Profession

Ornemaniste en couverture

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 6 mai 2008

Ces artisans du métal fabriquent ou restaurent les éléments décoratifs des toitures. Un métier précieux pour la restauration des monuments historiques.

À écouter Stéphane Auder, ornemaniste installé à Bocé (Maine-et-Loire) depuis 1996, raconter son parcours de formation dans des ateliers spécialisés en couverture, technique du métal, dessin, formage, fonderie…, le caractère polymorphe de sa profession ne fait aucun doute. Titulaire d’un brevet de maîtrise en couverture, il a, en effet, appris son métier au contact d’artisans souhaitant transmettre leur savoir-faire avant de partir à la retraite. Rien que de très commun comme mode de transmission. Comme pour de nombreux métiers artisanaux, il n’existe plus aucun cursus exclusivement dédié à cette spécialité des métiers du bâtiment, qui consiste à fabriquer ou à restaurer les ornements métalliques destinés à être posés sur les couvertures des édifices. Lucarnes, œil-de-bœuf, épis, pots à feu ou autres girouettes, mais aussi dômes et campaniles, qui ont fait la réputation des toitures à la française, constituent ainsi le catalogue des ornements proposés par ces professionnels. « Il faut être polyvalent et cumuler le savoir-faire d’une dizaine de métiers, confirme Jean-Claude Duplessis. C’est la raison pour laquelle nous sommes peu nombreux ». Meilleur ouvrier de France et maître d’art, ce dernier a pris sa retraite au début de l’année 2008. Après un compagnonnage inachevé dans le métier de couvreur, il a créé son entreprise spécialisée en 1980, à la Charité-sur-Loire (Nièvre). Il vient, aujourd’hui, de la céder à une filiale de Saint-Gobain, mais suit toujours d’un œil, en qualité de conseiller, les derniers chantiers de monuments historiques pour lesquels il avait gagné les appels d’offres. Ainsi du siège du Crédit Lyonnais ou des Magasins du Printemps, à Paris. « Le contact humain, notamment avec les architectes en chef des monuments historiques, compte aussi dans ce métier », précise-t-il. Ce n’est toutefois pas la seule qualité requise. L’ornemaniste doit concevoir de A à Z l’élément en métal (zinc, cuivre ou plomb) qui viendra orner la toiture voire, parfois, la façade d’un bâtiment. Il s’agit donc de maîtriser le dessin technique, souvent réalisé à partir de documents anciens (gravures, dessins, photographies), mais aussi la sculpture afin de pouvoir concevoir une matrice ou un moule pour l’estampage. L’ornemaniste doit ensuite maîtriser la mise en forme du métal, par étirage et rétreinte, puis les techniques du repoussage sur tour. « J’ai formé de nombreux jeunes dans l’atelier, explique Jean-Claude Duplessis, et en complément, je les envoyais suivre des stages spécialisés chez des compagnons pour apprendre le dessin ou la sculpture. » Enfin, l’ornemaniste doit aussi avoir des connaissances dans le domaine de la couverture, afin de ne pas nuire à l’étanchéité de l’ensemble. « Il faut avoir fabriqué cent cinquante œils-de-bœuf avant d’avoir la rapidité suffisante pour être compétitif, souligne Stéphane Auder. Il est donc indispensable d’être précis et pointu ». Ce dernier emploie et forme un jeune titulaire d’un CAP de chaudronnerie aux spécificités de son métier. L’investissement en matériel – atelier de fonderie, tour à repousser, presse pour l’estampage… – est néanmoins souvent rédhibitoire par son coût. Contrairement aux quelques rares entreprises de taille moyenne du secteur, comme les Ateliers d’art français, leader sur le marché qui ont récemment restauré les toitures du Grand Palais, à Paris, Stéphane Auder ne répond pas aux appels d’offres, faute d’avoir la structure suffisante, et travaille comme sous-traitant pour des entreprises de couverture. Comme ses confrères, ses commandes dépendent toutefois directement des fluctuations du prix des métaux. Mais aussi d’une nouvelle concurrence, venue d’Europe, et parfois de couvreurs qui fabriquent eux-mêmes quelques ouvrages simples, comme les girouettes, qui ne requièrent pas beaucoup de matériel. « Notre métier n’est pas au mieux en ce moment », déplore Jean-Claude Duplessis. Pour preuve, son ancienne entreprise, désormais aux mains d’un grand groupe, se désengage progressivement des travaux dans le secteur des monuments historiques.

Formation

Il n’existe plus de formation d’ornemaniste en couverture. Le savoir-faire se transmet donc au sein des quelques ateliers qui existent encore. Une formation minimale de couvreur ou de chaudronnier est toutefois recommandée.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°281 du 9 mai 2008, avec le titre suivant : Ornemaniste en couverture

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