Mardi 10 décembre 2019

Yves Saint-Geours, président de l’établissement public du Grand Palais

« Nous cherchons un mécénat de compétences et financier »

Par Philippe Régnier · Le Journal des Arts

Le 29 janvier 2008 - 2042 mots

Historien, spécialiste de l’Amérique latine et ministre plénipotentiaire, Yves Saint-Geours a été ambassadeur de France en Bulgarie de 2003 à 2007. Il a été nommé président de l’établissement public du Grand Palais des Champs-Élysées le 23 février 2007. À ce titre, il a présenté le 24 janvier son plan d’action 2008-2010 pour le monument. Yves Saint-Geours a répondu à nos questions.

Pourquoi avoir créé un établissement public pour le Grand Palais à Paris ?
L’État a créé un établissement public pour ce monument parce qu’il y avait une véritable nécessité de maîtrise d’ouvrage et de gestion pour l’ensemble du monument. Depuis de nombreuses années, les différentes entités fonctionnaient séparément, avec le rayonnement que l’on sait, mais après les désordres architecturaux que l’on a connus, après la restauration, il est apparu qu’une gestion technique et politique du monument était nécessaire. Il reste beaucoup de travaux à faire et comme nous voulions donner au bâtiment la capacité d’accueillir de grands événements, de grands salons, et de contribuer au rayonnement international de Paris, la création d’un établissement public responsable, en prise directe, est la solution qui s’est imposée. Le Grand Palais est un EPIC [Établissement public industriel et commercial], et même un peu plus : il a vraiment une double vocation d’organisation de manifestations et d’expositions culturelles et de salons professionnels dans la mesure où ils sont en cohérence avec le prestige et l’histoire du lieu. Cette situation particulière s’exprime bien dans un EPIC. C’est un lieu qui est au fond une entreprise mais qui, tout en étant un lieu économique et commercial, n’hésite pas à remplir des missions de service public.

Comment allez-vous travailler avec les occupants du Grand Palais : le Palais de la Découverte, les Galeries Nationales du Grand Palais et le commissariat de police ?
Avec les deux occupants permanents selon le décret, les Galeries Nationales du Grand Palais et le Palais de la Découverte, les choses sont simples : ils sont membres du conseil d’administration, donc parties prenantes en ce qui concerne l’avenir du site, et membre du comité de programmation, donc parties prenantes de ce qui se passe dans le monument. Il est consubstantiel à la vie du Grand Palais de promouvoir la vie de ces deux établissements. Les travaux prévus sont bien entendu destinés au développement du Grand Palais comme monument et comme établissement public, mais sont aussi voués à donner des perspectives à ces deux espaces. Lorsque l’on restaure et que l’on remet en exploitation un salon d’honneur, on imagine immédiatement l’usage que pourront en faire ces deux occupants privilégiés. Il y a une logique qui s’est déjà exprimée dans l’organisation de « Monumenta » par exemple, produite notamment par la RMN et exposée dans la nef. Je veux continuer à chercher des cohérences pour aller plus loin, créer des dynamiques et capitaliser les richesses de l’ensemble. Cela se construit dans un travail quotidien. Nous nous voyons très souvent. Cela n’est pas toujours facile, il y a l’image des Galeries Nationales et celle du Grand Palais que nous sommes en train de construire. J’ai la certitude que nous allons avancer.
Pour le commissariat de police, nous avons commencé à nouer une relation. Nous avons signé une première convention. Les choses se passent bien et mon idée est que le commissariat soit mieux installé, comme il le demande, lorsque les choses auront évolué à l’intérieur du bâtiment.

Les occupants payent-ils un loyer ?
Les Galeries Nationales et le Palais de la Découverte payent une redevance d’occupation. Le commissariat n’en paye pas pour le moment, mais en payera une en 2009.

Envisagez-vous d’autres rotations au sein du bâtiment ?
Une première modification des surfaces a permis de libérer le salon d’honneur, le Palais de la Découverte récupérant d’autres surfaces.
L’objectif à trois ou quatre ans serait que les Galeries Nationales et le Palais de la Découverte aient des surfaces plus adaptées à leurs missions. De mon point de vue, cela serait favorable à tous, puisqu’il y a des nécessités de restauration et d’articulation.

Allez-vous accueillir d’autres occupants, comme la Comédie française que vous recevez actuellement pour quelques répétitions ?
Non. Nous voulons garder toutes les potentialités de réaménagement pour l’établissement public et ces nouveaux espaces. Nous ne voulons pas lotir le Grand Palais, et au contraire, lui donner toute sa lisibilité et toute sa cohérence.

Cette nouvelle campagne de travaux va-t-elle permettre d’agrandir l’espace destiné aux expositions ?
Oui, car en réalité la nef est immense, mais ne peut pas être utilisée entièrement, pour des raisons de sécurité. Les travaux doivent nous permettre de restaurer les balcons, d’exploiter les espaces sous les balcons, pour faire passer la jauge d’accueil de la nef de cinq mille cinq cent à pas loin de dix mille personnes. L’espace existant doit pouvoir contenir plus. On doit mettre aux normes, installer des sorties de secours… Il y a d’autre part des espaces inutilisés dans la partie sud du monument, qui donne sur la Seine. Nous voulons les restaurer et les aménager pour des expositions, qui pourraient être en résonance avec ce qui se passe dans la nef, mais également diversifier et enrichir la programmation. Il y a en outre le salon d’honneur, qui fait plus de 1 000 m2, entre la nef et le Palais d’Antin, que nous allons restaurer dans les deux ans qui viennent.

La nef va-t-elle fermer durant ces travaux ?
Les travaux d’aménagement du Grand Palais sont tous menés parallèlement à l’exploitation de la nef. Il y aura quelques périodes très courtes de fermeture comme celle de trois semaines qui aura lieu en février. En juillet-août 2009, il y aura probablement deux mois de fermeture. Notre horizon pour la fin des travaux se situe début 2010.

L’accueil du public est l’un des grands problèmes de la nef, dans laquelle il fait chaud en été et froid en hiver. Qu’avez-vous prévu ?
Nous avons lancé une étude de diagnostic. Nous avons des esquisses de proposition. Nous allons, bien entendu, dans les deux ans qui viennent améliorer sensiblement la situation thermique, ainsi que tous les points qui concernent la billetterie, l’accueil des personnes handicapées, les sanitaires, etc. Nous ne sommes pas pour le moment au niveau sur ces questions, nous le savons et souhaitons prendre le taureau par les cornes.

Il existe également un gros problème de parking, que ce soit pour les visiteurs, ou les exposants. Quelles solutions comptez-vous y apporter ?
Pour les visiteurs, il n’y aura pas de réponse à moyen terme, autre que les transports en commun – le Grand Palais étant très bien desservi –, ou les parkings situés sur les Champs-Élysées, à proximité immédiate du monument. Dans la foulée de la création de l’établissement public, nous avons adopté une vision du Grand Palais nous faisant renoncer à la possibilité de créer des parkings souterrains. En ce qui concerne les camions pour les exposants, cela fait partie de l’étude que nous avons lancée d’un schéma directeur logistique. Il y a des options à prendre, mais nous sommes en train d’améliorer ce point.

Comment allez-vous financer tous ces travaux ?
Pour la partie qui concerne le bâtiment en tant que monument historique, comme la façade sud, l’État continue de nous aider. Pour ce qui est de l’aménagement, nous devons nous autofinancer grâce aux bénéfices, qui n’ont d’ailleurs pas d’autres vocations que d’être réinvestis dans l’édifice. Nous pouvons également gager un emprunt grâce à ces bénéfices qui peuvent être assez substantiels. Nous allons emprunter jusqu’à un plafond de trente millions d’euros qui est notre limite pour financer ces quarante millions d’euros de travaux. Le mécénat peut nous permettre de diminuer notre emprunt.

N’est-ce pas une première pour un établissement public de contracter un emprunt ?
Je ne suis pas certain que ce soit une première. Mais il est vrai que lorsque nous sommes allés voir nos ministères de tutelle pour leur parler de cet emprunt, ils n’avaient pas l’habitude de ce cas de figure, bien qu’ils ne soient pas surpris, puisque cet élément figurait dans ma lettre de mission. C’est bien que nous puissions le faire car c’est la démonstration que l’établissement a cette vocation d’être un lieu économique trouvant sa rentabilité pour le compte de la collectivité. C’est finalement la justification de notre statut d’établissement public, industriel et commercial et la raison pour laquelle les banques acceptent notre emprunt.

Cherchez-vous un mécénat de compétences ou financier ?
Vraiment les deux. Nous en avons déjà eu de la part du Boston Consulting Group qui nous a permis de réfléchir à nos tarifs et à notre plan d’affaires. Nous cherchons du mécénat de compétences sur la restauration, les lumières, l’embellissement du monument, etc. C’est un point important pour nous qui travaillons sur un monument historique. Mais nous sommes aussi en quête d’argent.

Les mécènes du Grand Palais bénéficieront-ils d’avantages fiscaux ?
Bien sûr. Avec également des contreparties selon leur niveau de contribution : mise à disposition d’espaces, accès privilégié, invitations, visibilité de l’entreprise in situ, etc.

Les restaurations seront-elles réalisées dans un esprit de reconstitution historique ou plus contemporain ?
Nous avons des recommandations des Monuments Historiques que nous respecterons rigoureusement. Mais nous voulons donner sa place à la création, car il ne s’agit pas de créer un sarcophage. On imagine une commande publique pour le tympan de l’escalier d’honneur. Nous allons lancer un concours en 2009, pour cette nouvelle ouverture.

Vous avez parlé de votre mission de service public, qui comprend notamment l’accueil des salons pour des tarifs qui ne sont pas ceux du marché. Allez-vous poursuivre cette politique ?
Les salons historiques ont leur place au Grand Palais, cela fait partie de sa mission de service public. Mais ils payent quelque chose, ce qui est normal car chacun doit se responsabiliser.

Des manifestations comme le Salon du Livre ancien bénéficient de tarifs négociés. Allez-vous poursuivre cette politique ?
Le conseil d’administration a voté une orientation tarifaire. On adapte ensuite le prix aux spécificités de chacun, selon le type de manifestation, la durée, la période de l’année, les jours de montage et de démontage notamment.
Pour ces salons, il y a vraiment eu un « effet Grand Palais » qui leur a permis de toucher un plus large public.
Oui, et en même temps je les remercie, car ils font venir des marchands internationaux, ce qui correspond à ma mission de contribution au rayonnement de la place parisienne.

Avez-vous reçu des candidatures de nouveaux salons qui n’auraient pas encore de créneau au Grand Palais ?
Oui. Il m’est cependant difficile d’être précis. Je suis désireux de développer des nouvelles initiatives, dans le domaine des médias, du développement durable. Il y a également le projet de retour du Salon des Arts décoratifs. Cependant, nous sommes restreints par le temps. C’est donc une lourde décision de choisir tel ou tel projet.

Quels seront les moments forts de la programmation en 2008 ?
D’abord ces grandes récurrences que sont Art Paris, la FIAC, la Biennale des antiquaires, ou « Monumenta » avec Richard Serra. Par ailleurs, des événements exceptionnels comme le Village européen des sciences, à l’occasion de la présidence française de l’Union Européenne. La manifestation de clôture de la présidence sera en fin d’année une création du Fresnoy intitulée « Dans la nuit, des images ».

Vous avez dégagé cette année un bénéfice de trois millions d’euros. La part des événements commerciaux comme les défilés de mode est-elle significative dans ces bénéfices ?
Oui. Le bénéfice est généré par deux sources : un coût très contenu, avec peu de masse salariale. Nous avons vingt et un agents, ce qui est bien en dessous des prévisions du projet de préfiguration. D’autre part, nous avons pu faire des recettes avec des événements commerciaux, que nous ne surtaxons pas, mais qui sont facturés au prix du marché. Les bénéfices sont absolument indispensables pour faire évoluer l’établissement. Nous avons un budget de 7 millions d’euros et nous avons fait 3 millions d’euros de bénéfices. Il est heureux que nous n’ayons pas besoin de redemander de l’argent à l’État pour fonctionner, mais nous devrions faire vingt millions d’euros de bénéfices pour couvrir entièrement les frais des travaux que nous allons engager !

Enfin, une exposition vous a-t-elle marquée dernièrement ?
Au Grand Palais, j’ai aimé les expositions « Courbet » dans les Galeries Nationales et « Kiefer » sous la nef. J’ai aussi trouvé remarquable l’exposition « L’Allemagne des années noires » au Musée Maillol.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°274 du 1 février 2008, avec le titre suivant : Yves Saint-Geours, président de l’établissement public du Grand Palais

Tous les articles dans Actualités

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque