Vaches maigres pour la Ville de Paris

Par Sophie Flouquet · Le Journal des Arts

Le 31 mars 2006

La chute vertigineuse des crédits d’acquisition se ressent encore fortement cette année.

Depuis plusieurs années consécutives, les musées parisiens sont mis au régime sec. Alors que leur budget d’acquisition s’élevait à près de 4 millions d’euros en 2003, il n’a plus atteint que la somme de 1,35 million pour la totalité des établissements parisiens en 2005 – soit douze musées. Dans ce contexte d’assèchement budgétaire, les comportements ont donc dû s’adapter, rendant les négociations pied à pied avec les vendeurs d’autant plus importantes, afin d’obtenir des prix tirés vers le bas. D’où une réelle réticence aujourd’hui, de la part de certains de ces établissements, à communiquer les véritables prix d’acquisition, pour préférer ne s’en tenir qu’aux prix publics tels qu’ils sont affichés en galerie. Ainsi du Musée d’art moderne, qui reste pourtant le poids lourd de l’escadrille, avec 730 000 euros à lui seul, une somme toutefois bien maigre au regard des prix du marché de l’art moderne et contemporain. Ses conservateurs s’attachent donc tant bien que mal à poursuivre leur politique d’enrichissement des collections selon deux axes : les grands mouvements, mais aussi la jeune création. En 2005, outre un tableau d’Henri Cueco de 1969, La Grève, le musée a porté son dévolu sur une Vitrine de référence de Christian Boltanski de 1970-1971, date à laquelle l’artiste avait bénéficié de sa première exposition à l’ARC, mais aussi sur une sculpture de Jean-Michel Othoniel, sur une installation de Tatiana Trouvé et sur plusieurs œuvres vidéo.

Se partager les miettes
Dans ce contexte difficile, le Musée de la Vie Romantique, hébergé dans l’ancienne maison du peintre Ary Scheffer (1795-1858), l’artiste officiel de la famille d’Orléans, fait figure d’exception en ayant bénéficié d’un achat important de cet artiste, Le Portrait de la princesse de Joinville (1844). L’opportunité était en effet exceptionnelle : après l’avoir consenti en prêt pour l’exposition « Bresiliana », son propriétaire, un collectionneur privé, a faire savoir au musée qu’il souhaitait s’en séparer. L’œuvre a donc été négociée de gré à gré, pour une somme qui avoisinerait le chiffre – non officiel – de 200 000 euros. Autre musée à avoir pu profiter un tant soit peu des événements du marché de l’art : le Musée Galliera, qui a fait entendre modestement sa voix au chapitre des musées de la mode internationaux en préemptant 26 lots de la vente de créations originales du couturier Paul Poiret, en mai 2005 (lire le JdA no 216, 27 mai 2005). Pour 69 380 euros (hors frais), le musée a pu ainsi acquérir quelques pièces rares, comme la robe Delphinium ou la veste Botticelli. Pour des sommes toutefois nettement moindres que l’enchère la plus élevée de la vente : plus de 130 000 euros pour un manteau. Enfin, le dernier grand établissement parisien a avoir bénéficié d’enrichissements remarquables cette année est le Musée Carnavalet, qui s’est offert quelques œuvres venant étoffer sa pléthorique collection, trop à l’étroit dans son double hôtel du Marais. Pour les autres musées, dont le Petit Palais et le Musée Cernuschi, où l’on s’affairait pour achever d’interminables travaux, il aura donc fallu se partager les miettes. Seul le Musée Zadkine s’en sort avec une belle acquisition liée à l’exposition « Jan Dibbets ». Et pour cause : les clauses du legs Zadkine lui procurent un budget d’achat indépendant des subsides de la Ville.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°234 du 31 mars 2006, avec le titre suivant : Vaches maigres pour la Ville de Paris

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