Lundi 20 septembre 2021

Archéologie

Une statuaire gréco-romaine décorative

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 2 septembre 2008 - 997 mots

Toujours plus recherchés, les marbres de grandes dimensions trouvent preneurs
à des prix élevés, tandis que les petits bronzes ont moins la cote.

Le 7 juin 2007, chez Sotheby’s à New York, un groupe gréco-romain connu, en bronze, représentant la déesse Artémis et le Cerf, datant du Ier siècle avant J.-C.-Ier siècle après J.-C. et provenant de la Albright-Knox Art Gallery de Buffalo (New York), a été adjugé 28,6 millions de dollars (20,7 millions d’euros). Ce bronze enregistrait à cette date un record pour une œuvre de l’Antiquité et pour une sculpture toutes époques confondues. Pourtant, il ne faut pas en déduire que le marché des bronzes gréco-romains est au plus haut. À l’exception des rares et belles pièces de grande taille, telle l’Artémis de 92,1 cm, « les petits bronzes (jusqu’à une vingtaine de centimètres) ne sont plus à la mode, observe l’expert Christophe Kunicki. Pour cette raison, c’est peut-être le moment de les acheter... ». Les statuettes en bronze ont vu leurs prix pratiquement divisés par deux en moins de 10 ans. Le 29 mai 2008, à Drouot, chez Pierre Bergé & Associés (PBA), une très séduisante statuette en bronze de la déesse Vénus de 22,5 cm, datant du Ier siècle ap. J.-C., debout, nue, légèrement déhanchée, en appui sur la jambe droite, d’une très belle conservation et possédant un pedigree exceptionnel (ancienne collection de Clercq) a été emportée pour 24 550 euros. « Elle aurait facilement valu 40 000 euros il y a cinq ou six ans », note Christophe Kunicki, expert de la vente. Si cette crise des bronzes gréco-romains épargne les pièces de plus grandes dimensions, c’est sans doute pour leur qualité décorative. Ainsi, lors de la vente du 29 mai 2008 chez PBA, les enchères sont-elles montées à 116 600 euros pour un très beau portrait d’éphèbe de 36 cm, élément de statue ou de buste grandeur nature représentant un visage juvénile, du IIe siècle ap. J.-C. Il avait été acquis par un collectionneur à la galerie munichoise Odeon dans les années 1970.

Musculature idéalisée
Au sommet du marché de l’art gréco-romain trône la belle statuaire en marbre, les têtes, bustes et torses exécutés dans un marbre blanc à grains fins au premier plan. « Parmi les pièces les plus recherchées conjuguant qualité, beauté et rareté, les marbres de grande qualité, avec provenance, trouvent toujours preneurs », confirme Martin Clist de la galerie londonienne Rupert Wace. À ce titre, l’une des pièces maîtresses de l’exposition de la galerie intitulée « À notre image : Dieux et Mortels dans l’art ancien » qui s’est achevée le 18 juillet, était une tête d’Alexandre Le Grand en marbre de 18,5 cm, œuvre d’art hellénistique du IIIe siècle av. J.-C., offerte à 220 000 livres (277 000 euros). « Cette tête d’Alexandre pouvait être convoitée par tant d’acheteurs différents : institutions, collectionneurs privés d’art ancien, amateurs d’art contemporain, passionnés d’Histoire et du personnage d’Alexandre... », ajoute Martin Clist. Elle a finalement été emportée par un musée américain. « Le prix pour les marbres a évolué grâce à une demande forte de pièces de qualité spectaculaire, le marché étant porté vers des objets de grandes dimensions, souligne Christophe Kunicki. En dix ans, leur valeur a plus que doublé ». Le 29 septembre 2004, à Drouot, chez Piasa, une tête de Tibère jeune de 35 cm, du début du Ier siècle ap. J.-C., estimée moins de 100 000 euros, s’est envolée à 342 000 euros au profit d’un professionnel, témoignant de l’engouement pour l’art impérial romain. Dans la vente du 1er décembre 2007 à Drouot chez PBA, était proposé un torse d’Héraclès, nu, les épaules couvertes de la peau du lion de Némée, les pattes nouées à l’avant du corps, datant du Ier siècle ap. J.-C., dans un très bon état de conservation et provenant de la collection Kenzo Takada. Il a changé de main pour 43 000 euros, un prix en proportion avec sa taille de 35 cm. Lors de la même vente, un torse d’éphèbe de 74 cm à la musculature idéalisée, du Ier siècle ap. J.-C., inspiré de la plastique praxitélienne et bien conservé, a atteint le prix de 122 700 euros. Et l’expert de la vente de préciser : « il aurait pu faire plus s’il n’avait subi un nettoyage impliquant un léger repolissage ». Pour moitié moins cher (61 360 euros), se vendait le 29 mai 2008 chez PBA, un grand torse masculin de 106 cm, du IIe-IIIe siècle, d’une nudité héroïque à la musculature puissamment rendue et d’une belle conservation. Son seul défaut était de n’être pas en marbre, mais en basalte, pierre grise volcanique d’une moindre noblesse.

Qualité du marbre et dimensions de l’œuvre

Christophe Kunicki, expert en archéologie méditerranéenne, Paris



Quels sont les critères d’achat pour les amateurs de sculptures gréco-romaines en marbre ?

Les critères du marché sont essentiellement l’authenticité, la qualité de la sculpture et du marbre, de préférence à grains fins, ainsi que les dimensions de l’œuvre. Une prime est donnée aux grandes statues dont l’effet décoratif est plus spectaculaire. Si un petit torse de 20 cm vaudra environ 10 000 euros, les prix peuvent monter à 500 000 euros pour un torse de même qualité sculpturale mais mesurant 1,10 m. Les Vénus, rares modèles hellénistiques ou répliques romaines, sont des sujets toujours très appréciés qu’elles soient nues ou drapées, debout ou accroupies, ou encore anadyomènes, c’est-à-dire sortie des eaux. Elles sont prisées même lorsqu’elles sont acéphales, pour la beauté et la sensualité de leur buste. Les portraits d’empereurs romains et de leurs épouses ont autant de succès que les représentations de dieux et déesses de la mythologie grecque. Une œuvre provenant d’une collection prestigieuse suscitera plus d’intérêt, qui est encore augmenté dans le cas d’une publication. Enfin, l’esthétique de l’œuvre, souvent fragmentée, a aussi son importance. Ainsi, un drapé magnifiquement sculpté aura-t-il autant d’attrait qu’un torse. Et une statue avec deux bras coupés courts trouvera plus facilement preneur qu’une sculpture possédant un bras cassé à hauteur de moignon !

Grandeur de l’art romain de propagande

Mais pourquoi donc l’art romain, à travers ses têtes et bustes dont les représentations masculines et féminines, aux traits réalistes, ne sont pas toujours d’une grande beauté, a-t-il connu autant de succès ? « C’est avant tout la représentation du pouvoir impérial qui plaît, observe l’expert Christophe Kunicki. Les portraits réalisés, figurant des empereurs à différents âges, font partie d’un art de propagande qui trouve son origine en Égypte au Moyen Empire, avec le pharaon Sésostris III qui s’est fait portraiturer à diverses étapes de son règne. » Cette tête (ill. ci-contre) représentant le portrait de l’empereur Tibère âgé est l’une des plus importantes qui soit passée sur le marché parisien ces dernières années. Elle est d’une très belle qualité de sculpture, réalisée dans un marbre d’une grande finesse. La chevelure est composée de mèches courtes et ondulées. Sur le front des boucles sont incurvées vers chaque tempe de part et d’autre d’une séparation médiane. Deux plis à la naissance du nez confèrent au regard une certaine sévérité. Le nez fort et busqué est marqué par une bosse sur son arête. La bouche bien dessinée est légèrement rentrée au-dessus d’un fort menton marqué par une fossette. « Hormis un affranchissement au sommet de la tête et une cassure au niveau du cou, plus quelques éclats et petits manques sur le pavillon des oreilles, elle est d’un remarquable état de conservation au niveau du visage et du nez qui a été préservé, note Christophe Kunicki, expert de la vente. Cette tête est très proche de celle conservée au Musée du Louvre. » Emportée par la galerie Royal Athena de New York pour 190 700 euros lors d’une vente de la maison Piasa à Drouot en 2003, cette sculpture fait aujourd’hui partie d’une collection particulière américaine.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°286 du 5 septembre 2008, avec le titre suivant : Une statuaire gréco-romaine décorative

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