œuvre originale, qui doit être tombée dans le domaine public – soixante-dix ans après la mort de l’artiste –, ce qui exclut à ce jour toute possibilité de s’offrir une copie légale de Picasso ou de Pollock. La seconde porte sur la taille du tableau, qui doit être supérieure ou inférieure d’au moins 20 % à l’original, « ce qui modifie très sensiblement le rapport de proportions », déplore un professionnel. En revanche, si la mention « copie » doit être inscrite au revers de la toile, la reproduction de la
signature de l’artiste, considérée comme faisant partie de l’œuvre, n’est pas juridiquement illégale, même si le règlement des musées français l’interdit. Certains copistes jouent donc parfois de ce flou, à la demande de leurs clients.

Pastiches très prisés
Dans l’enceinte des musées du Louvre ou d’Orsay, l’application rigoureuse du règlement est de mise.
Soumis à autorisation préalable, les copistes n’obtiennent qu’un laissez-passer d’une durée de trois mois. Ils ne peuvent travailler que lors des matinées d’ouverture au public, à raison d’un peintre par salle, la gestion du flux de visiteurs interdisant l’accès à certains tableaux, dont la Joconde. Et, pour éviter toute tentation frauduleuse, plusieurs cachets et certificats sont apposés sur le tableau, à son entrée puis à sa sortie de l’établissement. « Pas question de toucher aux faux !, rétorque Michel Champion. Mais les faux sont rarement des copies, ce sont plutôt des tableaux “à la manière de”, qui sont, soi-disant, découverts fortuitement dans un grenier. » Membre de la petite Association des copistes des musées français (ACMF), ce dernier évoque l’existence d’une charte indicative, incitant au respect des techniques anciennes et à l’utilisation d’une peinture haut de gamme.
Peu de musées ayant une politique d’accueil, nombreux sont toutefois les peintres à ne travailler qu’à partir de reproductions. Et certains n’hésitent pas à s’octroyer quelques libertés par rapport à leur source, réalisant des pastiches très prisés par la clientèle, en remplaçant par exemple les visages par ceux des commanditaires. Se pose alors l’inévitable question relative aux motivations des copistes. « Pour le challenge, la difficulté technique, plaide Guillaume Moisson. Il faut rester très humble face aux chefs-d’œuvre, quitte à ressentir, au bout d’un moment, une certaine frustration. »

Informations

Association des copistes des musées français (ACMF), 2, rue de Paris, 78640 Neauphle-le-Vieux, copistes@free.fr

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°228 du 6 janvier 2006, avec le titre suivant : Peintre-copiste

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