Mercredi 17 octobre 2018

Bruxelles : écoles d’art, collectionneurs, urbanisme et édition

Une terre de collectionneurs

Ils s’imposent à nouveau comme les moteurs de la vie culturelle

Le Journal des Arts

Le 1 janvier 1996 - 622 mots

Depuis près d’un siècle, Bruxelles apparaît comme une terre de collectionneurs. Avec l’après-guerre, ceux-ci ont conquis l’avant-scène et dynamisé la vie culturelle. Aujourd’hui, leur état d’esprit a évolué. À l’activisme répond la réserve, et l’anonymat s’impose comme une ultime prudence vis-à-vis du fisc.

Bruxelles, terre de collectionneurs, n’a pas perdu cette vitalité qui faisait la caractéristique des Dotremont, Niels et autres Gillion. Fiscalité oblige, le collectionneur belge s’est fait plus discret. Ouvrant moins facilement sa porte, rechignant à autoriser la moindre reproduction, refusant catégoriquement les prêts pour les expositions, il se veut moins visible, mais reste bien présent. Bien sûr, l’envolée des prix a changé les limites du possible. En l’absence croissante de toute référence, la création contemporaine effraie sans doute plus qu’hier. Les collections se sont diversifiées. La photographie, la sculpture, le design, la BD ont acquis leur spécificité et trouvé leur collectionneurs. Le patrimoine apparaît davantage comme un refuge.

De nouvelles références
Bruxelles a perdu de son éclat culturel. Les amateurs d’art ne peuvent plus se référer à une ligne directrice que les institutions bruxelloises permettraient d’appréhender. On se cherche dès lors d’autres points d’ancrage, à commencer par les foires qui, depuis quelques années constituent la référence privilégiée des collectionneurs sensibles à ce qui se fait aujourd’hui. À Bâle et à Cologne, de façon secondaire à la Fiac, et de manière marginale à Linéart, le collectionneur fait le point de la création contemporaine. Pour lui, la caution de l’étranger est fondamentale car"la Belgique est trop petite pour détenir une quelconque légitimité quant à ce qui se fait", comme le déclare un amateur d’art minimaliste.

Ce glissement hors des frontières ne signifie pas que la création belge soit tombée en discrédit. Nombre de collectionneurs restent attentifs à ce qui se fait ici. S’ils fréquentent les galeries, ils ne se limitent pas à cet horizon que la crise rétrécit sans cesse. Ils visitent directement les ateliers et n’investissent plus dans la seule réputation d’une galerie. La déroute des institutions culturelles, autrefois garantes des repères culturels, en perturbe certains qui, aujourd’hui, achètent parfois sans totalement comprendre les motivations et la signification de telle ou telle démarche. Des cours s’organisent, un désir de connaître s’affirme, un besoin de comprendre s’impose. Comme le signale Pascal Polar, le collectionneur bruxellois est difficile à saisir pour le marchand. Il est devenu très mobile. Il se rend régulièrement à l’étranger et multiplie les réseaux d’information.

De la collection à la vie culturelle
Cette écoute justifie sans doute la présence de ces mêmes collectionneurs comme mécènes et sponsors privilégiés de certaines institutions bruxelloises. La musique a toujours la primeur. La Société philharmonique accueille en son sein nombre de ces collectionneurs d’art, qui y trouvent une reconnaissance sociale appréciable. La création contemporaine n’est pas négligée. Pour preuve, le succès croissant d’Ars Musica, ce festival de musique contemporaine où le public bruxellois peut rencontrer la création contemporaine. Il y a fort à parier qu’à Bruxelles, l’avenir des arts plastiques dépende largement de ces hommes et de ces femmes qui, à eux seuls, formeraient le plus beau des musées d’art contemporain. Car de la collection privée à l’institution publique, il n’y a qu’un pas. Celui qui va de l’ombre à la lumière.

Si les collectionneurs se font discrets, d’autres se servent de leur collection pour toucher le public. Ainsi, les fils d’Albert et Jean Niels ont-ils poursuivi la politique de leurs pères, qui avaient constitué une exceptionnelle collection autour de Cobra. Dans quatre restaurants cotés de la capitale – le Vieux Saint-Martin, le Canterbury, la Marie Josèphe et, surtout, le Duc d’Arenberg –, les convives dînent sous un Alechinsky, un Jorn, un Dotremont ou un Mendelson. Une façon originale d’être à la fois collectionneurs, restaurateurs et … "conservateurs" du seul Musée Cobra en Belgique.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°21 du 1 janvier 1996, avec le titre suivant : Une terre de collectionneurs

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