Mercredi 29 janvier 2020

Wayne Heathcote

Portraits de quatre marchands d’art africain, océanien et précolombien

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 4 avril 2003 - 498 mots

Une carrure robuste et sympathique dotée d’un franc parler salutaire : Wayne Heathcote s’impose en homme de terrain. C’est dans les régions reculées de la Nouvelle-Guinée que l’Australien, alors contrôleur au service du gouvernement, découvre l’art océanien. Il abandonne ses fonctions en 1969, mais reste en Nouvelle-Guinée pour dénicher des objets, passion qu’il finance grâce à une activité de safari. Six ans plus tard, il ouvre simultanément deux galeries, à Sydney et à New York.
Le marchand savoure aujourd’hui les joies d’une vie moins agitée. Il n’en cultive pas moins un goût de l’ubiquité. Il a ainsi conservé un pied en Angleterre, délaissant Londres pour la campagne anglaise, de même qu’il a quitté l’an dernier la fureur new-yorkaise pour le climat plus amène de la Floride. Depuis trois ans, il dispose également d’une plate-forme à Bruxelles. “La ville est beaucoup moins compliquée que Paris. Mais la France reste la place importante pour le marché de l’art primitif. Peut-être que, si je devais recommencer, j’opterais pour Paris...”, reconnaît-il.
 Wayne Heathcote adhère volontiers à l’adage du collectionneur Gaston de Havenon, selon lequel les objets doivent nous parler. “Les objets d’art océanien ont commencé à me parler dans les années 1970. Mais à l’époque, personne ne s’y intéressait ! Ce sont les collections James Hooper [21 juin 1977, Christie’s Londres] et George Ortiz [29 juin 1978, Sotheby’s Londres] qui ont servi de déclencheur pour le marché et permis de faire progressivement grimper les prix. Comme j’avais du mal à vendre, j’ai constitué une collection personnelle”, rappelle-t-il. Après avoir cédé sa collection au groupe Masco vers le milieu des années 1980, Wayne Heathcote a renoncé à toute velléité de collection, car, “pour réussir, il faut montrer que tout est à vendre et ne pas cultiver la réputation de conserver les meilleures pièces”. Il aime toutefois retrouver, au hasard de ses transactions, des objets qu’il avait autrefois négociés. “Je préfère vendre à des particuliers plutôt qu’à des musées, parce qu’une fois entré dans un musée l’objet n’en ressort plus, explique-t-il. Avec les particuliers, je suis très heureux de racheter des objets que j’ai pu leur vendre.” C’est ainsi qu’il a acquis plusieurs pièces en septembre dernier dans la vente d’art primitif de Sotheby’s à Paris. Celle-ci comportait un ensemble que Heathcote avait vendu par le passé à l’amateur Carlo Monzino.
Ces deux dernières années, il a aussi récupéré des pièces de sa propre collection lors des trois dispersions de la Fondation Masco chez Sotheby’s. Balayant tout sentimentalisme, il avoue ne regretter qu’un seul objet. Il s’agit d’une sculpture wipwon de la rivière Karawari (Nouvelle-Guinée) vendue en 1967 à des collectionneurs américains. “Quand on a voulu me l’acheter, j’ai d’abord refusé en annonçant la somme de 500 dollars qui, à l’époque, me paraissait prohibitive, raconte-t-il. On m’a proposé 10 000 dollars, et je l’ai vendue. Elle se trouve chez des gens passionnés et je la revois de temps en temps.”

GALERIE WAYNE HEATHCOTE, rue Ernest Allard 27, Bruxelles, tél. 32 2 502 65 28

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°168 du 4 avril 2003, avec le titre suivant : Wayne Heathcote

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