Samedi 15 décembre 2018

Profession

Orfèvre

Le Journal des Arts

Le 19 novembre 2004 - 780 mots

Regroupés sous le terme générique d’orfèvre, plusieurs corps de métiers spécialisés s’unissent pour déformer le métal et offrir à la table ses plus précieux joyaux.

Rares sont désormais les ateliers d’orfèvres où un artisan travaillant seul maîtrise les nombreuses spécialités nécessaires à la création d’un objet. Nicolas Marischael (Paris) est de ceux-là. Héritier de trois générations d’artisans, il se consacre principalement à la restauration de pièces anciennes et à la création d’une ligne contemporaine réalisée à la main en série très limitée. « Mon grand-père était cuilleriste, c’est-à-dire qu’il fabriquait des ménagères en argent massif, explique-t-il. Il travaillait souvent à façon pour les grandes maisons. Il a formé mon père qui s’est également spécialisé dans la restauration d’argenterie ancienne et c’est avec lui que j’ai commencé à apprendre le métier il y a vingt ans. Il faut environ dix ans pour maîtriser les gestes de l’orfèvre, c’est un métier très dur et éprouvant. »
Dans les structures de taille plus importante, les artisans sont très spécialisés, chacun étant attaché à un moment précis de la création. Les ateliers de haute orfèvrerie de la maison Christofle (Paris) regroupent ainsi douze artisans, parmi lesquels on compte trois détenteurs du titre « meilleur ouvrier » de France. « Le talent de chacun des intervenants doit être à la hauteur de la qualité que nous recherchons, explique Jean-Claude Bourbon, qui dirige les ateliers de Christofle. Un geste malheureux, à n’importe quelle étape, peut signifier la perte de la pièce. »

Marteler avec le plat
Tout commence avec une feuille de métal découpée en flan, c’est-à-dire suivant un calibrage particulier qui permettra de « monter » ou de « descendre » la pièce à la forme voulue. Pour une forme creuse ou ronde, elle sera travaillée sur un tour à repousser. « Le métal est couché sur un mandrin de passe. En étant ainsi étirées, les molécules de l’argent s’écrasent et le métal perd sa malléabilité, explique Éric Popineau, le chef des ateliers Puiforcat (Paris). Il faut donc régulièrement le chauffer à plus de 800 °C afin qu’il retrouve ses qualités de souplesse. Cette opération de recuit est délicate, car il ne faut pas que la pièce fonde. Les artisans aguerris reconnaissent à la couleur rouge cerise que prend le métal qu’il est à la bonne température. » Lorsque la forme recherchée n’est pas cylindrique, elle est donnée par le planeur. Cette étape consiste à marteler la feuille d’argent avec le plat d’une masse très lourde, car si l’angle de l’outil touche la pièce, il la marque d’un creux qui ne peut être effacé et entraîne sa perte. On peut ainsi obtenir des angles très pincés, impossibles à réaliser à la presse. Pour adoucir les derniers coups de marteau, l’outil est recouvert de toile de billard dont le tissage est très serré, puis de parchemin en peau de porc dont l’aspect est encore plus fin.
Une fois la forme donnée, la pièce peut être personnalisée. Le ciseleur intervient le premier. Il emboutit l’objet à l’aide de petits instruments d’acier et de marteau et fait apparaître le décor en repoussant la matière depuis l’envers. « La ciselure fait monter le métal, elle n’enlève pas de matière contrairement à la gravure, précise Jean-Claude Bourbon. Le ciseleur reprend également les brasures des becs ou des anses qui ont pu être rajoutés à la forme d’origine. » Enfin intervient le graveur, qui entaille le métal pour compléter le décor. La pièce ayant pris son allure quasi définitive, il faut la polir. Cinq passages successifs sous diverses matières abrasives constituent cette étape aux ateliers Puiforcat avant d’atteindre la brillance miroir recherchée. « Lorsqu’une pièce doit être argentée, elle est dégraissée après les étapes de polissage avant d’être plongée dans les bains d’argenture », ajoute Jean-Claude Bourbon.
La création d’un objet, parfois conçu sur mesure, demande une attention de tous les instants. Après chaque étape, celui-ci est contrôlé et quitte le circuit d’élaboration s’il présente un défaut, bien souvent invisible aux yeux du néophyte. On le comprend, la naissance d’une pièce d’orfèvrerie est longue et complexe, ainsi que le confirme Éric Popineau :« La réalisation de la timbale d’Anne d’Autriche, qui est devenue le symbole de notre maison, fait intervenir tous nos corps de métier et demande plus de soixante-cinq heures de travail. »

Formations

- Le CAP Orfèvre option Monteur en orfèvrerie - Le CAP Orfèvre option Tourneur repousseur en orfèvrerie - Le CAP Orfèvre option Polisseur aviveur en orfèvrerie - Le CAP Orfèvre option Planeur en orfèvrerie École spécialisée : - École Boulle, DMA Ornement et objet comportant les spécialités ciselure, gravure ornementale, gravure en modelé et tournage, 9, rue Pierre-Bourdan, 75012 Paris, tél. 01 43 46 67 34, www.ecole-boulle.org

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°203 du 19 novembre 2004, avec le titre suivant : Orfèvre

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