Profession

Graveur héraldiste

Le Journal des Arts

Le 1 avril 2005

Ornant sceaux et chevalières des armoiries de leurs propriétaires, le graveur héraldiste est l’héritier d’une tradition ancienne participant d’une quête d’identité et d’un désir de filiation.

Depuis les sceaux-cylindres antiques, destinés à marquer l’appartenance d’un bien à son propriétaire, jusqu’aux chevalières armoriées, en vogue depuis le XIXe siècle pour témoigner de l’inscription de leur porteur dans une dynastie familiale, les objets gravés de symboles identitaires procèdent d’une tradition millénaire.
En France, on compte environ cinq « graveurs héraldistes », également appelés « graveurs sigillaires », consacrant la totalité de leurs activités à l’ornementation de cachets et de bagues. Gérard Desquand est de ceux-là. Désigné meilleur ouvrier de France en 1979, il ne chôme jamais et partage son temps à honorer les nombreuses commandes qu’il reçoit et à enseigner la gravure, depuis 1989, à l’École Estienne. Ses élèves s’initient en deux ans aux techniques de gravure liées à l’imprimerie. Selon le professeur, ce sont les domaines de l’estampe et du livre qui sont aujourd’hui porteurs pour les jeunes graveurs. La sélection est rude puisque les promotions ne comptent qu’une douzaine d’élèves. Autres formations d’excellence, les deux DMA (diplôme des métiers d’art) dispensés par l’École Boulle destinent plus véritablement les apprentis à l’univers du meuble. Les candidats au métier de graveur sigillaire doivent donc, après avoir suivi l’un de ces cursus, compléter leur apprentissage auprès d’un maître qui leur transmettra ce savoir-faire spécifique.
Gérard Desquand est fils et petit-fils de graveur. L’héraldique répond à sa volonté d’avoir « une activité traditionnelle et chargée de sens », de s’inscrire dans une pérennité technique et symbolique. Mais si elle participe d’un dessein d’inscription historique, elle n’est pas pour autant figée : « Certes, je ne change ni la signification des symboles ni les codes depuis longtemps établis. Toutefois, je peux intervenir sur le dessin et la stylisation du motif », précise-t-il.
On a tort de croire que l’armoirie est un apanage nobiliaire. « Il y a aujourd’hui en France près de trente-six mille familles qui ont des armes. Or, à la Révolution française cinq familles sur six à en posséder n’étaient pas nobles. Il s’agit seulement d’un héritage identitaire qui s’est transmis », indique le graveur.
À ce jour, la gravure de chevalières représente 90 % de son activité, complétée par quelques cachets. Dans la majeure partie des cas, Gérard Desquand se voit fournir la large bague en or vierge ainsi qu’un document décrivant le décor qu’il devra y créer. Il peut s’agir d’une empreinte de cire, d’un dessin ou encore d’une description littéraire. Le travail, extrêmement minutieux puisque la surface mesure environ 1 cm2, se fait au travers de loupes binoculaires. « Dans un premier temps, je dessine sur la bague vierge, puis je “descends” les grosses surfaces. Ensuite, à l’aide de différents outils très précis, des burins, des échoppes, des ciselets et surtout des poinçons, je mets en place le blason. » Des poinçons, l’artisan en possède des centaines, qui constituent son plus précieux patrimoine. Ils peuvent représenter différentes formes et tailles de lions, de casques, de poings… Bref, tous les symboles les plus courants dans les armoiries familiales. Lorsque l’un d’eux s’abîme ou, plus simplement, lorsqu’il manque un motif au répertoire le graveur doit savoir en créer un nouveau en acier trempé.
Chaque étape du travail est contrôlée au moyen d’empreintes en plasticine, une sorte de pâte à modeler. L’objet n’est véritablement achevé que lorsqu’est prise l’empreinte définitive en cire. L’artisan poudre alors le motif de rouge de Chine et lèche la surface de la bague d’une flamme afin de noircir certains pigments. L’empreinte en cire du motif est alors nuancée de contrastes, qui accentuent encore les reliefs. Cette dernière étape est plus difficile qu’il n’y paraît et demande une parfaite maîtrise des rapports de température entre la cire et le métal. D’ailleurs, comme le résume Gérard Desquand, s’il faut près de dix ans pour devenir un bon héraldiste, c’est bien parce que, dans cette profession, « il n’y a pas de geste simple ».

Formations

- DMA (diplôme des métiersd’art) Gravure École Estienne, 18, boulevard Auguste-Blanqui, 75013 Paris, tél. 01 55 43 47 47, lyc-estienne.scola.ac-paris.fr - DMA Gravure ornementale - DMA Gravure en modelé École Boulle, 9, rue Pierre-Bourdan, 75012 Paris, tél. 01 44 67 69 67, www.ecole-boulle.org

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°212 du 1 avril 2005, avec le titre suivant : Graveur héraldiste

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