Profession

Néoniste

Le Journal des Arts

Le 27 mai 2005

Mettant son savoir-faire au service des artistes contemporains, le néoniste permet la réalisation d’œuvres lumineuses en tubes néon.

Qu’est ce qu’un « néoniste » ? La réponse est dans la question puisqu’il fabrique des tubes néon, cet efficace système d’éclairage souvent publicitaire qui a, depuis son invention en 1937, envahi le paysage urbain et aussi celui de l’art. Le néoniste est avant tout un souffleur de verre, et se pose souvent comme un artisan spécialisé des métiers de l’enseigne. Rares sont les ateliers à ne produire que des néons, et, généralement, les pièces sont réalisées par des enseignistes qui pratiquent également d’autres techniques.
Le terme même de « néon », pour désigner le fameux tube en verre lumineux auquel Las Vegas doit tant, porte à confusion. Il fait allusion au nom du gaz contenu dans le tube de verre. Dans son principe général, la définition d’un tube néon est assez simple : « Il s’agit d’une rampe en verre, fabriquée de manière industrielle, dont l’intérieur a été poudré d’une couleur donnée », explique Jean-Pierre Seroussi, de l’entreprise Actif Signal (qui collabore entre autres avec les artistes Jonathan Monk et Martial Raysse). Le tube est vidé de son air pour être rempli de gaz, néon ou argon suivant les cas. À chacune de ses extrémités est placée une électrode. Le courant doit être de haute tension, c’est pourquoi un transformateur permet d’apporter le voltage nécessaire, qui est fonction de la longueur du tube, de son diamètre et de sa couleur. » Lorsque la lampe est mise sous tension, un flux d’électrons libres qui acquièrent de l’énergie traverse le tube d’une électrode à l’autre. Les électrons se déchargent de leur énergie sur les atomes de gaz qu’ils rencontrent, et ceux-ci dégagent alors un rayonnement ultraviolet, qui, absorbé par le revêtement intérieur du tube de verre, devient une lumière visible pour l’œil humain.
L’essentiel de la production des néonistes relève du domaine de l’enseigne. « Ce sont a priori des entreprises très éloignées du milieu de l’art contemporain, confirme Mélanie Meffrer Rondeau, responsable de la production des œuvres à la galerie Yvon Lambert. Mais quand elles décident de travailler avec un artiste, elles répondent généralement bien en termes de fabrication. La principale difficulté est de concilier le projet du créateur et les multiples contraintes techniques du néon, comme la présence de câblages et de transformateurs qui sont très voyants sur une petite pièce et très nombreux sur une grande. Le néoniste doit être très fidèle au modèle : lorsque Claude Lévêque fournit un calque manuscrit, grandeur nature, tous les petits mouvements et tremblements de l’écriture doivent être reproduits. »

Huit blancs différents
La première difficulté consiste donc à transcrire en lumière le projet d’un artiste. Pour ce faire, l’artisan dispose d’une palette de tubes de verre colorés produits industriellement et dont l’étendue est restreinte. « Nous n’avons qu’un seul mauve, mais disposons par contre de huit blancs différents », s’amuse l’enseigniste Philippe Jean. Trois diamètres de tubes sont disponibles, qui permettent
à l’artisan de jouer de l’épaisseur du « trait ». Puis le tube, acheté en rampe droite, est travaillé, c’est-à-dire soufflé à la bouche, jusqu’à la forme désirée. Il est ensuite vidé par aspiration et rempli de gaz. « Je dois chercher des solutions pour répondre le plus fidèlement possible au projet, détaille Philippe Jean, qui travaille notamment avec Bertrand Lavier et Sarkis. J’envisage aussi les contraintes d’installation. »
Une œuvre en néon est en général très difficile à installer. Sa manipulation est plus que délicate car la pièce est très fragile. Certains projets ambitieux requièrent souplesse et ingéniosité, comme l’installation pour François Morellet des néons du siège de l’Aviation civile, à Paris, un immeuble de sept étages, entièrement faite en rappel par Philippe Jean.

Déplacements fatals
Du fait de cette fragilité, l’œuvre en néon pose d’importants problèmes de conservation. Sa durée de vie moyenne est d’une petite dizaine d’années, au-delà desquelles il faut intervenir, soit pour la pomper et recharger les tubes de gaz si celui-ci était du néon, soit pour refaire les tubes à l’identique s’il s’agissait d’argon. Les transformateurs vieillissent également et doivent être remplacés.
Les déplacements sont souvent fatals aux néons, c’est pourquoi nombre des musées n’acceptent de prêter leurs œuvres qu’à la condition que le demandeur finance la fabrication d’un double.

Formation

CAP Arts et techniques du verre option verrier au chalumeau, lycée Dorian, 18, rue Robert-et-Sonia-Delaunay, 75011 Paris, tél. 01 44 93 81 30

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°216 du 27 mai 2005, avec le titre suivant : Néoniste

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