Vendredi 26 février 2021

Architecture - Ecole d'art

CAMPUS

En Occitanie, une architecture responsable et durable

Par Geneviève Gallot · Le Journal des Arts

Le 3 février 2021 - 878 mots

Pionnière pour sa recherche et prochainement rénovée, l’École nationale supérieure d’architecture de Toulouse s’attache, en lien avec l’Institut national des sciences appliquées, à anticiper les grandes mutations de notre époque.

Toulouse. Implantée en 1971 dans le cadre de l’opération urbaine de Toulouse-Le Mirail, l’École nationale supérieure d’architecture (Ensa) de Toulouse a été pensée par l’architecte Georges Candilis comme un système organique, proliférant, « un contenant libre, constamment transformable », consacré en 2019 par le label « Architecture contemporaine remarquable ». Initialement conçue pour 300 étudiants tandis qu’elle en accueille aujourd’hui près de 1 000, l’École, arrivée à saturation, nécessitait une rénovation. « Nous voulions un projet exemplaire qui reflète l’histoire de l’école et ses valeurs, souligne Pierre Fernandez, son directeur. Les questions énergétiques, environnementales et de développement durable ont été cadrées dans un cahier des charges très exigeant. » Fin septembre, le jury choisit le projet de l’architecte Pierre-Louis Faloci, Grand prix national de l’architecture 2018.

De l’éco-conception à la « ville-territoire »

Proposant la réhabilitation des bâtiments existants ainsi que la création de 2 500 mètres carrés, le chantier, d’un coût de 26 millions d’euros, réalisé sous la maîtrise d’ouvrage de la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée, devrait s’achever début 2024. Au sein de l’École, le Laboratoire de recherche en architecture (LRA), fort de ses 50 enseignants-chercheurs et 40 doctorants, déploiera son activité autour de ses thèmes d’excellence : l’éco-conception, la prise en compte du patrimoine dans la création architecturale et la dimension « ville-territoire ». « Quand le premier département de la recherche se crée au début des années 1980, une dynamique forte et consensuelle s’engage sur les questions environnementales, rappelle Frédéric Bonneaud, directeur du LRA. L’architecte doit passer à l’acte en formalisant des espaces, au sens large. Aujourd’hui, nos recherches croisent problématiques environnementales et patrimoniales, ou environnementales et urbaines. » L’ambition ? Faire émerger un cadre épistémologique commun au vaste domaine de l’architecture. Membre associé de l’université fédérale de Toulouse-Midi-Pyrénées, qui est l’une des plus importantes universités françaises (120 000 étudiants, 31 établissements d’enseignement supérieur et organismes de recherche), l’Ensa de Toulouse entend ainsi, avec sa prochaine mutation, conforter sa marque de fabrique au service d’une « architecture durable ». Dans la foulée du talentueux collectif Encore Heureux cofondé en 2001 par des architectes issus de l’Ensa de Toulouse, militant pour l’invention de modalités responsables de construction, de jeunes diplômés témoignent de leur engagement.

Complexité, prospective, sobriété

Tathiane Martins, 35 ans, architecte brésilienne, développe ses recherches dans le cadre d’une thèse de doctorat effectuée en cotutelle entre l’Ensa de Toulouse et l’université fédérale de Rio de Janeiro, en lien avec l’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Toulouse, sur le développement durable des espaces construits. Alors que les villes comptent aujourd’hui plus de 3,5 milliards d’habitants, et probablement 5 milliards en 2030, que ces populations consomment entre 60 à 80 % de l’énergie mondiale tout en émettant plus de 70 % des émissions de dioxyde de carbone et que les émissions de CO2 doivent impérativement baisser dans le monde, le défi est immense en matière d’énergétique urbaine, tant en ce qui concerne l’énergie consommée que l’énergie potentiellement produite par les bâtiments. Tathiane Martins va ériger la morphologie urbaine en paramètre central dans le processus d’amélioration de l’efficacité énergétique du cadre bâti. Appliquant sa méthode aux quartiers de la ville de Maceió, au Brésil, et grâce à des algorithmes, la chercheuse simule plus de 80 000 configurations d’îlots urbains, les teste, évalue les effets et identifie la forme qui optimise la consommation énergétique. Son travail a reçu le grand prix de la Capes (une agence de promotion de la recherche) au Brésil en 2015. « Il est urgent de sortir des postulats du Mouvement moderne : forme, fonction, lumière !, lance-t-elle. Il faut gérer le projet dans sa complexité. »

Marion Bonhomme, 35 ans, ingénieure en génie civil diplômée de l’Insa de Toulouse et architecte à l’issue du double parcours Insa-Ensa, note quant à elle d’emblée : « Pour un ingénieur, un problème a une seule bonne réponse. En architecture, il y a plusieurs bonnes réponses. » Ses recherches la portent vers le climat urbain. Dans le cadre de sa thèse (1), elle met au point un modèle, « Genius » – pour « Générateur d’îlots urbains » –, permettant de générer des bases de données urbaines pluridisciplinaires, intégrant les facteurs énergétiques, sociaux, économiques et environnementaux. Enseignante à l’Ensa de Toulouse puis à l’Insa, elle juge essentiel d’éclairer la prise de décision des Villes sur les questions de consommation énergétique des bâtiments. « Pour orienter le futur, la prospective est indispensable », souligne-t-elle.

Tandis que Maureen Certain, 23 ans, doctorante, travaille sur les systèmes de gestion de l’eau à Jaïpur, en Inde, inventés au XVIIIe siècle avec une admirable intelligence et efficacité, puis tombés dans un consternant délabrement, Corentin Pigeon, 32 ans, ingénieur et architecte, également issu du double cursus Insa-Ensa, veut croire à une révolution du modèle occidental. Avec l’agence Alter Architecture qu’il a cofondée, il met le cap sur l’humain, la proximité, les matériaux biosourcés. « Il faut absolument apprendre aux gens à vivre différemment, sortir de la multiplication, consommer moins. Aller vers la décroissance, la sobriété dimensionnelle des unités de vie, vers des bâtiments économes et sobres en ressources. Le label “NoWatt” ? Une exigence à partager ! »

(1) Thèse de doctorat : « Des contraintes solaires à des opportunités de dessin urbain : optimisation des typo-morphologies urbaines en climat tropical au Brésil », 2014.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°560 du 5 février 2021, avec le titre suivant : En Occitanie, une architecture responsable et durable

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