Profession

Paysagiste-concepteur

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 9 septembre 2005

Artiste et scientifique, créateur et technicien, ce professionnel polymorphe est l’un des principaux artisans de la qualité de notre cadre de vie.

« Nous sommes à la fois jardiniers, sculpteurs, peintres et architectes, mais la matière pétrie, c’est l’espace dans lequel on vit ! » Pour Philippe Thébaud, paysagiste et enseignant à l’école d’ingénieurs de Lullier (Suisse), l’enjeu de cette profession, trop souvent négligée par les aménageurs car elle « s’occupe des vides, pas des pleins », est donc capital. En une vingtaine d’années, le métier a sensiblement évolué, s’éloignant toujours davantage de l’image poétique du peintre-jardinier. « Aujourd’hui, on ne travaille plus sur des paysages vierges, mais à la transformation et à la gestion des espaces naturels et urbains », indique Anne-Françoise Lacomblez, directrice des études de la prestigieuse École nationale supérieure du paysage (ENSP) de Versailles  – la plus ancienne –, qui intègre chaque année 45 nouvelles recrues. Le paysagiste n’intervient donc plus sur les seuls parcs et jardins, mais il est amené à se confronter à des échelles diverses, de l’aménagement d’un morceau de ville à celui des abords d’une autoroute, d’une friche industrielle à une simple placette. D’où l’importance d’avoir le sens de l’espace, pour un professionnel qui «  regarde autrement, interroge et revisite le monde en étant capable de forcer son imaginaire, de traiter l’espace en le reliant à l’horizon », selon les termes de Gilles Clément, célèbre paysagiste français et enseignant à l’ENSP.
Cette propension à la conceptualisation par une juste analyse des sites est donc l’une des nombreuses qualités requises pour devenir un (bon) paysagiste. « Mais la question fondamentale est celle du temps, renchérit Gilles Clément, car tout ce qui touche au vivant se transforme. Il faut donc être capable d’anticipation. » Alors que le travail de l’architecte s’achève avec le chantier, celui du paysagiste doit en effet supporter une maturation sur la durée. De solides aptitudes d’observation, de création (la pratique du dessin est incontournable) et d’expression sont donc exigées pour accéder aux quelques écoles qui dispensent un enseignement spécialisé. Si, juridiquement, leur fréquentation n’est pas obligatoire – car contrairement aux architectes, le titre de paysagiste n’est pas protégé –, elle s’avère, dans les faits, indispensable. La pédagogie y prône la pluridisciplinarité : sciences naturelles et humaines, pratiques artistiques, formation technique (botanique, connaissance des matériaux, réglementation des marchés…). Pour de nombreux professionnels, cette dernière demeure pourtant trop souvent insuffisante. « Les Français sont connus à l’étranger pour la faiblesse de leur connaissance du végétal », reconnaît Philippe Thébaud, qui déplore par ailleurs l’indigence de l’enseignement des nouvelles technologies, notamment de l’infographie, « boudée » par de nombreux enseignants.
Mais, pour Gilles Clément, la principale vertu du paysagiste doit être « son désir d’exercer un métier difficile et peu rémunérateur ». Les grandes agences se comptent en effet sur les doigts de la main, et « beaucoup de gens vivotent », confirme Ariane Delilez, déléguée générale de la Fédération française du paysage (FFP), qui regrette aussi la faible présence des paysagistes au sein de la fonction publique. Un jeune diplômé, salarié d’une agence, pourra toutefois s’attendre à empocher un salaire (correct mais souvent plafonné pendant plusieurs années) de 1 500 euros par mois. Une situation paradoxale car, avec seulement 1 800 paysagistes recensés dans l’Hexagone (contre 200 il y a vingt ans), la profession ne connaît pas le chômage. Tous les paysagistes s’accordent d’ailleurs sur le fait que leur métier a de l’avenir, grâce à l’évolution des sensibilités – notamment au sein des collectivités locales –, la progression de l’étalement urbain rendant impérative la prise en compte de la qualité de l’aménagement des espaces. « Les paysagistes doivent se rapprocher de la réalité de la gestion du vivant, prévient toutefois Gilles Clément. Grâce à cela, ils auront plus d’arguments que les autres professionnels qui travaillent sur l’espace public. »

Formations

Architecte-paysagiste Seules trois écoles délivrent le titre de paysagiste « DPLG » (diplômé par le gouvernement). Elles organisent un concours d’admission commun ouvert aux bac 2 minimum et délivrent une formation de 4 ans. L’affectation s’effectue en fonction des vœux et du classement du candidat. - École nationale supérieure du paysage (ENSP) : 10, rue du Maréchal-Joffre, 78009 Versailles, tél. 01 39 24 62 00, www.versailles.ecole-paysage.fr - École d’architecture et du paysage de Bordeaux : Domaine de Raba, 33405 Talence, tél. 05 56 35 11 00, www.bordeaux.archi.fr - École d’architecture et du paysage de Lille, 2, rue Verte, 59650 Villeneuve-d’Ascq, tél. 03 20 61 95 50, www.lille.archi.fr - L’École supérieure d’architecture des jardins et du paysage (ESAJ), 49, rue de Bagnolet à Paris (20e) (tél. 01.43.71.28.53, www.essaj.asso.fr), est, elle, une école privée reconnue par la Fédération française du paysage (FFP). Recrutement après le bac, formation de 4 ans. Ingénieur-paysagiste (études et missions de conception au sein d’une agence ou auprès d’une collectivité territoriale) - École nationale supérieure de la nature et du paysage (ENSNP), 5-7, rue des Grands-Champs, 41029 Blois (tél. 02 54 78 37 00, www.ensp.fr). Accès direct après le bac en premier cycle (2 ans) et à bac 2 en second cycle (3 ans). - Institut national d’horticulture (INH), 2, rue André-Le Nôtre, Angers (tél. 02 41 22 54 54, www.inh.fr). Il regroupe l’École nationale d’ingénieurs de l’horticulture et du paysage (ENIHP) (formation de 5 ans) et l’École nationale supérieure d’horticulture et d’aménagement du paysage (ENSHAP) (accès après une classe préparatoire, formation de 3 ans). - École d’ingénieurs de Lullier, 150, route de Presinge, Jussy, Suisse (tél. 41 22 759 95 00, www.hesge.ch). Accès direct après le bac ou à bac 2 après une formation en horticulture. - Fédération française du paysage (FFP), 4, rue de Hardy, 78000 Versailles, tél. 01 30 21 47 45, www.f-f-p.org

A noter

L’initiative « Nouveaux albums des paysagistes » du ministère de la Culture, pour promouvoir le travail de jeunes paysagistes (moins de 35 ans) : inscriptions jusqu’au 30 septembre. Rens. www.culture.gouv.fr/nouveaux-albums-paysagistes

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°220 du 9 septembre 2005, avec le titre suivant : Paysagiste-concepteur

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